L’art de manger peu de Dominique Loreau : changer pour mincir

J’aime beaucoup les livres de Dominique Loreau qui nous apprennent à aimer la pluie, aimer sa maison, apprendre à s’alléger matériellement, et pour le livre qui vient de paraître, intérieurement.

Ce livre n’est pas un livre de régime, mais un guide inspirant qui regorge d’informations scientifiques, mais également de citations, de témoignages et de conseils bienveillants.

Le Japon où elle vit depuis plusieurs dizaines d’années est une source d’inspiration, d’art de vivre et de manger dont elle nous livre les éléments au fil des pages : la magie du trio bento, bol et baguettes, les merveilleux mamezara, ces petits bols, ramequins et coupelles qu’on multiplie sur la table et dans lesquels on ne dépose qu’un aliment (poisson, crustacé, légume cuit, légume en saumure ou fermenté etc.). Les aliments japonais qui font du bien sont également cités : tofu, poisson, algues, champignons, konjac, produits fermentés. Les témoignages de ses amis japonais sont également instructifs et inspirants.

Les vertus du bol : «Pourquoi est-il si magique de manger dasn un bol ? Tout simplement parce que tout ce qui y est servi en devient délicieux. D’abord, un bol permet de concentrer les effluves : nous pouvons vraiemnt apprécier un mets grâce à ses parfums et ainsi réduire, pour tout autant de plaisir, le nombre de calories ingérées. Ensuite, le poids du bol dans nos maisn influe sur notre perception : plus il est lourd, plus ce qui y est servi nous paraît riche, délicieux – de même qu’une boîte de chocolats lourde promet beaucoup plus de plaisirs qu’une boîte légère -, et plus vite nous ressentons la satiété … Enfin, la forme ronde d’un bol dans nos paumes, sa chaleur et parfois sa texture procurent une sorte de sentiment rassurant. La quantité y paraît plus importante que dans une assiette creuse. Les meilleurs bols ? Ceux en laque, bien sûr ! C’est la plus agréable des matières : elle ne brûle ni les mains ni les lèvres et maintient longtemps ce qu’elle contient à une température constante. »

Parmi les astuces du livre, le carnet alimentaire est une bonne idée pour suivre l’évolution de ses habitudes alimentaires (un grand chapitre est d’ailleurs consacré aux habitudes : comment s’en créer de nouvelles et comment faire disparaître petit à petit les mauvaises). Dans ce carnet, beaucoup de choses à noter, coller, de cases à cocher : état des lieux (choses positives et négatives, sans jugement), tableau des résolutions (noter ses échecs et succès jour après jour), répertoire des recettes et idées de repas, de lectures et connaissances diététiques trouvées sur différents supports, tableau de bord de ce qu’on mange (quantité, heure, lieu, entourage, état psychologique, état physique). Des suggestions de listes sont fournies, à adapter mais qui sont très utiles.

Il est également question de la faim (apprendre à la distinguer de l’envie de manger, apprendre à attendre trente minutes pour être sûr, apprendre à combattre l’ennui qui fait qu’on a l’impression d’avoir faim), de grignotages, de fractionnement, de petites portions, et même des tentations, écarts, pensées sabotages, tous ces petits éléments qui peuvent faire baisser les bras.

Enfin, il est surtout question d’émotion, de goût, de beauté puis de réflexes, comportements, rituels minceur pour aller en douceur sur la voie du mieux être, du bien être !

Un livre pour apprendre à bien manger pour bien vivre dans son corps.

Les noix la mouche le citron : recueil de nouvelles de l’ère Taishô

Les onze nouvelles présentées dans ce recueil que les éditions Picquier ont l’a bonne idée de publier à nouveau et en format poche ont été écrites entre 1910 et 1926, soit à peu près pendant l’ère Taishô (1912-1926), première époque de maturité du roman japonais moderne.

L’introduction permet de comprendre cette période cruciale. Si certains arts pouvaient souffrir à cette époque d’un clivage traditionalistes/modernes, ce n’est pas le cas de la prose qui parvient à éviter ce scindement. Elle offre un mélange d’influences occidentales, de réalité japonaise avec un côté traditionnel, mais surtout elle dépeint un monde effervescent entre enseignements séculaires, exigences de la modernisation, idéaux de la voie du guerrier et même conceptions bouddhiques. L’écrivain peine à y trouver sa place, « se débat dans un réseau familial qu’il ne supporte plus, dans une société d’affairistes et de bureaucrates, sous un régime autoritaire toujours prêt à le censurer ».

