Les saisons de Fu-Chan de Marini Monteany : tellement mignon !

Je crois que je suis restée une grande enfant. Surtout en ce qui concerne la littérature jeunesse et les beaux albums … Et celui-ci est un très gros coup de coeur. Je l’avais repéré chez Le Renard Doré (une librairie parisienne avec du kawaii, du manga, des figurines mais aussi de la bonne littérature japonaise que je vous conseille vivement !). J’ai donc craqué pour ce livre qui fait découvrir les fêtes japonaises au fil des mois … aux petits comme aux grands !

Chaque page est donc consacrée à un mois de l’année et à la fête japonaise qui la représente le mieux : Hina matsuri en mars, Hanami en avril, Tsukimi en septembre etc. La petite Fu-Chan explique aux animaux qui viennent lui rendre visite quelle fête est célébrée le mois où ils arrivent chez elle, en quoi elle consiste, avec des mots simples et faciles à comprendre par les plus petits. Le lecteur voit ainsi débarquer des souris en janvier, une vache en février, un tigre en mars (mais un tigre tout doux qui adore les poupées !) et tout un bestiaire qui finit par remplir la page quand arrive le dernier mois de l’année : ils sont alors tous réunis autour du kotatsu pour manger les toshikoshi soba !

Les illustrations sont vraiment craquantes, j’ai tout de suite adoré ce dessin un peu rétro et très coloré, les grands yeux de Fu-Chan qui vont à droite ou à gauche, les multiples détails d’un quotidien qui semble hors du temps, avec ses jeux traditionnels, ses coutumes ancestrales, cet intérieur typiquement japonais. Et ces explosions de couleurs : rose des cerisiers étalé sur une double page, étoiles et voeux multicolores pour Tanabata, feux d’artifice somptueux et ginkgo au jaune resplendissant ! Qu’est-ce que ça fait du bien !

Et cerise sur le gâteau, le livre est en version bilingue français-japonais, de quoi vous motiver pour apprendre cette belle langue !

Un très beau livre que je vous conseille donc vivement. Avec ou sans enfant, il vous ravira et chassera les coups de blues !

J’avais 6 ans à Hiroshima de Keiji Nakazawa : souvenirs terribles d’un enfant face à la bombe atomique

Chaque été, le triste anniversaire de la bombe atomique d’Hiroshima approchant, je me replonge dans les témoignages de rescapés, de journalistes, d’écrivains, pour tenter d’approcher l’inimaginable, l’impensable, l’horreur absolue.

Pour savoir et pour ne pas oublier, pour transmettre à ma petite échelle les mots bruts, durs, terrifiants pour décrire la bombe, l’explosion, les cadavres, les blessés qui agonisent en demandant de l’eau, les irradiés qui souffrent des années après l’explosion, les rivières qui charrient des corps, la pluie noire radioactive.

Tout cela doit être dit, doit être lu, doit être su.

Ce livre qui vient d’être réédité aux éditions du Cherche midi est particulièrement saisissant car il est rempli des souvenirs atroces d’un petit garçon de six ans, Keiji Nakazawa. Ce nom vous dira peut-être quelque chose. C’est en effet le mangaka de la série Gen d’Hiroshima, qui a mis en dessins toute l’horreur qu’il a vécue le 6 août 1945 et les années qui ont suivi. Cette fois-ci ce sont les mots simples, crus, nus, qui permettent de dire les sensations, les visions de ce petit bonhomme marqué à vie par ce qu’il a vécu ce jour-là.

Les souvenirs s’ébauchent dès la fin de l’année 1944 : le combat quotidien contre la famine, les rêves de riz blanc, le poisson volé au chat … et malgré toutes les difficultés, la vie qui s’installe dans le ventre de sa mère.

Ce matin du 6 août 1945, le petit garçon s’apprête à partir à l’école et parle à la voisine près d’un mur épais … Un flash, sa voisine totalement carbonisée, lui sauvé par le mur. Et tout de suite après, les visions d’horreur partout : les maisons effondrées, les humains en haillons criblés de morceaux de verre ou brûlés. « Tous se déplacent machinalement, sans bruit, sans un cri de douleur. Ils me font penser à des larves d’insectes. Quand l’horreur franchit les limites de tout raisonnement possible, dépasse l’entendement humain, je me demande si les gens ne deviennent pas insensibles à la douleur. N’est-ce pas déjà l’au-delà ? »

Il retrouve sa mère, un bébé dans les bras, né en ce triste jour. Mais son père et son frère sont morts brûlés, coincés sous les décombres, sans pouvoir être sauvés par leur mère que les voisins ont éloignée du brasier et des cris alors qu’elle voulait mourir avec eux. Sa petite soeur est morte également, mais a priori sans avoir eu le temps de hurler … Les cris du mari et du fils hanteront toute sa vie la mère de l’auteur.

Après la pluie noire, le soleil se fait de plomb et les cadavres entrent en putréfaction dans les champrs, les larves et les mouches s’installent dans les plaies des blessés. Autant de visions que l’auteur nous livre avec des détails qui montrent que tout s’est imprimé dans son corps, par tous ses sens : « Nous enjambons souvent des cadavres. Nous marchons parfois sur un morceau de chair qui glisse tel un fruit blet. De la peau humaine colle à nos pieds. Nous l’enlevons. »

Puis ils retrouvent un grand frère, croisent un oncle qui meurt mystérieusement après avoir sauvé des gens en ville. On découvre l’effet des radiations de la bombe. Difficile de trouver à manger, de trouver un lieu où dormir. Sans oublier un typhon qui s’abat sur la ville.

