Une femme et la guerre d'Ango Sakaguchi : nouvelles et manga troublants …

C’est un livre étrange que publient les éditions Picquier. Deux nouvelles écrites juste après la fin de la guerre : une même histoire mais sous deux regards différents, celui de l’homme et celui de la femme qui forment le couple que l’on suit dans les derniers mois de la guerre, sous les bombes à Tokyo. Puis dans le même ouvrage, en le prenant par la fin, un manga adapté de cette histoire, par une mangaka née en 1957 et qui n’a donc que des images floues de la guerre lorsqu’elle se lance dans cette aventure. Entre les recherches qu’elle mène sur cette période, le style elliptique et le ton particulier d’Ango Sakaguchi, elle mettra plusieurs années pour que son projet de manga soit finalisé.

Cette double approche est intéressante car textes et manga se complètent très bien. Lire d’abord les nouvelles, puis se plonger dans le manga est un exercice qui permet de fixer cette histoire d’amour, de fureur de vivre, d’humanité, sur notre rétine grâce aux dessins en noir et blanc, en bulles de paroles, en cases de silences, en sentiments montrés à travers les regards et les corps, en nuits noires et lumières blanches.

De quoi est-il question ? D’un homme, Nomura qui travaille chez lui sur des textes (scénario), et d’une femme, ancienne prostituée puis tenancière de bar, qui a décidé de se mettre en ménage avec lui … « puisque tout va partir à vau-l’eau » ! Il est avec elle par facilité, parce qu’il aime son corps, même si il la méprise parce qu’il n’arrive pas à la faire jouir (ayant enchaîné les rapports avec des hommes, son corps n’est plus sensible à ces choses). Elle a une forte haine en elle, qu’elle porte depuis l’enfance, son abandon par ses parents. Elle aime les bombardements nocturnes. Est-ce parce qu’ils la font se sentir plus vivante, ou parce qu’ils détruisent tout ce qu’elle hait …

Dans ce couple étrange, il y a les actes, les paroles, mais aussi tout ce qu’on garde à l’intérieur. Il y a la mort qui n’est jamais loin, le feu qui brûle tout, les voisins qui tentent de survivre et parfois se délectent du malheur des autres. Il y a les peurs, les joies (se promener à vélo en jupe, aller acheter des livres chez le bouquiniste, manger de bonnes choses), l’après qu’on tente d’imaginer.

« Moi, je veux vivre comme un tigre dans la forêt vierge, comme un ours, un renard, un tanuki. Aimer, jouer, avoir peur, fuir, se cacher, retenir son souffle, étouffer sa respiration, vivre au risque de ma vie. »

Un livre troublant, qui amène à réfléchir sur cette période d’entre deux qu’est la fin d’une guerre.

Un sandwich à ginza de Yôko Hiramatsu, illustré par Jirô Taniguchi : le plaisir de manger au fil des saisons et des lieux !

Pour moi, la découverte de la cuisine locale est une partie importante d’un voyage. Et au Japon, c’est un émerveillement permanent ! Ce livre a donc été un très gros coup de coeur. Yôko Hiramatsu est une écrivaine gastronome, gourmande, qui nous met l’eau à la bouche avec ses découvertes culinaires au fil des saisons et des petits restaurants du nord au sud du Japon. Et les dessins de Jirô Taniguchi, parsemés ça et là au fil des pages, apportent la petite touche de finesse pour parfaire le tableau.

Les premières lignes sur les saisons me font penser au Nagori de Ryoko Sekiguchi, à La péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba. C’est ce qui me touche le plus dans la cuisine japonaise, ce rapport permanent aux saisons, aussi bien pour les végétaux que pour les animaux.

La pétasite du Japon et autres herbes printanières :
« C’est la saveur du printemps. Les premiers signes de la saison vous ébranlent les papilles. Le printemps s’engouffre dans votre bouche, toutes digues rompues. Fleurs de colza, crosses de fougère, têtes-de-violon, jeunes pousses de lis plantain ou de prêle des champs … On a envie de croquer à belles dents toutes ces herbes sauvages, ces bourgeons verts gorgés de sève.
La saveur du printemps, c’est la joie du renouveau. »

On découvre ainsi les tempura de printemps, la bière de juin, l’anguille de l’été qui a même son festival à Narita. On ressent le plaisir gourmand de l’écrivaine et le bien-être que procure chaque plat spécifique à la saison.

