Kuma, une nouvelle amitié : le livre idéal pour la rentrée !

Si votre enfant se sent un peu seul, qu’il a l’impression qu’il n’arrivera pas à se faire des amis dans son école, ce livre adorable est fait pour lui ! Tout en tendresse et en délicatesse, il aborde le problème délicat de l’exclusion, de la difficulté d’arriver dans une nouvelle classe, de réussir à se faire des copains. Il donne également des pistes pour se changer les idées et retrouver le sourire.

Léo est donc un petit garçon qui se sent seul car il n’a pas d’amis. Il regarde les autres enfants jouer ensemble au foot.

Quand il se sent seul, il aime aller dans la forêt et se poser sur un rocher (la colline).

C’est alors qu’apparaît une adorable boule toute blanche. Elle a deux yeux et une bouche, un visage tout rond adorable et souriant ! Cette boule de poils s’approche et le salue. Léo engage la conversation, mais il est bien triste … Kuma (c’est le nom de cet animal) essuie la larme qui coule le long de la joue de Léo, et Léo souris car ça chatouille ! Enfin un sourire !

Kuma montre alors son remède anti-tristesse : crier « Bonjour la tristesse ! » très fort. Les deux compères crient alors très fort et leurs voix résonnent, c’est la tristesse qui est contente et qui répond !

Le lendemain, il s’approche à nouveau de ses camarades pour se présenter, mais ils ne lui répondent pas et s’éloignent. Léo retourne alors dans la forêt et Kuma lui montre le jeu des animaux : il imite un singe en poussant des cris et en se balançant dans tous les sens. C’est au tour du petit garçon : il se met à danser bizarrement et à faire des « Plou Plou ». C’est un poulpe ! Ils s’amusent bien ensemble. Mais Léo pense à l’école, Kuma lui dit qu’il n’a qu’à penser à lui pour qu’il soit à ses côtés là-bas.

Mais les soucis continuent à l’école : il n’arrive pas à attraper un ballon, les autres se moquent de lui, il détourne les yeux de colère lorsqu’une petite fille l’approche. Il confie à Kuma que les autres sont méchants. Celui-ci lui répond que les vrais amis viendront naturellement à lui. Léo veut y croire.

La pluie tombe alors qu’il est encore dans la forêt. Il s’abrite sous un arbre et invite Chloé, la petite fille qu’il a ignorée à l’école, à s’abriter à côté de lui. Il s’excuse. Ils regardent tomber la pluie, sautent dans les flaques comme la grenouille qu’ils poursuivent, et arrivent devant un très grand arbre qu’ils entourent de leurs bras et saluent. L’oreille contre l’arbre, ils entendent tous les sons de la forêt. C’est magique ! Alors que la pluie a cessé et qu’ils rentrent chez eux, Léo aperçoit Kuma tout en haut de l’arbre. Il le remercie du fond de son cœur.

Un très très beau livre, des illustrations d’une très grande douceur, des textes écrits en gros caractères pour les lecteurs débutants … et surtout des petites astuces pour chasser la tristesse, apprendre à sourire malgré les soucis, garder confiance en soi pour trouver sa place dans sa classe, dans son école, au milieu des autres enfants.

Le livre idéal pour la rentrée, pour apprendre à lire ses premières histoires car il n’y a pas trop de lignes à déchiffrer par page et de très grandes illustrations pour aider à la compréhension de ce qu’on vient de lire … et cette merveille est à un tout petit prix (6 euros).

Cyril Castaing, l’auteur, pratique le shiatsu et la méditation, et cela se ressent dans les petits exercices de Kuma et Léo pour chasser les idées noires : Crier très fort  » Bonjour la tristesse ! », sauter et imiter les cris d’un animal pour se défouler et retrouver le sourire, faire un câlin à un arbre et écouter les bruits de la forêt pour s’apaiser et s’émerveiller.

Quant à Haruna Kishi, on retrouve son univers verdoyant et doux, dans lequel la nature est un refuge, les animaux des amis … D’ailleurs si vous ne connaissez pas Miru Miru, je vous invite à découvrir la série (en dessins animés ou en livres !).