Et les visions d’horreur qui se poursuivent : les os blancs charriés par les rivières ou recouverts de terre et compactés au rouleau compresseur sous le regard indifférent des soldats américains, la mort qui rôde toujours et emporte le bébé.

Et puis il y a l’ABCC (Atomic Bomb Casuality Commission) qui trie et examine les élèves des écoles, nus devant tout le monde, et qui pratique des prélèvements sur les cadavres … des « nécrophages qui n’ont jamais soigné ni aidé une population meurtrie qu’ils transformaient de surcoît et sans explication en cobaye. »

Le récit s’achève par l’année 1967 : la naissance de la fille de l’auteur, mais aussi malheureusement l’essai nucléaire chinois.

Le texte de Keiji Nakazawa est précédé d’une préface de Paul Quilès, président d’IDN (initiatives pour le désarmement nucléaire), illustré par de nombreuses photographies (ville détruite, blessés, hôpitaux, ABCC, manifestations), suivi d’un texte engagé de Bernard Clavel, écrit en 1995 pour la première édition du livre, La Peur et la Honte, et enfin accompagné d’annexes qui apportent de précieux élémens de compréhension. Un ensemble qui permet d’aborder ce sinistre événement de la façon la plus complète possible.

Un livre à mettre entre toutes les mains, à diffuser partout !

Yukio, l’enfant des vagues : le livre de l’été

Si vous ne devez emporter qu’un livre pendant vos vacances d’été en famille, c’est celui-ci que je vous conseille ! Il est juste sublime tant au niveau du texte que des illustrations. Gros gros coup de coeur … qui se passe sur une île de l’archipel Yaeyama (vous connaissez peut-être ma passion pour Okinawa et ce livre m’y a fait voyager à nouveau pour mon plus grand bonheur !).

L’histoire démarre simplement : un écrivain en manque d’inspiration décide de partir sur une petite île aux plages de sable blanc au milieu d’une mer turquoise (le bleu qui s’étale tout au long du livre reste longtemps imprimé sur la rétine du lecteur, il est profond, sublime !). Il loge dans une petite chambre chez un vieux monsieur. Alors qu’il se rend sur la plage, il voit une femme fixer l’océan comme si elle attendait que quelque chose ou quelqu’un en sorte. Un soir, il interroge son logeur sur le sujet et celui-ci lui raconte l’histoire de Yukio, l’enfant de cette femme. Si vous avez lu ou vu Les enfants de la mer, ce récit vous y fera penser .

Yukio est né minuscule et il est resté un enfant très fragile. « C’était comme s’il n’était pas vraiment de ce monde, confierait plus tard sa mère à M. Nakamura, comme s’il s’était trouvé par erreur parmi les hommes. »

Sa mère décide donc de s’installer avec lui sur une île au soleil pour qu’il reprenne des forces. Petit à petit, le garçon se met à nager de plus en plus loin avec les tortues. « Des tortues marines fréquentent les plages de l’île. On les dit âgées de plusieurs milliers d’années, et l’on raconte que l’île elle-même serait en réalité la carapce d’une tortue plus vieille encore, et immence, sur laquelle les arbres auraient poussé et se serait creusé le lit des ruisseaux. »

Puis d’étranges écailles apparaissent sur son corps et il ne se sent bien que dans l’eau. La séparation semble alors inévitable …

Le texte est très beau, très poétique, et en même temps accessible dès le plus jeune âge. Les mots précis, le vocabulaire riche renforcent le côté merveilleux, magique du monde marin et des aventures du petit Yukio. Les yeux des enfants pétilleront d’envie à la lecture de ce très très bel album, et les illustrations ciselées aux multiples détails les enchanteront : rochers, anémones, coquillages, petits poissons, crevettes, grandes tortues nageant tranquillement dans l’eau cristalline, des poissons volant dans la nuit étoilée … tout un univers pour rêver cet été !

Le récital de piano d’Akiko Miyakoshi : gérer son trac de pianiste !

Voici un livre tout doux et adorable qui évoque un sujet qui m’a particulièrement touchée : le trac lors d’un récital de piano. Avoir le coeur qui palpite, les mains moites, peur de faire des fausses notes … je ne compte pas le nombre de fois où j’ai connu cela enfant au conservatoire. J’adorais jouer (et j’adore toujours) du piano, mais les examens et autres concerts me stressaient beaucoup. J’ai donc trouvé cette histoire intéressante pour essayer de dédramatiser ce type d’événement.

Une petite fille attend son tour pour monter sur scène et jouer son morceau au piano. Elle se répète sans cesse « ça va aller ». Et soudain, une petite voix au ras du sol dit la même chose. C’est une petite souris qui a elle aussi mis sa belle robe pour un récital. Elle invite la petite Momoko à venir voir le spectacle des souris.