Mais c’est également une promenade au fil des villes, des quartiers, des restaurants parfois centenaires. Une histoire de rencontres, d’amitiés, d’admiration. De la cuisine bouddhique à Kamakura, en passant la la cuisine chinoise et même le restaurant d’entreprise … la diversité des textures, des parfums, des goûts est infinie sous nos yeux éblouis !

Les plats minutieusement décrits (et parfaitement croqués par Taniguchi qui excelle dans cet art !) vont de l’omelette fourrée au riz aux sandwichs de toutes sortes (fourrés aux fruits, au porc pané, à la croquette de purée ou de crevettes roses) en passant par le nabe de fugu. Certains plats comme le pot-au-feu d’ours ou la langue de baleine ne susciteront peut-être pas la même gourmandise de la part du lecteur occidental, mais ils sont montrés comme part du patrimoine culinaire japonais.

Le livre est surtout une succession d’histoires humaines : des repas qu’elle partage souvent avec un jeune collègue, des restaurateurs qui donnent le meilleur d’eux-même pour faire vivre leur établissement, des histoires d’amour, de passion, de générosité, de partage !

Un livre passionnant et gourmand ! On part quand ?

Préhistocartes, les premiers habitants de la planète : un grand beau livre pour partir à la découverte des dinosaures et autres créatures …

Encore une belle découverte jeunesse que proposent les éditions nobi nobi ! Un livre pour les amoureux des dinosaures, petits ou grands, à mettre sous le sapin et à feuilleter pendant des heures et des heures …

En effet, le livre propose aux lecteurs de partir à la découverte, sur une quarantaine de cartes (grand format, sur double-page), de plus de six cents espèces de dinosaures et autres animaux qui ont peuplé la planète il y a très très longtemps, c’est-à-dire pendant les périodes Paléozoïque (-541 à -252,2 millions d’années) et Mésozoïque (-252,2 à -66 millions d’années) !

L’approche est très originale : De continent en continent, de pays en pays, le lecteur découvre quels animaux ont peuplé telle ou telle région. Les dessins ont le charme des vieilles encyclopédies, des cartes qui ornaient les murs des écoles d’il y a un siècle. C’est charmant ! Mais cela n’en reste pas moins très précis : dessins des animaux très fins et colorés, drapeaux pour indiquer les lieux où des fossiles ont été découverts, frise temporelle permettant de préciser la période à laquelle vivait l’animal (avec un système de pastilles numérotées). Pour chaque carte, un texte explique les spécificités du pays (géologie, évolution dans le temps).

On apprend ainsi pour la France : « Au Mésozoïque, l’ère des dinosaures, la quasi-totalité de la France était immergée, ce qui explique la présence de nombreux fossiles d’animaux marins. Mais les paléontologues ont également trouvé des fossiles de dinosaures vivant sur les îles qui existaient à cette époque. » Et la carte de France montre des mégalodons (requins), des iguanodons, des gastornis (oiseaux de deux mètres de haut), et même des meganeura (libellules mesurant 70 cm !). De quoi émerveiller petits et grands !

Le livre a également un côté interactif grâce à des petits quiz qui permettent à l’enfant d’aller chercher les informations sur la grande double page. Car en plus du texte explicatif général, certains animaux font l’objet de courts textes explicatifs.

En fin d’ouvrage, le lecteur trouvera la réponse aux quiz, mais également un index par animal (petits dessins et renvoi aux différentes pages et donc aux différents pays dans lesquels on pouvait le trouver).

Un très très beau livre au charme ancien, une mine d’informations pour les enfants et les adultes passionnés qui retrouveront une âme d’enfant en le feuilletant !

Mains d'herbes de Benoît Reiss : lire le jardin …

Voici encore un magnifique livre publié par les éditions esperluète ! On retrouve Benoît Reiss, l’écrivain des Notes découpées du Japon, qui brossait un portrait en petits papiers de ce pays aux multiples facettes. J’avais écrit sur ce beau livre dans mon article rentrée littéraire en septembre 2018 pour Journal du Japon (https://www.journaldujapon.com/2018/09/11/cest-la-rentree-litteraire-venez-decouvrir-les-nouveautes-japonaises/).

Il nous revient pour évoquer un jardin qu’il a découvert un peu par hasard lors d’une promenade à vélo avec sa fille. S’étant posé dans un parc minuscule (la mégapole de Tokyo arrive à en coincer entre les maisons, dans le moindre insterstice), il découvre un jardin merveilleux et décide de revenir pour le filmer.