Ranger : l’étincelle du bonheur de Marie Kondo

C’est l’été, et parfois l’envie nous prend de ranger la maison … Il faut dire que personnellement j’ai accumulé des tonnes de choses en 17 ans dans ma maison ! Et comme j’avais entendu parler régulièrement de Marie Kondo, j’avais acheté son livre en format poche et illustré pour me lancer.

Je l’ai donc (enfin) lu en entier et je trouve que, finalement, il y a pas mal d’idées à prendre. Je ne sais pas si j’arriverai à ranger la totalité de mes affaires selon cette méthode, mais en tous cas ça m’a donné envie de m’y mettre … et j’ai même commencé (par les vêtements comme elle le conseille, et en effet cela se fait assez facilement).

Le livre fait plus de 300 pages mais se lit finalement assez vite. Le texte est très facile à lire, avec des retours d’expérience (elle conseille à domicile), des astuces, des dessins pour illustrer ses propos.

La première partie est consacrée à ses astuces :

  • comment nous comportons-nous face à nos objets, quelle relation avons-nous avec eux : désordre, « cela pourrait servir plus tard », envie d’abandonner face à l’ampleur de la tâche,
  • qu’est-ce qui nous fait envie (mode de vie idéal, espaces de vie, couleurs, objets qui nous inspirent de la joie)
  • comment ranger : par matériau, ranger comme un bento, plier comme de l’origami … avec les quatre principes : pliez-le, posez-le à la verticale, rangez-le avec les autres, et séparez votre espace de rangement en compartiments de configuration carrée

Peut-être que certains passages dans lesquels elle parle de la joie peuvent paraître un peu risibles, mais le but est que chacun se sente bien chez soi. J’avais souvent entendu parler de sa méthode de façon caricaturale : prendre les objets dans ses bras, voir s’ils provoquent de la joie en nous, jeter au maximum … Mais c’est plus subtile que cela et le livre regorge vraiment de conseils pour ne pas se laisser étouffer par tous les objets qu’on garde pour de fausses bonnes raisons. Et il n’est pas non plus question de tout vider, mais d’optimiser, de vivre avec les objets qu’on aime (bon, j’en ai beaucoup, mais ce n’est pas grave, il suffit de savoir les ranger, et même de se faire un coin avec tous les objets qu’on aime, un coin du bonheur !).

Après cette première partie d’explication, la partie suivante est consacrée à la technique, « l’encyclopédie du rangement » : comment ranger les vêtements (avec pour chaque type de vêtement une explication sur le pliage), les livres, les papiers, les « komono » (objets du quotidien), les objets de valeur sentimentale (qui arrivent en dernière position dans le déroulement du rangement de la maison, car elle sait à quel point le rangement et le tri de ces objets peut être délicat).

La troisième partie permet de faire le point une fois la maison rangée, chaque pièce a en effet subi une métamorphose. Mais cette partie est également le moment de parler du rangement des autres personnes de la maison et des difficultés qui peuvent survenir (ne contraindre personne à ranger !).

Un livre comme une bouffée d’air frais … à lire pour trouver des astuces, voire pour se lancer dans le grand rangement !

Bonne lecture et bon rangement ! Vous vous sentirez sûrement mieux après avoir commencé … Moi j’y retourne !

Les Feux de Shôhei Ôoka : l’humain à l’épreuve de la guerre

1945, l’armée japonaise est en pleine débâcle aux Philippines. Le soldat Tamura, atteint de la tuberculose, est un poids pour son régiment et se retrouve rapidement à errer entre plaines et monts à la recherche de nourriture pour survivre. C’est le récit de ces mois d’errance que l’auteur nous livre avec un réalisme saisissant, jusqu’à la nausée. Mais c’est également des pages magnifiques où l’horreur se mêle à la poésie, où l’homme poussé au bord de la mort croit retrouver la vallée de son enfance dans une vallée philippine, où il réfléchit à la présence de Dieu lorsqu’il repère la croix d’une église dans un petit village au bord de la mer.

Ce n’est pas un livre facile, on a souvent envie de fermer, de dire stop, on n’en peut plus de sa souffrance, de la folie qui le guette, de la soif, de la faim, des sangsues qu’il mange pour survivre, des mouches qui s’immiscent dans les moindres muqueuses des soldats pas encore morts, des cadavres gonflés et de l’odeur qui s’en dégage, des amis dont il faut se méfier, des ennemis qu’on n’a pas choisis …

Un récit halluciné, écrit avec les tripes, douloureux mais indispensable !