En passant par une porte minuscule, elles arrivent dans une salle remplie de petits fauteuils sur lesquels sont assis des rongeurs. Lorsque le spectacle commence, la petite fille est émerveillée par les numéros de cirque, par une danseuse qui se transforme en papillon, par une cantatrice qui entraîne une foule de souris à chanter et danser, même si ce n’est pas en rythme. Une ballerine aux petites pattes et petits bras prend la pose d’un air assuré puis s’envole grâce à une corde pour atterrir sur la robe de Momoko ravie !

C’est maintenant à la petite souris angoissée de chanter … la petite fille la rassure et lui dit qu’elle va l’accompagner au piano. Tout le monde se joint au duo. C’est alors que Momoko réalise qu’elle est sur scène, assise à son piano. Les applaudissements pleuvent dès qu’elle achève son morceau. Sa mère lui dira plus tard qu’elle avait un beau sourire lorsqu’elle jouait.

Le texte peut sembler un peu plat, il est très descriptif mais pas très poétique, la poésie et la magie se trouvant davantage dans les dessins crayonnés que j’aime beaucoup. Je trouve en général que le crayon permet de travailler très finement sur l’ombre et la lumière, ce qui est particulièrement flagrant dans ce livre. L’ensemble est globalement très gris et pourrait paraître sombre, mais les touches de couleur des vêtements, de certains éléments des décors et la lumière posée sur les artistes donnent une impression de douceur, de rêverie et de magie. C’est un univers merveilleux, un monde parallèle où tout le monde chante, danse, rit. Comme une parenthèse enchantée qui permet d’appréhender la vie avec beaucoup plus de légèreté ! De quoi rassurer et allèger le coeur des enfants anxieux !

Un très beau livre à mettre entre les mains de tous les enfants qui ont peur avant les spectacles, les prises de parole en public, les grands événements. Des événements qui font certes grandir et laissent de bons souvenirs, mais peuvent terroriser sur le moment. Et puis, ces petites souris sont tellement craquantes !

Deux beaux albums jeunesse aux éditions HongFei

Les éditions HongFei proposent de très beaux livres jeunesse autour du Japon. Ils viennent de publier L’amie en bois d’érable de Delphine Roux et Pascale Moteki dont j’ai parlé dans Journal du Japon. J’ai donc eu envie de parler ici de deux autres titres que j’ai beaucoup aimés : Le samouraï et les 3 mouches et Le secret du clan.

Le samouraï et les 3 mouches ou comment l’intelligence se joue de la force

Voici un livre réjouissant pour les enfants à partir de 6/7 ans. Des textes courts façon haïku et des images simples mais très expressives, avec des tons chauds jaunes et orangés et des traits noirs épais, comme faits au pinceau de calligraphe.

Le personnage principal est un samouraï qui arrive à cheval dans un village, à « l’heure des ombres suspectes des soupes sur le feu ». Après avoir attaché son cheval, il s’installe dans une auberge face à trois ronins. Tour à tour, ils viennent le provoquer, mais il reste de marbre. Mais quand trois mouches tournoient un peu trop près de son bol, il les étripe en quelques coups de baguettes.

Les trois ronins pris de panique s’enfuient (en se bousculant pour passer les shôji (parois coulissantes typiquement japonaises). Le lecteur les voit ensuite sous forme d’ombres chevauchant leurs montures dans un « cataclop clop clop » qui fera rire les jeunes lecteurs. Après leur départ, le samouraï commande un thé puis reprend son cheval et chemine seul façon Lucky Luke.

Un livre qui mêle action (le lecteur se demande comment va réagir le samouraï face aux provocations des rônins qui menacent du poing, offensent, insultent) et réflexion (ne pas répondre à la provocation mais montrer tranquillement sa force sans blesser personne … sauf des mouches).

Des textes courts qui font mouche et des illustrations qui pétillent !

Le secret du clan : secret partagé entre un grand-père et sa petite fille

J’ai été très touchée par ce livre aux peintures délicates, laissant les contours des objets et des personnages légèrement blancs, comme si une lumière mystérieuse se dégageait de tout.

Car c’est bien à un mystère qu’est confrontée la petite fille qui vient, comme chaque été, passer ses vacances chez son grand-père chéri dans un petit village sur une île, au milieu des poissons, des nuages et des esprits : pourquoi grand-père a-t-il un petit crabe tatoué sur son avant-bras, tout comme le boulanger et le poissonnier … et pourquoi d’autres habitants (le professeur, les policiers, l’épicier) ne l’ont pas ?

La fillette partage des moments précieux avec son grand-père, comme la fête des âmes lors de laquelle on fait voguer des lanternes sur l’eau pour les défunts. C’est ce qu’ils font à deux, silencieusement, tenant la lanterne à quatre mains pour grand-mère.

Alors que la lanterne s’éloigne, la petite fille pose son doigt sur le tatouage du grand-père qu’elle regarde fixement « avec des points d’interrogation plein les yeux ». Il lui sourit sans dire un mot, mais quelques heures plus tard, il la réveille alors qu’il fait encore nuit pour lui montrer quelque chose. Avec d’autres tatoués, ils assistent à un phénomène exceptionnel. Quelque chose qui doit rester secret … Je ne vous en dirai pas plus pour vous laisser découvrir l’ambiance magique de la découverte !