« Je ne veux pas faire une photographie parce que je sais par avance que le résultat n’aura aucun intérêt : le jardin est un corps envahi de courants, de respirations, sans arrêt effleuré de taches de lumière, en tous sens fendu de vols d’oiseaux et d’insectes, partout cela frissonne et tremble, le vent fait parler les tiges, les branches et les feuilles. »

Le film ne « rend » pas toutes les sensations qu’il éprouve. C’est alors qu’il découvre que Madame Oda, la propriétaire, l’attend sur un des bancs du parc et l’invite à visiter son jardin ! Madame Oda est elle-même un jardin, elle porte toujours des motifs floraux et semble être une parcelle de son jardin. Elle l’invite à prendre un thé. Elle n’a pas de famille qui vient la visiter, mais des chats, visiteurs exigeants en terme de jardin ! Elle travaille et ne travaille pas son jardin. Elle l’accompagne, l’écoute (elle a une très mauvaise vue et apprend à tout faire dasn le noir, elle ferme les yeux dans la journée pour mieux percevoir les présences, chaque son ayant sa lumière propre !).

« Un jardin arrangé avec art, c’est cela que désirent les chats. Et ils sont exigeants, il faut que tout soit parfait : la disposition des végétaux, la taille, la distribution de l’ombre et de la lumière. C’est un art de travailler et de ne pas travailler son jardin. Il est aussi difficile de savoir quelle tige couper, quel plant tailler, que de savoir lesquels laisser à leur croissance à leurs débordements. Une chose est certaine, le jardinier ne décide de rien, il ne sait rien. »

Le jardin vit sous les yeux et les oreilles des deux personnes, qui entrent en communion avec lui, un thé à la main.

Madame Oda a un très bon ami photographe. Elle invite le narrateur à l’accompagner chez lui. Elle s’y régale, comme à chaque visite, de vin d’or et de gâteaux soufflés de riz. Maître Sato est un très vieux photographe du quartier de Shinjuku. Il n’en a jamais fait son métier (il a eu beaucoup de métiers qu’il a enfilé comme des costumes), mais il a toujours aimé photographier le mouvement, celui des humains comme celui de la nature, à tel point qu’on ne sait distinguer si ce sont des humains ou des herbes qui bougent sous son regard affûté. La seule photo « à l’arrêt » présente dans son appartement a été prise en mars 2011, du bois sur des eaux noires.

Madame Oda aime organiser des cueillettes d’herbes avec ses amis artistes qui les disposent ensuite sur des planches, créant des fenêtres ouvertes sur des champs, des jardins, qui changent au rythme des saisons, qui semblent avoir des lumières différentes, des cieux changeants.

Le livre s’achève sur le départ du narrateur, il quitte le Japon et va une dernière fois saluer Madame Oda. L’hiver s’est installé, Madame Oda ramasse des herbes sèches, des branches auxquelles elle semble ressembler lorsqu’elle marche dans ce jardin d’hiver ! Et c’est le souvenir de sa grand-tante Henriette dans les fleurs qui lui vient sous forme de photo à son retour en France … Deux femmes, deux figures qui le guident dans l’apprentissage de la vie, du savoir être au monde, du savoir voir, sentir … et écouter.

Ce livre est un voyage dans l’univers du jardin, on y glisse doucement, pieds nus, on regarde danser les herbes, traverser les chats et les oiseaux, on admire les branches, leur feuillage qui s’agite, on se perd dans un coin sombre, on ferme les yeux, on écoute. On respire le silence avec Madame Oda, on met l’oeil dans l’appareil photo de Maître Sato … On est présent au monde, là, dans ce jardin aimé, dans ce prolongement de l’âme de cette petite femme à la robe fleurie.

Offrez-vous ce petit bout de jardin, cette respiration au milieu du tumulte, vous en ressortirez vivifié, les sens en éveil, à la recherche d’un petit coin de nature, que vous soyez en ville ou à la campagne ! Il est facile de s’imprégner de nature où que l’on soit, il suffit de prendre le temps de regarder, écouter, sentir …

Bonne promenade !

Sélection de mangas à offrir pour les plus jeunes !

Les éditions nobi nobi ! proposent une collection très riche de beaux mangas et leurs ouvrages à destination des enfants dès 8 ans sont de toute beauté. Une sélection originale à mettre sous le sapin !