Le recueil de nouvelles permet de découvrir toutes les facettes de ce monde en mouvement, avec entre autres courants le naturalisme japonais et le shi-shôsetsu (roman à la première personne dans lequel l’auteur évoque sa vie, ses problèmes, un peu comme une confession).

Le format de la nouvelle est une des formes favorites des écrivains japonais et tous les grands noms de la littérature de cette époque s’y sont adonnés. Vous retrouverez ainsi Nagai Kafû, Edogawa Ranpo, Akutagawa Ryûnosuke et Tanizaki Jun.ichirô entre autres !

Le choix des nouvelles est très intéressant et chacun trouvera son bonheur : fantastique, historique, autobiographique, naturaliste … de quoi éveiller la curiosité pour certains auteurs, admirer l’imagination d’autres … et passer un bon moment de lecture !

De l’histoire de la mouche du coche de Yokomitsu Riichi à un homme passionné jusqu’à la folie par les miroirs de Edogawa Ranpo, en passant par les feux d’artifice qui font renaître les souvenirs de Nagai Kafû ou l’histoire terriblement banale d’une jeune fille qui se prostitue pour survivre de Hayama Yoshiki … les univers et les styles de chacun de ces écrivains éveillent tout un tas de sentiments différents et donnent envie de se plonger encore plus dans la lecture de ces écrivains du début du XXème siècle.

La description d’une femme dans une pâtisserie par Izumi Kyôka :
 » Sa taille élancée semblait d’autant plus svelte qu’elle avait soigneusement arrangé son kimono; Le haori et le kimono étaient en soie d’Oshima, à petits carreaux sombres. La cordelette du haori, nouée assez serré, dissimulait délicatement la rondeur de ses seins … L’encolure dessinait une ligne très pure. La fente des manche, tournée vers l’intérieur comme dans le costume des poupées, laissait à peine entrevoir le rouge vif du sous-kimono. Le col neuf, sans doute en mousseline de laine, à motifs de fleurs sur fond mauve, croisait très haut, ce qui lui donnait ce port fragile et même mélancolique, particulier aux femmes nées dans les neiges. »

La beauté de la rivière (où un homme attend une femme qui ne vient pas) par Akutagawa Ryûnosuke :
« Dans le lit de la rivière, des roseaux verts se serraient en une masse impénétrable. Et, trouant cette masse, des saules arrondissaient çà et là leur épaisse chevelure. Aussi, les eaux qui s’y faufilaient paraissaient-elles perdues au milieu du lit de la rivière. Seul un ruban d’eau limpide recueillait le reflet micacé d’un nuage solitaire, serpentait sans bruit entre les roseaux. Mais la femme ne vient toujours pas. »

Il faut souligner les excellentes traductions du groupe de traducteurs Kirin constitué à l’Université de Jussieu Paris VII qui a permis la naissance de cette anthologie parue en 1986, année de la création de la maison d’édition.

Dan-Sha-Ri l’art du rangement d’Hideko Yamashita : prendre conscience, retrouver sa place dans son espace

Peut-être parce que j’ai dû mettre 18 ans de vie dans mon ancienne maison dans quelques cartons et des dons à des amis, j’ai lu beaucoup de livres différents sur le rangement, sa magie avec la méthode de Marie Kondo, le minimalisme avec Fumio Sasaki. Celui-ci est encore différent et est peut-être celui qui m’a le plus parlé en terme de prise de conscience de l’encombrement, de l’accumulation, de la difficulté à se débarrasser des objets. Parfois le livre s’envole un peu trop côté spiritualité, mais globalement il permet d’expliquer où ça bloque, pourquoi ça bloque et comment faire pour amorcer le changement. Et les exemples distillés au fil des pages sont très marquants et instructifs. Il y est plus question de psychologie, de vivre au présent, de remettre au centre le moi qui utilise l’objet et non pas l’objet qui s’installe chez nous et prend de plus en plus de place sans nous apporter utilité et plaisir. Donc ne vous attendez pas à un livre pratique sur le rangement, même si il y a quelques astuces en fin de livre, mais plutôt à une réflexion sur notre rapport à nos objets, lié à notre façon de penser et d’être.

Dan-Sha-Ri signifie refuser, jeter, se détacher. Et l’image d’une maison constipée qu’utilise Hideko est très parlante : on accumule, on n’enlève rien, on rajoute rajoute jusqu’à ce qu’on ne puisse plus circuler, vivre harmonieusement dans la maison. Et si un laxatif (vider) peut s’avérer efficace temporairement, le but est de ne pas avoir à en prendre régulièrement, mais bien de changer notre alimentation … en résumé, réduire le nombre d’objets.