Le texte est à la fois descriptif et poétique, plein de douceur et de magie. Il raconte le silence et l’amour avec beaucoup de tendresse et de chaleur, accompagné par les traits minimalistes des illustration : des mains qui se touchent, des personnes qui s’inclinent, des silhouettes de montagnes qui se dessinent sur la mer, un bateau qui fend l’onde, un nuage qui moutonne …

Ce livre très émouvant permet d’aborder de nombreux sujets avec les enfants à partir de 6 ans : l’enfance, la famille, la tranmsission, le secret, et le respect de la nature entre autres.

Un livre qui émerveille !

Le vieil homme et son chat de Nekomaki : le temps qui passe doucement …

J’ai totalement craqué pour ce manga délicat dont les protagonistes sont un pépé de 75 ans, Daikichi, et son chat de 10 ans, Tama.

Dès les premières pages, on est plongé dans la sérénité de cette petite ville de bord de mer (ville des pépés, des mémés et des chats) dont les rues très pentues font le bonheur des chats et entretiennent la forme des habitants âgés.

C’est un manga qui procure une immense sensation de bien-être, une lecture douce et apaisante, un voyage immobile au fil des saisons. Car il fait bon vivre dans cette ville, le facteur est adorable, le voisin pêcheur est un précieux ami d’enfance, et même si Daikichi est veuf depuis quelques années, il est entouré de personnes bienveillantes, et son fils vient parfois lui rendre visite. Quant à Tama, il a promis à sa maîtresse de veiller sur son mari quand elle ne serait plus.

Les petits bonheurs quotidiens sont racontés avec tendresse et humour, et la rondeur des traits et la légèreté des aquarelles renforcent cette sensation agréable. Les couleurs sont douces et lumineuses, le papier épais et la mise en page aérée … On se sent bien dans ce livre.

Le lecteur est souvent attendri par les souvenirs de cet ancien instituteur que tout le monde appelle encore Maître. On revoit le petit garçon qui mangeait du poulpe avec son meilleur ami (plat qu’ils partagent à nouveau des décennies plus tard), l’étudiant fauché qui cuisinait du riz au petits pois (et a rencontré sa femme qui donnait du poisson grillé au chat qui venait souvent le voir). On découvre même le souvenir de la rencontre du couple avec un chaton très faible dix ans plus tôt …

Une nostalgie douce qui n’empêche pas Daikichi de mener une vie active : cuisine, ménage, marche, achats dans les boutiques, visite chez le coiffeur, conversations avec le voisinage, visite au sanctuaire … mais aussi sieste sous le kotatsu, promenade sous les cerisiers au printemps ou le long des massifs d’hortensia à la saison des pluies.

Une vie qui s’écoule doucement, une tendresse partagée entre un vieil homme et son chat, qui se taquinent, se câlinent et mangent de bons petits plats.

Je n’ai pas encore acheté les autres volumes, mais j’ai très envie de poursuivre la lecture et de marcher à côté de ce duo touchant et drôle !

Mukashi Mukashi : les contes japonais pour enfants par Issekinicho

Aujourd’hui c’est aux enfants et aux grands enfants que je m’adresse. Si vous adorez les contes (j’étais une grande lectrice de contes quand j’étais petite) et le Japon, les quatre volumes des contes Mukashi Mukashi (Il était une fois) des éditions Issekinicho vous plairont à coup sûr. Ils sont colorés, variés (trois contes par volume avec à chaque fois un grand classique, un conte animalier et un conte humoristique). De quoi passer de bonnes heures de lecture et s’émerveiller devant les fabuleux décors, avoir peur, mais juste un petit en découvrant les onis (monstres colorés), et rire parce que ça fait du bien et qu’on en a besoin en ce moment !

Ces recueils sont d’une très grande qualité : couverture rigide, grand format, couleurs très très belles, et même « du brillant » sur les couvertures (doré pour le recueil 3 et bleu métallisé pour le recueil 4).

J’ai déjà écrit sur les deux premiers volumes dans Journal du Japon. Je vous présenterai donc cette fois les deux suivants.

Le recueil 3 est écrit et illustré par Alexandre Bonnefoy et présente dans un premier temps le grand classique Momotarô. Un vieux couple de paysans trouve une énorme pêche dans la rivière (elle a l’air bien justeuse sur le dessin !) et, alors qu’ils la découpent pour la manger, ils y trouvent un adorable bébé. Ils le nomment Momotarô et l’élèvent chez eux. Mais il est paresseux et ne fait pas grand chose de ses journées en grandissant. Cependant, lorsqu’il apprend que des ogres viennent d’une île maléfique pour piller et brûler les villages de la région, il décide d’aller les battres. Ses parents lui donnent des kibidangos (galettes de millet) pour le voyage. Sur son chemin, il croise un chien (trop mignon ce petit chien tout rond !), un singe et un faisan. Ceux-ci l’accompagnent en échange d’une galette. Grâce à eux, Momotarô réussira à battre les onis (ces grands ogres un peu rondouillets, effrayants, mais pas trop, bleu, rouge et vert, sur une île grise avec des flammes qui surgissent de partout … de quoi se faire un peu peur !). Et tout est bien qui finit bien : les onis promettent de ne plus semer la terreur et rendent les trésors au petit garçon qui rentre glorieux au village et qui est depuis beaucoup plus gentil et serviable.