Les pounipounis : un univers doux et coloré où les animaux mignons apprennent à vivre ensemble

J’avais adoré le premier volume de ce manga kawaii qui s’adresse aux jeunes lecteurs : des animaux tous plus mignons les uns que les aurtes sont mis en scène dans leur quotidien. J’avais mis le premier volume dans ma sélection jeunesse de printemps pour le webmagazine Journal du Japon : https://www.journaldujapon.com/2019/03/13/on-fete-le-printemps-avec-des-livres-pour-enfants/

Petits bonheurs, gros chagrins, petits soucis grandes joies … Apprendre, découvrir, essayer, se tromper, être triste, être consolé … C’est toute une vie qui s’organise entre maison, jardin, colline, ciel. Certains volent (les poissons !), d’autres dorment beaucoup trop (le chat), l’écureuil grignote tout (les meubles !). Le pingouin, qui est le plus sage et essaye de mettre de l’ordre dans cette joyeuse troupe, a parfois du mal à gérer tous les problèmes, mais il le fait toujours avec gentillesse, compréhension, bienveillance.

Dans ce nouveau volume, on retrouve des animaux qui font la bagarre pour se réchauffer, d’autres qui s’essaient à l’origami (même avec les torchons de la cuisine ou la couette du lit !), un poisson volant qui s’amuse à faire voler ses amis avec une corde ou qui mange des nuages, un renard insomniaque à cause des ronflements de ses voisins de chambrée, une échelle trop grande qui devient rail pour jouer au train etc.

Il faut noter dans ce volume l’arrivée d’un nouveau personnage japonais par excellence : un kappa, créature verte qui habite les rivières japonaises, mais qui ici ne sait pas nager ! Et comme ses nouveaux amis n’arrêtent pas de le sauver de la noyade, il leur offre toujours des concombres.

Chaque court chapitre raconte une histoire, un événement, une petite scène du quotidien. C’est souvent drôle, poétique, mais également intelligent, sensible, pour amener le jeune lecteur à se poser des questions sur son propre comportement, sa propre vision du monde. Cela se fait en douceur, dans un univers gorgé de couleurs, accompagné d’animaux ronds, doux, kawaii !

Une excellente découverte du manga (avec un sens de lecture occidental pour plus de simplicité), des textes courts, facilement lisibles par les lecteurs débutants, des histoires qui font mouche chez les petits … à dévorer dès 8 ans (ou un peu avant). Deux volumes qui raviront les lecteurs et leurs parents !

Une autre nouveauté qui fait plaisir : un chaton et une mamie chat par la créatrice de Chi !

Tout le monde connaît Chi … manga, livres pour enfants, dessin animé, goodies, on le trouve partout ! Mais cette fois-ci, sa créatrice revient avec un nouveau duo : Taï adorable chaton gris foncé débarque chez Natsuki, un jeune homme qui vit seul dans la maison de ses parents … avec sa vieille chatte Sue, âgée de 17 ans. Sue aime faire la sieste et l’arrivée de Taï va perturber sa petite vie tranquille !

Le premier volume de ce manga (là encore à partir d’environ huit ans), colorisé pour sa version française, raconte l’installation de Taï dans cette maison tranquille. Le chaton va apprendre à faire ses besoins dans sa litière, à boire du lait, à manger dans sa gamelle (ou celle de Sue !). Sue quant à elle va redécouvrir le bonheur des jeux (cache-cache, boulette en papier, balle rebondissante).

Sue apprend à Taï, Taï fait rire Sue … Une complicité se met en place, avec beaucoup d’amour !

Un livre mignon, tout en tendresse, en délicatesse. On marche à pattes de chat dans cet univers paisible, en découvrant les petits bonheurs du quotidien de ce duo de chats attachant.

En bonus, des papertoys de Taï le chaton et de différents accessoires : la caisse dans laquelle il arrive, une brique de lait et deux gamelles (la sienne et celle de Sue), pour rejouer des scènes du livre !

Le manga est aussi l’occasion d’expliquer au jeune lecteur qu’adopter un chat ne se fait pas à la légère : en fin d’ouvrage, quelques pages expliquent comment adopter un chat, ce qu’on peut faire et ne pas faire avec lui, et les responsabilités que cela comporte. De quoi faire réfléchir avant d’envisager d’en accueillir un à la maison, pour qu’il ne soit pas abandonné quelques mois après !

Contes imaginaires : La Reine des neiges et les cinq éclats … Andersen revisité

Ce premier recueil offre une adaptation des contes d’Andersen, avec en fil conducteur la recherche d’éclats d’un miroir brisé par une troupe de chats (le miroir leur permettant de revoir un petit garçon qui leur est cher).