Je tiens d’ailleurs à souligner qu’en plus d’images très parlantes, Hideko illustre son propos de nombreux schémas très bien faits qui synthétisent ses mots de façon claire et très visuelle.

Pour procéder à cette réduction du nombre d’ojets, il faut se replacer au centre de la maison, moi qui utilise l’objet (et non pas l’utilisabilité de l’objet en général, un objet que d’autres utilisent avec bonheur pouvant ne pas nous être utile du tout). Cela permet de se redécouvrir, de s’affirmer, de trouver ce qui nous convient, nous est utile ou inutile, plaisant ou gênant. Et petit à petit, le QI des vieilleries augmentera lorsque nous trierons jour après jour.

L’objet est le reflet de l’image qu’on a de soi-même. Il faut donc ne garder que nos favoris, les meilleurs pour nous, et même si possible utiliser des objets supérieurs à l’image que l’on a de soi (vu que la tendance est souvent à se déprécier). Et cela tout en régulant la quantité totale d’objets dans la maison.

Concernant la méthode (qui n’est qu’une toute petite partie du livre, pour des choses plus concrètes sur la façon de ranger, voyez Marie Kondo !), un conseil que j’ai apprécié, c’est de ranger en fonction du temps qui est disponible (contrairement à Marie Kondo qui demande de trier toute la maison par catégories d’objets, et de s’y mettre sur une durée pas toujours évidente à libérer). Par exemple, il est possible de trier un tiroir si vous avez 15 minutes devant vous. D’ailleurs le passage sur le tiroir vous parlera probablement (en ce qui me concerne, c’est le premier endroit que j’ai trié quand j’ai commencé mes cartons de déménagement, des années qu’il était rempli de toutes sortes de petites choses) :
« Afin de savourer immédiatement les changements qui interviendront dans votre conscience, privilégiez les lieux qui agiront sur votre psychologie profonde. Cela peut être un endroit facile à trier, mais que vous avez laissé à l’abandon durant de longues années, sans vraiment savoir pourquoi. Personne n’y prête attention, mais vous, vous vous en souciez. Comme ce tiroir que vous continuez d’utiliser alors que quelque chose « coince » lorsque vous l’ouvrez. Tant pis ! vous dites-vous. Tant qu’il continue de s’ouvrir, ce n’est pas important, pensez-vous. Et vous l’abandonnez. Ces petits détails émergent de temps à autre dans votre esprit. Ils vous préoccupent. Reporter constamment le moment où vous vous en occuperez favorise la fuite d’énergie ».

Toujours penser en fonction de Vous qui êtes le sujet, comme l’explique l’exemple du réfrigérateur :
 » Les personnes peu douées en rangement ont généralement des difficultés à créer des catégories. Débuter par des endroits qui ne nécessitent pas de classification permet de ne pas ajouter de stress supplémentaire. Par exemple, le réfrigérateur ou encore le meuble à chaussures (même s’il arrive que chez certains, ils contiennent des éléments étrangers à leur fonction d’origine …). Ces lieux sont idéals pour s’entraîner au tri, à la sélection et à la catégorisation en fonction de vous qui êtes le sujet. Est-ce que je le mange ou non ? Est-ce que c’est bon pour moi ou non ? Vous devrez simplement mettre de côté les aliments que vous avez envie de manger et qui sont bons pour vous. Les indésirables vous sauteront immédiatement aux yeux ».

Quelques astuces sont livrées pour le rangement : ne pas trop remplir (70% de taux de remplissage pour les meubles de rangements cachés, 50% pour les rangements visibles type buffet, desserte, et même 10% pour les rangements destinés à être exhibés, pour montrer la beauté des objets). Le but étant de faciliter la circulation des objets (ne pas avoir à enlever des choses pour accéder aux objets du fond). Faciliter les mouvements avec si possible un geste unique pour prendre l’objet (enlever les couvercles des rangements, utiliser une pince plutôt qu’un élastique). Ordonner par variété (verres ronds, verres carrés, verres en plastique par exemple). Mettre les objets debout (et dans un contenant quand c’est possible, cela permet en même temps d’en limiter la quantité). S’ils ne tiennent pas debout, les rouler pour les mettre debout.

Un livre qui permet de poser un bon diagnostic de votre maison, mais surtout de votre ressenti, de vos barrières mentales … un livre pas du tout moralisateur mais qui met le doigt et des mots sur ce que vous deviniez un peu si vous vous posez la question de l’encombrement, du tri, du rangement et que vous avez déjà feuilleté des livres sur le sujet … Un premier pas pour une nouvelle façon de penser et d’être !