Le deuxième conte présente Kuma et Kitsuné, donc un ours et un renard en japonais. Tous deux sont obligés de cultiver un champ faute de nourriture disponible. Le rusé Kitsuné dit à Kuma qu’il a le droit de manger la partie de la plante qui sortira de terre, et que lui mangera les racines … évidemment, il a semé des graines de radis (de gros daikon), et l’ours se retrouve à manger des feuilles peu nourrissantes tandis que le renard se régale de gros radis juteux. L’année suivante, Kuma veut inverser, Kitsuné est d’accord … car il a planté des fraisiers ! Le pauvre Kuma s’est encore fait avoir. Et cela continue lorsque le renard lui demande de décrocher une ruche, lui disant qu eles abeilles sont parties … mais elles sont bien là et attaquent l’ours tandis que son compère se régale du miel. Il faut donner une bonne leçon à ce renard. Kuma lui dit qu’il y a des chevaux sauvages et qu’il pourra en capturer un s’il accroche sa queue à celle du cheval. Kitsuné suit son conseil et se retrouve très vite traîné par le cheval. Il atterrit finalement dans une flaque de boue ! Comprenant que chacun ne s’est pas comporté correctement envers l’autre, les excuses sont faites et ils cultivent ensemble le potager dont ils partagent les ressources équitablement.

Dans Le démon et la jeune fille, on retrouve le thème du Vaillant petit tailleur : une petite fille réussit à tuer cinq moustiques d’un coup, « cinq bêtes sanguinaires ». Des soldats, qui passent par là et cherchent, sur ordre du roi, quelqu’un capable de tuer l’oni qui terrorise le village d’une province voisine, l’entendent et lui disent de venir tuer une autre créature sanguinaire. Lorsqu’elle découvre que c’est un oni qu’elle doit tuer, elle fait moins la fière. Mais ingénieuse, elle trouvera un moyen de capturer l’oni (je vous laisse la surprise) et de lui faire promettre de ne plus embêter les habitants. Pour toute récompense, elle voudra juste des moustiquaires à ses fenêtres !

Le lecteur appréciera l’explosion de couleurs, la rondeur des personnages, les paysages rocheux, montagneux, les forêts de bambous, les torii, lanternes, châteaux, tatami et jizo pour un décor japonais qui émerveillera les enfants.

Dans le recueil 4, c’est Delphine Vaufrey qui tient la plume et le crayon. Les traits sont plus fins, plus aériens, mais l’ambiance est tout aussi magique et colorée.

Le recueil s’ouvre sur le grand classique Urashima Tarô. Dans un village de pêcheur, le jeune Urashima sauve une tortue qui était maltraitée par les enfants. Le lendemain, il est remercié par la mère de la tortue et emmené par elle voir la princesse des océans. Dans un palais merveilleux, il mange un délicieux repas et découvre des paysages fabuleux au fil des saisons. Il perd la notion du temps auprès de la princesse. Et lorsqu’il se décide à retourner dans son village, elle lui offre une boîte qu’il ne doit pas ouvrir, elle contient tous ses souvenirs. Mais le village a chancé, Ulrashima se rend compte qu’il est parti il y a plus de cent ans. Lorsqu’il ouvre la boîte, ses souvenirs s’échappent et il devient un vieillard. Le lecteur sera ébloui, comme le héros, par la beauté des paysages sur la grande double page qui leur est consacrée : arbres enneigés, coraux, cerisiers en fleurs, ginkgo de l’automne, poissons mêlés … Une splendeur !

J’ai beaucoup aimé Le royaume des souris. Un vieil homme part au travail dans la forêt, sa femme lui a préparé des onigiri (boulettes de riz entourés d’une feuille d’algue). Lorsqu’il fait tombé un onigiri dans un trou, une voix lui en demande un deuxième, le vieillard s’exécute. Puis il va dans le trou et donne son troisième onigiri à une souris qui l’emmène alors dans son royaume. Il y mange, s’amuse, danse. La seule chose à ne pas faire est d’imiter un chat, ce qui effraierait toutes les souris. Le Roi souris lui propose ensuite d’emporter le trésor de son choix. Le vieil homme se contente d’une petite bourse de pièces d’or. Lorsqu’il raconte ses aventures à sa femme, un voisin malveillant écoute et va balancer des onigiri dans le trou. Impatient, il imite un chat, l’or disparaît et le méchant homme est obligé de ramper dans le noir pour s’échapper. Le trou sera ensuite feré à jamais. Et le lecteur se sera beaucoup amusé à voir toutes les adorables souris faire la fête !

La dernière histoire, Le tengu invisible, met une fois de plus en scène un petit garçon. Celui-ci est un chenapan paresseux et farceur. Et lorsqu’il voit dans la forêt un Tengu (démon rouge au long nez, qui n’a pas l’air très méchant), qui possède une cape d’invisibilité, il n’a qu’une idée en tête : la lui voler. Il réussira à l’embobiner avec une fausse longue-vue en bambou (qui permet paraît-il de voir Osaka, le Mont Fuji et même la princesse dans les jardins du palais impérial de Kyoto !). Le tengu prendra la longue-vue pour regarder, pendant que le garçon lui volera sa cape. Malheureusement, sa mère voyant une cape toute crasseuse la brûlera. Mais le garçonnet réussira à se rendre invisible en se recouvrant le corps de cendre. Il jouera des tours aux habitants du village … jusqu’à ce que la pluie tombe … Vous imaginez la suite !