Les chats partent donc à l’aventure. Ils trouvent une jeune fille qui ne pleure jamais depuis que ses parents sont morts. Elle est même méchante avec le seul garçon qui s’intéresse à elle. Lorsqu’elle se retrouve rétrécie et qu’elle doit affronter souris et taupes, elle se rend compte qu’elle peut toujours compter sur le jeune homme qui la protège. Les larmes coulent et elle redevient humaine. C’est l’histoire de Poucette qui vient de nous être racontée.

Puis les chats donnent des jambes à une sirène pour qu’elle puisse vivre avec le Prince dont elle est tombée amoureuse. Là encore, il est question d’un prince qui ne pleure plus et garde sa peine au fond de son coeur depuis que sa nourrice a disparu dans la mer « à cause de lui ». Lorsqu’il aura compris toute l’histoire, il pourra enfin aimer et vivre heureux.

Dans Le Roi Nu, c’est une jeune princesse brimée par ses dames de cour que le lecteur découvre. Elle n’a jamais le droit de s’amuser, mais quand le frère du prince qu’elle doit épouser (mais qui s’est enfui avec une autre jeune femme) la fait rire et jouer avec ses amis, elle respire enfin, elle a même l’impression qu’on lui a enlevé un éclat du coeur !

La petite fille aux allumettes (Gerda) se voit acheter ses allumettes par un chat musicien qui lui dit que son voeu le plus cher se réalisera si elle réussit à laisser une allumette brûler jusqu’au bout. Quel est son souhait ? Voir sa mère guérie, mais pas au détriment de son ami Kaï ? Finalement avec sa volonté et l’amour que Gerda partage avec Kaï, l’avenir s’éclaircira et l’allumette sera enterrée sous un rosier dans leur jardin.

Le livre se finit sur l’histoire de la Reine des neiges : Une jeune femme, Gerda, se fait enlever par la Reine des neige, Kaï doit, pour la sauver, offrir une fleur éternelle à cette Reine qui vit seule dans son château, a gelé son vieillissement, scellé ses souvenirs et plongé toute la population dans un profond sommeil. Pourquoi ? Et qui est ce brigand qui contrôle les environs du château ? Là encore, le passé sera expliqué, les malentendus levés et le bonheur retrouvé !

On retrouve donc les contes traditionnels revisités afin que le lecteur suive les personnages d’histoire en histoire, puisse voir leur évolution. C’est original et extrêmement bien ficelé. Cela permet d’approcher les contes avec plus de romance, de sentiments. Les portraits sont touchants, tout en finesse, en délicatesse. Les regards, les mots sont émouvants. Les personnages en souffrance se sont enfermés dans des carapaces de froideur et d’indifférence, mais elles se fissurent lorsqu’on leur tend la main, les écoute, les regarde. Les épreuves sont bien là, comme dans les contes d’origine, mais elles sont surmontées grâce à la force de caractère des personnages, à l’amour qu’ils se portent, et à l’aide de petits chats magiciens !

La magie, le surnaturel sont bien présents, les décors sont enchanteurs, les traits de la mangaka sont fins et créent un univers extrêment poétique. Les personnages sont dessinés délicatement, comme des poupées de porcelaine, avec des tenues romantiques mêlant soieries et dentelles, cheveux aux boucles parfaites, et grands yeux étincelants.

Un concentré de poésie et d’émotion, à découvrir à tout âge !

Krimo, mon frère de Mabrouck Rachedi : entre Grigny et le Japon

Voici un livre original qui mêle la vie d’une famille dans le quartier de la Grande Borne à Grigny et un voyage au Japon. Des thèmes qui semblent aux antipodes l’un de l’autre, mais qui, au final, s’imbriquent très bien et donnent un roman pour ados puissant et passionnant, un roman qu’on ne lache qu’après l’avoir lu d’une traite.

Lisa a dix-neuf ans lorsqu’elle prend l’avion direction Tokyo. Elle est seule, enfin pas tout à fait, elle porte dans son sac l’urne contenant les cendres de son petit frère adoré Krimo. C’est lui qui lui a demandé, sur son lit d’hôpital, à être incinéré (alors que la famille est musulmane et que l’incinération est interdite), et qu’elle aille jeter ses cendres depuis le World Trade Center d’Osaka le 25 novembre à 9 heures. Pourquoi le Japon, pourquoi cette date ?