La vie japonaise illustrée de Laure Kié et Haruna Kishi : bon tour d’horizon pour découvrir le Japon

Laure Kié nous enchante depuis des années avec ses superbes livres de cuisine japonaise. D’ailleurs, je vous invite à découvrir ses livres de cuisine si vous cherchez des recettes simples et bien expliquées. Quel que soit votre niveau et quels que soient vos goûts, vous trouverez forcément votre bonheur : petits plats pour l’apéro, plats de riz, de nouilles, recettes sucrées … Elle a traité tous les pans de la cuisine japonaise facile à faire et riche en goût !

Cette fois-ci, elle invite ses lecteurs à découvrir le Japon au-delà de la seule cuisine (même si bien sûr elle consacre une partie du livre à la cuisine japonaise, on ne se refait pas !). Une très bonne entrée en matière pour ceux qui voudraient découvrir le pays. Différentes parties permettent en effet de se faire une idée : vie quotidienne, culture et arts, cuisine, fêtes et festivals, et choses à découvrir quand on a la chance de s’y rendre. C’est un très bon livre à offrir à quelqu’un qui voudrait comprendre votre passion pour le Japon, apprendre plein de petites choses sans se prendre la tête, comprendre simplement tout ce qu’on peut y voir … et surtout plonger dans un univers coloré et particulièrement bien dessiné par Haruna qui a déjà travaillé avec Laure dans un précédent beau et gros livre sur la cuisine japonaise.

Une carte dessinée permet de tout de suite découvrir les îles et les villes qui forment l’archipel. Puis le lecteur plonge tout de suite dans le quotidien : l’écriture, les mots de base pour se présenter, trouver son chemin, manger au restaurant. Il découvre les pièces et billets, les chiffres pour compter, les règles de politesse (y compris ce qui faut faire ou ne pas faire à table !). Prendre les différents moyens de transport, faire les courses, aller aux bains (ou aux toilettes !), emballer et offrir des cadeaux. Pour chaque thème abordé, les explications sont simples et passionnantes, et les dessins illustrent très bien les propos.

Ainsi, dans la partie culture et arts, vous apprendrez à mettre votre yukata, à faire les bons gestes lors d’une cérémonie du thé, à créer un arrangement en ikebana mais aussi à connaître les règles du sumo ou les différents types de théâtre japonais. Il y a même des petites explications pour apprendre à faire un repose-baguettes en origami ou à emballer des objets dans des carrés de tissu (furoshiki).

La partie sur la cuisine explique de quoi est composé un repas, les différents restaurants, le contenu d’un placard de base à la japonaise, les différents plats (de riz, de nouilles et autres), la street food, les izakaya, et même les très belles pâtisseries wagashi délicatement dessinées par Haruna, dont on peut apprécier la diversité au fil des saisons.

La partie fêtes et festivals s’ouvre sur un beau calendrier qui donne les fêtes et jours fériés mois après mois. Les fêtes sont ensuite détaillées et dessinées sur des pages très vivantes, voire des doubles pages pour le Nouvel An (pour avoir en détail les plateaux de la boîte repas jubako) ou pour Hanami (avec une carte du Japon mentionnant les dates de floraison par région). Une carte du Japon présente les principaux festivals. Puis on découvre comment se passent les matsuri, Bon Odori, et on termine sur Koyo, les feuilles d’automne à admirer dans des lieux là encore mentionnés sur une carte. Vous pourrez même découvrir quelles plantes admirer au fil des mois dans un calendrier des célébrations de la nature (car en plus des cerisiers et érables, il y a les camélias, pruniers, pêchers, glycines et bien d’autres).

La dernière partie du livre est une sélection de choses à voir et à faire : expériences à vivre, logements exceptionnels, zoom sur les Onsen, informations sur comment prier au temple, beauté des jardins japonais. Et pour Tokyo et Kyoto, des adresses conseillées par Laure !

Un livre très beau, très complet, pour une immersion dans le Japon du quotidien au fil des saisons et des célébrations !

Les saisons de Fu-Chan de Marini Monteany : tellement mignon !

Je crois que je suis restée une grande enfant. Surtout en ce qui concerne la littérature jeunesse et les beaux albums … Et celui-ci est un très gros coup de coeur. Je l’avais repéré chez Le Renard Doré (une librairie parisienne avec du kawaii, du manga, des figurines mais aussi de la bonne littérature japonaise que je vous conseille vivement !). J’ai donc craqué pour ce livre qui fait découvrir les fêtes japonaises au fil des mois … aux petits comme aux grands !