N’hésitez pas, précipitez-vous en librairie ou sur le site des éditions Issekinicho pour acheter ces superbes recueils de contes à partager en famille pour rire, se faire peur et surtout en prendre plein les yeux !

Ces habitudes qui font grandir votre talent de Fumio Sasaki : instructif et motivant

Les livres de développement personnel se multiplient depuis quelques années dans les rayons des librairies. Leur qualité est plus ou moins bonne, et on peut parfois avoir l’impression de lire des injonctions à être heureux, à faire tel ou tel sport, médiation, régime, et autres activités plus ou moins farfelues pour « réussir sa vie » ou « être heureux ». Et je vous avoue que ces livres magiques ne sont pas pour moi. Je n’aime pas les personnes condescendantes ou culpabilisantes. Mais je trouve souvent des choses à prendre dans les livres écrits par des Japonais ou des personnes ayant vécu de nombreuses années au Japon … Peut-être par compatibilité d’esprit, de mentalité ? Toujours est-il que j’ai lu avec intérêt le livre de Fumio Sasaki. Je suis très sensible aux habitudes, j’ai un esprit plutôt scientifique et carré, et ce livre m’a apporté de nombreux éléments intéressants.

Vous connaissez peut-être cet auteur car il a écrit un best-seller sur le minimalisme L’essentiel et rien d’autre. Je ne l’ai pas lu, mais après avoi lu celui-ci, je vous avoue que lire comment il est arrivé au minimalisme et l’a géré m’intéresse.

Bref, le livre sur les habitudes est bien construit, illustré d’exemples de personnalités, d’études scientifiques et de la propre expérience de l’auteur. En ce qui le concerne, les habitudes qu’il a prises sont : se lever tôt (5h du matin, ouille !), faire du sport tous les jours et arrêter l’alcool. Sans aller jusqu’à faire tout cela, on a tous des habitudes que l’on aimerait perdre, et d’autres qu’on aimerait prendre. Je pense que ce livre peut aider pour cela.

Ce livre est donc dédié à toutes celles et ceux qui pensent ne pas avoir de volonté. Il explique que le talent se fabrique avec des efforts continus et grâce aux habitudes, que les efforts pourront être maintenus si on en fait des habitudes, et qu’il existe des éléments simples pour apprendre à avoir des habitudes (il parle de méthode, mais ce sont des éléments pratiques et logiques, pas un truc clé en main compliqué ou pénible, je vous rassure).

Mais avant de lister 50 étapes pour se créer de bonnes habitudes, l’auteur nous explique d’abord comment marche la volonté et comment fonctionne une habitude.

Dans la partie sur la volonté, il évoque des expériences qui ont été menées sur des enfants et des marshmallows par exemple (savoir résister à la tentation de manger tout de suite un marshmallox et en avoir un deuxième en récompense un peu plus tard), et d’autres éléments scientifiques sur le sujet de la volonté et de la récompense (immédiate et différée). Il évoque aussi régulièrement son propre parcours, les moments de faiblesse, de doute, le cheminement qu’il a effectué. La volonté ne diminue pas simplement parce qu’on l’utilise, elle est influencée par nos émotions, elle peut se perdre lorsqu’on est anxieux ou qu’on se déprécie. Notre cerveau a en effet un système froid, rationnel, et un système chaud, lié aux émotions, et ces deux systèmes se complètent et interagissent en permanence. Avoir de la volonté est plus simplement ne pas avoir conscience d’être tenté. Et une habitude est finalement une action que l’on accomplit sans presque y penser. Pour prendre cette habitude, il faut donc réduire le nombre d’entrées en scène de la conscience. Voir comment tout cela fonctionne est passionnant et aide à comprendre pourquoi on se jette parfois sur une tablette de chocolat ou pourquoi les bonnes résolutions du nouvel an ne marchent pas !

La partie suivante est consacrée aux habitudes. Elles représentent environ 45% de nos actions quotidiennes. Une habitude est un comportement de routine déclenché par un signal, que l’on effectue en vue d’une récompense. Une habitude nécessite de la volonté dans un premier temps, et l’effort à fournir est important. « Mais une fois l’habitude prise, la récompense plus importante que l’on obtient nous pousse à continuer. » Un cercle vertueux se met alors en place.

La troisième partie entre vraiment dans le concret (mais comprendre les mécanismes était important pour pouvoir agir en connaissant le fonctionnement de notre cerveau, des mécanismes de la volonté, de l’habitude, des émotions et des obstacles qui pourraient survenir). Cette partie présente 50 étapes pour se créer de bonnes habitudes. L’auteur explique souvent les étapes par sa propre expérience ou celle de personnalités (joueur de baseball, athlète, et même l’écrivain Haruki Murakami). Il nous accompagne et explique comme il le ferait à un ami qu’il vouderait aider concrètement mais en douceur.