C’est en lisant le journal de son frère (qu’elle a emporté avec elle) qu’elle découvrira petit à petit ce qui s’est passé. Il y a Redouane, le grand frère, qui a basculé dans le trafic de drogue et se trouve en prison depuis un an. Krimo aurait-il aussi basculé dans la délinquance, lui qui était un élève brillant, comme son frère, comme sa soeur qui étudie le droit ? L’histoire est bien plus compliquée qu’elle n’en a l’air. Entre des parents qui se referment après avoir bien profité de l’argent de Redouane, entre tristesse, culpabilité, sentiment d’enfermement, de persécution, la jeune Lisa trouvera-t-elle la force de se construire, de s’affirmer, de changer, d’oser ?

Dans l’avion, elle rencontre Adel, un jeune passionné de mangas et de jeux vidéo, dont elle découvre petit à petit le parcours, les fêlures, même si elles sont très différentes des siennes.

Il l’accompagne dans son périple, enquête avec elle (il y a un homme mystérieux qui semble la suivre depuis Paris), la soutient, la fait rire. Elle découvre un pays différent fascinant, il la guide dans ses découvertes, lui fait visiter Osaka, les boutiques de jeux vidéo, les maid café, les okonomiyaki.

Peut-être que ce pays et cette rencontre lui permettront de découvrir qui elle est vraiment, ce qu’elle veut, comment faire la paix en elle et avec les autres ?

Le livre alterne entre découverte du Japon (le shinkansen et ses sièges qui se retournent automatiquement, le Mont Fuji par la fenêtre, la ville d’Osaka et ses quartiers touristiques, ses cafés, ses restaurants, le métro de Tokyo, la ville d’Ome, les Japonais, leur discipline, leur politesse, la propreté etc.) et retour sur les mois qui précèdent, avec la lecture d’extraits du journal de Krimo. C’est habilement construit et maintient le lecteur en haleine : que va-t-il arriver à Lisa au Japon, qu’est-il arrivé à Krimo à Grigny ?

Un livre à offrir aux adolescents pour aller au-delà des clichés sur la banlieue et découvrir un peu le Japon.

Sèves et chants d’herbes de Delphine Roux : immersion poétique dans la nature

Que vient faire ce très beau livre de poésie de Delphine Roux sur mon blog ? Si vous connaissez son travail, vous avez probablement senti, comme moi, son profond lien avec le Japon, son écriture japonisante dans son doux roman Kokoro, son sens du détail, sa facilité à capter la beauté, la magie de l’instant dans ses livres pour enfants. Tout cela me fait dire que Delphine a une âme et une plume japonaises.

Elle revient pour notre plus grand bonheur avec un très beau recueil aux éditions La chouette imprévue : Sèves et chants d’herbes. Des poésies en vers libres, des instantanés de nature captés à la façon des haïkus, mais avec un peu plus de longueur, ce qui permet de multiplier les sens et les sensations. Dans un même poème, il y a des couleurs, des petits bruits, des plantes qu’on touche, des odeurs de terre, des goûts d’herbe …

Ces poèmes titillent tous les sens, on plonge au ras du sol, on observe, on sent, on touche, on met les doigts comme un enfant, on les porte à la bouche. La nature y est minuscule, on se rêve fourmi.

C’est un bonheur de lecture, une succession d’images radieuses, de tableaux impressionnistes qui se regardent de loin, et de tableaux naïfs sur lesquels on se penche à la recherche de petits détails, petites bêtes, petites plantes, peuple de l’herbe. Des tableaux animés dans lesquels humains, animaux et plantes communiquent, chantent, dansent.

Un livre qui réjouit et qui invite à pousser la porte, à partir vers les bois ou la campagne environnante, pour goûter la nature et s’y plonger avec délice !

C’est de plus un très bel objet, avec une couverture fenêtre ronde (comme celles donnant sur un jardin japonais), ouvrant sur un superbe collage végétal d’Hélène Héniquez. Un petit format carré, un papier de très bonne qualité, une mise en page sobre et aérée qui donne toute sa place aux poèmes qui respirent.

Là-bas le marais

Poussières de copeaux
Étole de brume
Bruissements délicats
Tes semelles se fondent dans l’humus

Oreilles rougies
Corps raidis sous la pluie
À contre-courant le marais se déforme

Tête levée
Une plume en vrille
Nargue le terrestre et ton sourire figé

Progresser tout de même
L’œuf
d’un martin en main