Chaque page est donc consacrée à un mois de l’année et à la fête japonaise qui la représente le mieux : Hina matsuri en mars, Hanami en avril, Tsukimi en septembre etc. La petite Fu-Chan explique aux animaux qui viennent lui rendre visite quelle fête est célébrée le mois où ils arrivent chez elle, en quoi elle consiste, avec des mots simples et faciles à comprendre par les plus petits. Le lecteur voit ainsi débarquer des souris en janvier, une vache en février, un tigre en mars (mais un tigre tout doux qui adore les poupées !) et tout un bestiaire qui finit par remplir la page quand arrive le dernier mois de l’année : ils sont alors tous réunis autour du kotatsu pour manger les toshikoshi soba !

Les illustrations sont vraiment craquantes, j’ai tout de suite adoré ce dessin un peu rétro et très coloré, les grands yeux de Fu-Chan qui vont à droite ou à gauche, les multiples détails d’un quotidien qui semble hors du temps, avec ses jeux traditionnels, ses coutumes ancestrales, cet intérieur typiquement japonais. Et ces explosions de couleurs : rose des cerisiers étalé sur une double page, étoiles et voeux multicolores pour Tanabata, feux d’artifice somptueux et ginkgo au jaune resplendissant ! Qu’est-ce que ça fait du bien !

Et cerise sur le gâteau, le livre est en version bilingue français-japonais, de quoi vous motiver pour apprendre cette belle langue !

Un très beau livre que je vous conseille donc vivement. Avec ou sans enfant, il vous ravira et chassera les coups de blues !

J’avais 6 ans à Hiroshima de Keiji Nakazawa : souvenirs terribles d’un enfant face à la bombe atomique

Chaque été, le triste anniversaire de la bombe atomique d’Hiroshima approchant, je me replonge dans les témoignages de rescapés, de journalistes, d’écrivains, pour tenter d’approcher l’inimaginable, l’impensable, l’horreur absolue.

Pour savoir et pour ne pas oublier, pour transmettre à ma petite échelle les mots bruts, durs, terrifiants pour décrire la bombe, l’explosion, les cadavres, les blessés qui agonisent en demandant de l’eau, les irradiés qui souffrent des années après l’explosion, les rivières qui charrient des corps, la pluie noire radioactive.

Tout cela doit être dit, doit être lu, doit être su.

Ce livre qui vient d’être réédité aux éditions du Cherche midi est particulièrement saisissant car il est rempli des souvenirs atroces d’un petit garçon de six ans, Keiji Nakazawa. Ce nom vous dira peut-être quelque chose. C’est en effet le mangaka de la série Gen d’Hiroshima, qui a mis en dessins toute l’horreur qu’il a vécue le 6 août 1945 et les années qui ont suivi. Cette fois-ci ce sont les mots simples, crus, nus, qui permettent de dire les sensations, les visions de ce petit bonhomme marqué à vie par ce qu’il a vécu ce jour-là.

Les souvenirs s’ébauchent dès la fin de l’année 1944 : le combat quotidien contre la famine, les rêves de riz blanc, le poisson volé au chat … et malgré toutes les difficultés, la vie qui s’installe dans le ventre de sa mère.

Ce matin du 6 août 1945, le petit garçon s’apprête à partir à l’école et parle à la voisine près d’un mur épais … Un flash, sa voisine totalement carbonisée, lui sauvé par le mur. Et tout de suite après, les visions d’horreur partout : les maisons effondrées, les humains en haillons criblés de morceaux de verre ou brûlés. « Tous se déplacent machinalement, sans bruit, sans un cri de douleur. Ils me font penser à des larves d’insectes. Quand l’horreur franchit les limites de tout raisonnement possible, dépasse l’entendement humain, je me demande si les gens ne deviennent pas insensibles à la douleur. N’est-ce pas déjà l’au-delà ? »

Il retrouve sa mère, un bébé dans les bras, né en ce triste jour. Mais son père et son frère sont morts brûlés, coincés sous les décombres, sans pouvoir être sauvés par leur mère que les voisins ont éloignée du brasier et des cris alors qu’elle voulait mourir avec eux. Sa petite soeur est morte également, mais a priori sans avoir eu le temps de hurler … Les cris du mari et du fils hanteront toute sa vie la mère de l’auteur.