Les étapes sont très concrètes. J’en liste quelques unes pour que vous puissiez vous faire une idée : Sortir du cercle vicieux, Décider d’arrêter, Savoir saisir l’occasion, Arrêter totalement (pour les premières étapes), puis d’autres qui vous parleront probablement : Je commence aujourd’hui, Le faire au quotidien, Ne pas improviser une exception (mais il est possible d’en planifier si besoin), Se créer un emploi du temps ou encore S’arrêter en chemin, mais suivi par Ne jamais s’arrêter complètement, Enregistrer ses habitudes (lister les petites choses accomplies plutôt que regarder tout le chemin qui reste à parcourir), et même La nécessité des échecs ! C’est une liste à la fois motivante et déculpabilisante, qui donne des outils car on sait souvent pourquoi on a échoué à prendre une habitude : arrêt en cours de route, objectifs trop ambitieux, lassitude. Tout cela est abordé dans les 50 points évoqués, c’est donc un accompagnement précieux quand on se lance et à chaque difficulté rencontrée.

La dernière partie explique qu’il n’existe pas à proprement parler de « talent », mais une certaine sensibilité à tel art, telle science, accompagnée d’une passion inépuisable, et surtout d’un sens de l’effort (il illustre son propos avec les portraits de nombreux artistes, scientifiques, créateurs et leurs « habitudes »).

Travailler au quotidien pour progresser donne un fort sentiment de satisfaction. Et il est ensuite plus facile d’être capable de s’aimer, la plus grande des récompense !

Un livre qui se lit bien, dans lequel on peut piocher de nombreuses idées pour progresser et réussir à se créer de nouvelles habitudes. Et vous, quelles habitudes voulez-vous vous créer ?

Kiki la petite sorcière : le roman du film, dépaysement, magie, poésie !

En ces temps de confinement et parfois de stress, d’angoisse, je vous invite à découvrir les deux volumes des histoires de Kiki la petite sorcière. Si vous avez aimé le film de Miyazaki, vous adorerez le roman d’Eiko Kadono qui l’a inspiré. Les éditions Ynnis publient ses aventures en deux volumes. J’avais écrit sur le premier tome dans Journal du Japon, et je vous donne donc ici mes impressions sur le deuxième.

C’est un bonheur renouvelé de suivre les aventures de la petite sorcière qui, dans ce deuxième volume, revient dans sa ville adorée après un séjour chez ses parents. Elle se rend compte qu’elle aime profondément cette ville, et avec son chat Jiji, elle continue ses services de livraison.

Des aventures toutes plus magiques les unes que les autres se succèdent. Voyez plutôt : transporter un hippopotame malade chez le vétérinaire (par les airs !) car un lion a mangé sa queue, apporter un sac de magicien au théâtre et voir des animaux en sortir, découvrir les chants d’arbres dans la montagne, livrer une pomme à la soeur de l’horloger de la ville, ou une enveloppe noire à deux demoiselles.

Chaque chapitre emmène le lecteur dans un coin de la ville ou beaucoup plus loin, dans la forêt, la montagne, et même sur une île d’un superbe archipel où un « découvreur » est parti étudier les chantereux, des cousins du paresseux qui chantent en groupe !

Kiki est toujours serviable et de bonne humeur, même si parfois les clients sont désagréables, autoritaires ou grognons … Ils ont souvent des problèmes que la sorcière finit par comprendre et même résoudre. Ce sont des humains avec leurs soucis, leurs humeurs, leurs faiblesses et leurs incompréhensions. Avec son regard et son coeur de jeune fille qui devient adulte, malgré la fatigue, les interrogations, les doutes, elle rend heureux ceux qui la côtoient.

Et c’est bien ce qui caractérise ce deuxième volume : une petite sorcière qui grandit, réfléchit à ce qu’elle veut faire de sa vie, se demande si ses livraisons sont bienveillantes ou si parfois elle ne transporte pas de mauvaises choses. Elle commmence également à ressentir des choses étranges au fond de son coeur quand Tombo lui parle, lui écrit, ou partage de bons moments avec une autre jeune fille.

Elle repense parfois à son enfance et c’est un bonheur de s’y plonger avec elle : « Je rentraits à quatre pattes dans les herbes hautes. J’avais l’impression de me glisser sous une couverture qui sentait bon. Je m’allongeais sur le dos et je fermais les yeux très fort. Des pois aux couleurs de l’arc-en-ciel brillaient et bougeaient sous mes paupières, c’était rigolo. C’étais comme si j’avais le ciel dans mes yeux. Un jour, j’ai entendu des éternuements, loin sous la terre. Ça ne s’arrêtait plus ! Ma mère est réputée pour ses remèdes contre les éternuements, alors j’en ai pris un et je l’ai posé à l’endroit où je les avais entendus. Quand j’y suis retournée un peu plus tard, le médicament avait disparu et cette fois, j’ai entedu un petit bruit, comme un tapotement. « Toc toc ! ». J’ai pensé que c’était une taupe. Et par la suite, j’ai pris l’habitude de discuter avec elle. »

Un petit grain de magie que le lecteur retrouve avec bonheur tout au long de la lecture !

Kiki devient donc plus mature au fil des expériences, des échanges, que ce soit avec un vieux monsieur qui lui demande de se promener avec sa canne alors qu’il est mourant à l’hôpital, ou avec une jeune fille qui vit dans la forêt et fait des merveilles de coutures et de broderies avec ses mains.