Ce livre devrait être lu partout et par tous, il montre la guerre dans sa plus totale absurdité. Des soldats qui n’ont jamais demandé à arriver sur ce territoire tropical hostile, qui ne comprennent pas où ils doivent aller, qui souffrent du Béri béri et autres maladies qui en laissent bon nombre sur le bord de la route, la tête plongée dans une rigole où ils cherchaient quelques gouttes d’eau à boire. Et lorsqu’un point de ralliement est nommé, le rejoindre ressemble à un parcours piégé, entre ennemi philippin et ennemi américain. Un jeu de massacre terrible et des vies fauchées par milliers.

Tamura essaie de survivre. Il a bien rencontré quelques soldats qu’il pourrait nommer amis, Yasuda dont le fils de 17 ans est pilote et avec lequel il aimerait mourir, Nagamatsu fils illégitime d’une bonne (on se confie quand on n’a rien d’autre à faire), souffrant du Béri béri, qu’il retrouvera à plusieurs reprise. Mais dans ce bourbier, c’est au final chacun pour soi, la survie autant que possible.

C’est dans les collines qu’il apprend à se nourrir de ce qu’il trouve, maïs, patates douces crues (le feu est un luxe difficile à trouver), sel (le plus précieux des aliments), et eau … mais aussi toutes sortes de plantes et d’insectes.

Mais quand la nourriture manque, jusqu’où sera-t-il prêt à aller ? Perdra-t-il ce qu’il lui reste d’humanité ?

Plutôt que d’entrer dans le détail du livre (qui est un « journal d’un fou » comme le dit le narrateur, écrit lorsque, survivant, il a enfin pu poser ses mots en sécurité dans un hôpital), je préfère vous citer des passages pour que vous vous rendiez compte de la force de ce texte (qui vous hantera longtemps après sa lecture).

La beauté malgré l’horreur :

« Il faisait sombre dans le bois, et le chemin était étroit. Des buissons de plantes inconnues, recouverts de vrilles de lierre entremêlés, comblaient l’espace délimité par de grands arbres dressés semblables à des chênes. Les feuilles mortes des tropiques qui tombent indépendamment des saisons et qui recouvraient le chemin étaient souples sous mes chaussures. Dans le calme ambiant, les feuilles qui venaient de tomber craquaient comme sur les chemins de Musashino. Je marchais tête baissée.
Une étrange pensée me traversa l’esprit. J’empruntais ce chemin pour la première fois de ma vie, et je ne l’emprunterais sans doute jamais plus. Je m’arrêtai, regardai autour de moi.
Ce n’était pas extraordinaire. Il n’y avait là que de paisibles arbres à larges feuilles qui ressemblaient en tout point à ceux de mon pays – tronc élancé, branches épanouies, feuilles pendantes -n, et la seule différence était que je ne connaissais pas leur nom. Ils s’étaient toujours trouvés là, bien avant mon passage, et ils y resteraient sans doute toujours, indépendamment du fait qu eje passe ou non. »

Vivre et mourir :

« S’il y avait la moindre parcelle de vérité dans l’hypothèse selon laquelle les émotions de la vie quotidienne plongeraient leurs racines dans la possibilité qu’ont les choses de « pouvoir se répéter » à l’infini, sentir que j’avais déjà fait ce que je faisais alors n’était-il pas en quelque sorte une perversion de l’esprit de le « refaire encore une fois » ? Une vie placée dans des conditions telles qu’il n’existe aucun espoir de « répétition » dans l’avenir ne rejette-t-elle pas ces possibilités dans le passé ?
Que la « fausse réminiscence » fût le fait de la fatigue ou d’un quelconque malaise, ce n’était pas parce que la vie avait cessé d’avancer. N’était-ce pas plutôt parce qu’on avait perdu tout intérêt à la vie quotidienne et qu’au contraire l’espoir de répétition inhérent à la vie se révélait à cette occasion ?
Je ne pensais pas que cette métaphysique improvisée fût fondée, mais en tout cas, cette découverte me satisfaisait. Elle me rendait même fier, en ce sens qu’elle me confirmait que j’étais vivant.