Après la pluie noire, le soleil se fait de plomb et les cadavres entrent en putréfaction dans les champrs, les larves et les mouches s’installent dans les plaies des blessés. Autant de visions que l’auteur nous livre avec des détails qui montrent que tout s’est imprimé dans son corps, par tous ses sens : « Nous enjambons souvent des cadavres. Nous marchons parfois sur un morceau de chair qui glisse tel un fruit blet. De la peau humaine colle à nos pieds. Nous l’enlevons. »

Puis ils retrouvent un grand frère, croisent un oncle qui meurt mystérieusement après avoir sauvé des gens en ville. On découvre l’effet des radiations de la bombe. Difficile de trouver à manger, de trouver un lieu où dormir. Sans oublier un typhon qui s’abat sur la ville.

Et les visions d’horreur qui se poursuivent : les os blancs charriés par les rivières ou recouverts de terre et compactés au rouleau compresseur sous le regard indifférent des soldats américains, la mort qui rôde toujours et emporte le bébé.

Et puis il y a l’ABCC (Atomic Bomb Casuality Commission) qui trie et examine les élèves des écoles, nus devant tout le monde, et qui pratique des prélèvements sur les cadavres … des « nécrophages qui n’ont jamais soigné ni aidé une population meurtrie qu’ils transformaient de surcoît et sans explication en cobaye. »

Le récit s’achève par l’année 1967 : la naissance de la fille de l’auteur, mais aussi malheureusement l’essai nucléaire chinois.

Le texte de Keiji Nakazawa est précédé d’une préface de Paul Quilès, président d’IDN (initiatives pour le désarmement nucléaire), illustré par de nombreuses photographies (ville détruite, blessés, hôpitaux, ABCC, manifestations), suivi d’un texte engagé de Bernard Clavel, écrit en 1995 pour la première édition du livre, La Peur et la Honte, et enfin accompagné d’annexes qui apportent de précieux élémens de compréhension. Un ensemble qui permet d’aborder ce sinistre événement de la façon la plus complète possible.

Un livre à mettre entre toutes les mains, à diffuser partout !

Yukio, l’enfant des vagues : le livre de l’été

Si vous ne devez emporter qu’un livre pendant vos vacances d’été en famille, c’est celui-ci que je vous conseille ! Il est juste sublime tant au niveau du texte que des illustrations. Gros gros coup de coeur … qui se passe sur une île de l’archipel Yaeyama (vous connaissez peut-être ma passion pour Okinawa et ce livre m’y a fait voyager à nouveau pour mon plus grand bonheur !).

L’histoire démarre simplement : un écrivain en manque d’inspiration décide de partir sur une petite île aux plages de sable blanc au milieu d’une mer turquoise (le bleu qui s’étale tout au long du livre reste longtemps imprimé sur la rétine du lecteur, il est profond, sublime !). Il loge dans une petite chambre chez un vieux monsieur. Alors qu’il se rend sur la plage, il voit une femme fixer l’océan comme si elle attendait que quelque chose ou quelqu’un en sorte. Un soir, il interroge son logeur sur le sujet et celui-ci lui raconte l’histoire de Yukio, l’enfant de cette femme. Si vous avez lu ou vu Les enfants de la mer, ce récit vous y fera penser .

Yukio est né minuscule et il est resté un enfant très fragile. « C’était comme s’il n’était pas vraiment de ce monde, confierait plus tard sa mère à M. Nakamura, comme s’il s’était trouvé par erreur parmi les hommes. »

Sa mère décide donc de s’installer avec lui sur une île au soleil pour qu’il reprenne des forces. Petit à petit, le garçon se met à nager de plus en plus loin avec les tortues. « Des tortues marines fréquentent les plages de l’île. On les dit âgées de plusieurs milliers d’années, et l’on raconte que l’île elle-même serait en réalité la carapce d’une tortue plus vieille encore, et immence, sur laquelle les arbres auraient poussé et se serait creusé le lit des ruisseaux. »

Puis d’étranges écailles apparaissent sur son corps et il ne se sent bien que dans l’eau. La séparation semble alors inévitable …

Le texte est très beau, très poétique, et en même temps accessible dès le plus jeune âge. Les mots précis, le vocabulaire riche renforcent le côté merveilleux, magique du monde marin et des aventures du petit Yukio. Les yeux des enfants pétilleront d’envie à la lecture de ce très très bel album, et les illustrations ciselées aux multiples détails les enchanteront : rochers, anémones, coquillages, petits poissons, crevettes, grandes tortues nageant tranquillement dans l’eau cristalline, des poissons volant dans la nuit étoilée … tout un univers pour rêver cet été !

Le récital de piano d’Akiko Miyakoshi : gérer son trac de pianiste !