« Une fois entrée, Kiki poussa un cri d’admiration. L’intérieur de la maison était complètement différent du paysage extérieur couleur feuille morte. On se serait cru dans un champ au printemps. Des papillons et des coccinelles en tissu étaient accrochés aux rideaux bleu ciel. Des coussins vert trèfle étaient disposés sur le tapis vert clair. La table basse était blanche, comme un nuage tombé du ciel. Des broderies de fleurs multicolores ornaient la nappe et les serviettes. Dans un panier posé sur la table reposaient des petits pains encore fumants. »

Une description féérique !

Et elle, que veut-elle fabriquer, créer ? Elle avancera au fil des pages vers sa véritable vocation, accompagnée par l’adorable boulangère Osono et par sa mère (par lettre ou en allant la voir).

Les textes sont toujours très poétiques, les images qui défilent sont éblouissantes et le lecteur peut vraiment s’évader d’un quotidien parfois morose pour vivre des aventures magiques. Et à tout âge on se réjouit d’accompagner Kiki sur son balai ou à pied dans les ruelles … et de voir le chat Jiji grandir lui aussi, et s’intéresser à la belle chatte Bechi !

Un univers tendre, doux, dans la belle lumière du soleil qui inonde la ville, entre la mer étincelante et la montagne verdoyante.

Un livre qui fait vraiment du bien à tout âge !

L’art de mettre les choses à leur place (une vie meilleure dans un espace ordonné) de Dominique Loreau : clair et efficace

Je poursuis ma lecture des livres de Dominique Loreau avec celui-ci, qui pourrait s’apparenter à celui de Marie Kondo. Il y a beaucoup de points communs, mais peut-être que celui de Dominique est plus adapté à la pensée occidentale, moins rigide, avec des astuces qui nous parlent davantage.

D’abord une partie théorique pour comprendre pourquoi ranger ? « Le but premier du rangement est de replacer les choses de façon à pouvoir, à l’utilisation suivante, trouver immédiatement, même les yeux fermés, n’importe quoi. Lorsque l’on place toujours ses clés au même endroit, on est sûr, le lendemain, de les retrouver. Ranger, c’est donc s’éviter de toujours avoir à chercher, de perdre les choses ou de ne pas les trouver là où on pensait les avoir mises. Pour s’éviter mille petites causes de stress de chaque minute … pendant toute une vie. Ranger, c’est gagner du temps, pour soi et pour les autres ». C’est économiser de l’énergie, se sentir bien. Posséder peu de choses bien rangées, c’est très utile en cas de problème, de catastrophe. C’est respecter les autres et soi-même. C’est avoir un havre de paix face au désordre du monde. C’est très utile contre la démence sénile. Et cela permet d’apprendre à se connaître, à découvrir ses passions … et d’utiliser chaque objet avec contentement, plaisir.

Mais comment classer ? Avec les facteurs suivants :
– la fréquence ou la rareté d’utilisation (rôle du temps)
– la netteté de la vision (rôle de l’oeil)
– la facilité de préhension (rôle de la main)
– l’endroit le plus proche de là où l’objet va être utilisé (loi de « proximité »)
– le choix de l’espace choisi pour le ranger (juste rapport entre la taille d’un objet et celle de son contenant)

Pour le tri, on retrouve les éléments expliqués par Marie Kondo : désencombrer (moins on possède et mieux on peut ranger), visualiser son intérieur rêvé, prendre le temps et ranger seul, jeter (si on hésite, c’est que ce n’est pas utile), ranger par catégorie (vêtements/tissus, livres et documents, vaisselle/ustensiles/nourriture, petites choses comme papeterie, DVD, bricolage, médicaments, bijoux, sacs, chaussures, et enfin souvenirs et objets sentimentaux) et non par pièce (mettre tous les objets d’une catégorie sur un grand tapis).

Le livre détaille ensuite par catégorie comment procéder.

Pour les vêtements, on les classe par catégorie et ne garde que ceux qu’on aime (et on remercie puis donne ou jette les autres), pour le linge de maison, deux parures par personne de la maison et pour les couchages invités.

Pour les livres et documents, on met tout à terre et on examine un par un les objets à ranger ensuite par catégorie. On prend des cartons à dessin pour les gros documents (type radio et autres documents grand format), et un classeur robuste pour les factures en cours et les adresses à avoir sous la main.

En cuisine, on limite le nombre d’ustensiles, on les met dans des casiers adaptés. Les choses les moins utiles sont placées en hauteur.

Pour les autres objets, une boîte par fonction ou loisir créatif.

Une partie intéressante est consacrée aux éléments de rangement : quand et comment utiliser les casiers, les boîtes, bocaux, bouteilles, tiroirs compartimentés, crochets, patères, tringles, étagères et placards. Concret et utile !

Une grande partie explique la loi des mouvements et la loi de la proximité. Optimiser le rapport geste/objet (ergonomie) est possible en adaptant le rangement aux hauteurs, profondeurs, fréquences d’utilisation, tailles et volumes des objets. Un truc évident est de ranger les objets au plus près de leur lieu d’utilisation ! Des astuces sont données pour chaque pièce de la maison, et parfois on se dit « mais bien sûr ! ».

Ce livre est très agréable à lire, avec de nombreux conseils précieux et très concrets. Il regorge aussi de références au Japon, à la façon de penser et de ranger des Japonais, de mots japonais qui arrivent à concentrer tout un concept ! Plaisir et utilité combinés : le livre idéal pour le confinement !