Voici un livre tout doux et adorable qui évoque un sujet qui m’a particulièrement touchée : le trac lors d’un récital de piano. Avoir le coeur qui palpite, les mains moites, peur de faire des fausses notes … je ne compte pas le nombre de fois où j’ai connu cela enfant au conservatoire. J’adorais jouer (et j’adore toujours) du piano, mais les examens et autres concerts me stressaient beaucoup. J’ai donc trouvé cette histoire intéressante pour essayer de dédramatiser ce type d’événement.

Une petite fille attend son tour pour monter sur scène et jouer son morceau au piano. Elle se répète sans cesse « ça va aller ». Et soudain, une petite voix au ras du sol dit la même chose. C’est une petite souris qui a elle aussi mis sa belle robe pour un récital. Elle invite la petite Momoko à venir voir le spectacle des souris.

En passant par une porte minuscule, elles arrivent dans une salle remplie de petits fauteuils sur lesquels sont assis des rongeurs. Lorsque le spectacle commence, la petite fille est émerveillée par les numéros de cirque, par une danseuse qui se transforme en papillon, par une cantatrice qui entraîne une foule de souris à chanter et danser, même si ce n’est pas en rythme. Une ballerine aux petites pattes et petits bras prend la pose d’un air assuré puis s’envole grâce à une corde pour atterrir sur la robe de Momoko ravie !

C’est maintenant à la petite souris angoissée de chanter … la petite fille la rassure et lui dit qu’elle va l’accompagner au piano. Tout le monde se joint au duo. C’est alors que Momoko réalise qu’elle est sur scène, assise à son piano. Les applaudissements pleuvent dès qu’elle achève son morceau. Sa mère lui dira plus tard qu’elle avait un beau sourire lorsqu’elle jouait.

Le texte peut sembler un peu plat, il est très descriptif mais pas très poétique, la poésie et la magie se trouvant davantage dans les dessins crayonnés que j’aime beaucoup. Je trouve en général que le crayon permet de travailler très finement sur l’ombre et la lumière, ce qui est particulièrement flagrant dans ce livre. L’ensemble est globalement très gris et pourrait paraître sombre, mais les touches de couleur des vêtements, de certains éléments des décors et la lumière posée sur les artistes donnent une impression de douceur, de rêverie et de magie. C’est un univers merveilleux, un monde parallèle où tout le monde chante, danse, rit. Comme une parenthèse enchantée qui permet d’appréhender la vie avec beaucoup plus de légèreté ! De quoi rassurer et allèger le coeur des enfants anxieux !

Un très beau livre à mettre entre les mains de tous les enfants qui ont peur avant les spectacles, les prises de parole en public, les grands événements. Des événements qui font certes grandir et laissent de bons souvenirs, mais peuvent terroriser sur le moment. Et puis, ces petites souris sont tellement craquantes !

Deux beaux albums jeunesse aux éditions HongFei

Les éditions HongFei proposent de très beaux livres jeunesse autour du Japon. Ils viennent de publier L’amie en bois d’érable de Delphine Roux et Pascale Moteki dont j’ai parlé dans Journal du Japon. J’ai donc eu envie de parler ici de deux autres titres que j’ai beaucoup aimés : Le samouraï et les 3 mouches et Le secret du clan.

Le samouraï et les 3 mouches ou comment l’intelligence se joue de la force

Voici un livre réjouissant pour les enfants à partir de 6/7 ans. Des textes courts façon haïku et des images simples mais très expressives, avec des tons chauds jaunes et orangés et des traits noirs épais, comme faits au pinceau de calligraphe.

Le personnage principal est un samouraï qui arrive à cheval dans un village, à « l’heure des ombres suspectes des soupes sur le feu ». Après avoir attaché son cheval, il s’installe dans une auberge face à trois ronins. Tour à tour, ils viennent le provoquer, mais il reste de marbre. Mais quand trois mouches tournoient un peu trop près de son bol, il les étripe en quelques coups de baguettes.

Les trois ronins pris de panique s’enfuient (en se bousculant pour passer les shôji (parois coulissantes typiquement japonaises). Le lecteur les voit ensuite sous forme d’ombres chevauchant leurs montures dans un « cataclop clop clop » qui fera rire les jeunes lecteurs. Après leur départ, le samouraï commande un thé puis reprend son cheval et chemine seul façon Lucky Luke.

Un livre qui mêle action (le lecteur se demande comment va réagir le samouraï face aux provocations des rônins qui menacent du poing, offensent, insultent) et réflexion (ne pas répondre à la provocation mais montrer tranquillement sa force sans blesser personne … sauf des mouches).

Des textes courts qui font mouche et des illustrations qui pétillent !

Le secret du clan : secret partagé entre un grand-père et sa petite fille

J’ai été très touchée par ce livre aux peintures délicates, laissant les contours des objets et des personnages légèrement blancs, comme si une lumière mystérieuse se dégageait de tout.

Car c’est bien à un mystère qu’est confrontée la petite fille qui vient, comme chaque été, passer ses vacances chez son grand-père chéri dans un petit village sur une île, au milieu des poissons, des nuages et des esprits : pourquoi grand-père a-t-il un petit crabe tatoué sur son avant-bras, tout comme le boulanger et le poissonnier … et pourquoi d’autres habitants (le professeur, les policiers, l’épicier) ne l’ont pas ?

La fillette partage des moments précieux avec son grand-père, comme la fête des âmes lors de laquelle on fait voguer des lanternes sur l’eau pour les défunts. C’est ce qu’ils font à deux, silencieusement, tenant la lanterne à quatre mains pour grand-mère.

Alors que la lanterne s’éloigne, la petite fille pose son doigt sur le tatouage du grand-père qu’elle regarde fixement « avec des points d’interrogation plein les yeux ». Il lui sourit sans dire un mot, mais quelques heures plus tard, il la réveille alors qu’il fait encore nuit pour lui montrer quelque chose. Avec d’autres tatoués, ils assistent à un phénomène exceptionnel. Quelque chose qui doit rester secret … Je ne vous en dirai pas plus pour vous laisser découvrir l’ambiance magique de la découverte !

Le texte est à la fois descriptif et poétique, plein de douceur et de magie. Il raconte le silence et l’amour avec beaucoup de tendresse et de chaleur, accompagné par les traits minimalistes des illustration : des mains qui se touchent, des personnes qui s’inclinent, des silhouettes de montagnes qui se dessinent sur la mer, un bateau qui fend l’onde, un nuage qui moutonne …

Ce livre très émouvant permet d’aborder de nombreux sujets avec les enfants à partir de 6 ans : l’enfance, la famille, la tranmsission, le secret, et le respect de la nature entre autres.

Un livre qui émerveille !

Le vieil homme et son chat de Nekomaki : le temps qui passe doucement …

J’ai totalement craqué pour ce manga délicat dont les protagonistes sont un pépé de 75 ans, Daikichi, et son chat de 10 ans, Tama.

Dès les premières pages, on est plongé dans la sérénité de cette petite ville de bord de mer (ville des pépés, des mémés et des chats) dont les rues très pentues font le bonheur des chats et entretiennent la forme des habitants âgés.

C’est un manga qui procure une immense sensation de bien-être, une lecture douce et apaisante, un voyage immobile au fil des saisons. Car il fait bon vivre dans cette ville, le facteur est adorable, le voisin pêcheur est un précieux ami d’enfance, et même si Daikichi est veuf depuis quelques années, il est entouré de personnes bienveillantes, et son fils vient parfois lui rendre visite. Quant à Tama, il a promis à sa maîtresse de veiller sur son mari quand elle ne serait plus.

Les petits bonheurs quotidiens sont racontés avec tendresse et humour, et la rondeur des traits et la légèreté des aquarelles renforcent cette sensation agréable. Les couleurs sont douces et lumineuses, le papier épais et la mise en page aérée … On se sent bien dans ce livre.

Le lecteur est souvent attendri par les souvenirs de cet ancien instituteur que tout le monde appelle encore Maître. On revoit le petit garçon qui mangeait du poulpe avec son meilleur ami (plat qu’ils partagent à nouveau des décennies plus tard), l’étudiant fauché qui cuisinait du riz au petits pois (et a rencontré sa femme qui donnait du poisson grillé au chat qui venait souvent le voir). On découvre même le souvenir de la rencontre du couple avec un chaton très faible dix ans plus tôt …

Une nostalgie douce qui n’empêche pas Daikichi de mener une vie active : cuisine, ménage, marche, achats dans les boutiques, visite chez le coiffeur, conversations avec le voisinage, visite au sanctuaire … mais aussi sieste sous le kotatsu, promenade sous les cerisiers au printemps ou le long des massifs d’hortensia à la saison des pluies.

Une vie qui s’écoule doucement, une tendresse partagée entre un vieil homme et son chat, qui se taquinent, se câlinent et mangent de bons petits plats.

Je n’ai pas encore acheté les autres volumes, mais j’ai très envie de poursuivre la lecture et de marcher à côté de ce duo touchant et drôle !