Je n’avais plus vraiment peur de la clarté de la plaine qui m’entourait. Les gens comme mon moi passé répétaient leur vie. Mais mon moi présent se dirigeait vers la mort et ne répétait rien. Cette certitude m’emplit d’une certaine audace. »

Les cadavres partout :

« Il y avait des cadavres partout. Du sang et des viscères tout frais brillaient sous le soleil succédant à la pluie. Des bras et des jambes déchiquetés avaient roulé dans l’herbe comme les morceaux d’un pantin désarticulé. De vivant et qui bougeait, il n’y avait que des mouches. »

Manger :

« La faim comme la difficulté à trouver de la nourriture ne me posaient pas de problème. L’homme peut manger n’importe quoi. J’arrachais pour les manger toutes sortes d’herbes, qu’elles fussent amères ou coriaces, dans la mesure où des traces de morsures d’insectes m’indiquaient qu’elles n’étaient pas vénéneuses.
Il plut, et les parties exposées de mon corps alors que je dormais sous les arbres furent la proie des sangsues de montagne. Je mangeai donc les jolies petites bêtes couleur d’herbe et à la tête aplatie qui s’étaient gorgées de mon sang. »

Et une phrase qui dit tout de l’épreuve vécue :

« Les hommes qui n’ont pas connu la guerre sont encore des enfants. »

Courrez acheter ce livre en librairie … La guerre est absurde et cruelle où qu’elle se passe … Ce livre en est le meilleur témoignage !

3 minutes, 7 secondes de Sébastien Raizer : le soleil et l’acier

J’ai découvert Sébastien Raizer dans son petit éloge du zen, un petit livre précieux, une quête spirituelle et une arrivée au Japon, qu’il ne quittera plus. Un vrai coup de cœur ! Depuis, je me suis plongée dans sa trilogie inclassable, noire et lumineuse, percutante et perturbante. Une plongée dont je ne suis pas encore sortie, qui donne le vertige, qui pousse le lecteur très loin dans ses réflexions, dans sa façon de penser, d’être … Je pense qu’il me faudra encore du temps pour finir cette lecture, la digérer et écrire quelque chose dessus. C’est passionnant et difficile … Mais n’est-ce pas le but de la lecture ?

Si vous voulez en savoir plus sur l’auteur, j’avais eu la chance de lui poser quelques questions pour Journal du Japon.

Je pense que pour découvrir la pensée, la plume à la fois tranchante et surnaturelle de Sébastien, ce nouveau court roman est idéal.

L’histoire est simple : un avion qui fait la liaison Shanghaï-Osaka va être percuté par un missile nord-coréen au-dessus de la mer de Chine. L’information est transmise au pilote, puis au personnel de bord. Deux voyageurs l’apprennent également : un concepteur de jeux vidéo et un photographe baroudeur qui voyage d’Ouest en Est et veut finir ce périple au Japon.

C’est un roman choral, chacun a sa façon d’encaisser la nouvelle, d’en faire quelque chose … Le pilote plonge dans un délire patriotique qui l’emmène en images et en chants de la création du Japon à sa propre mort qu’il rêve héroïque, en passant par la guerre et ses bombes, l’après-guerre et la soumission. Il y a les hôtesses, les stewards, des relations, des non-dits, de l’amour, du sexe, mais que devient tout cela quand il ne reste plus que quelques minutes à vivre ? La mort imminente … Le concepteur de jeu vidéo réfléchit à un jeu psychique total, la mort elle-même en faisant partie. Le voyageur qui pensait jusqu’alors à ce qu’il voulait voir, capter au Japon, la mort approchant, imagine le texte qu’il aimerait écrire, replonge dans son passé. Il a perçu, enfant, seul, entouré de neige, l’inexistence absolue du monde. Il tente de vivre désormais dans celui de son invention.

Chacun réagit en fonction de ce qu’il a été, ce qu’il est. Les mots se percutent dans la tête du lecteur : Vie / mort / temporalité. Univers / espace-temps / cosmos. Esprit / perception du temps. Jeu psychique / réel. Voyage / fuite. Sexe / amour. Individu / nation.

Et l’avion dans le ciel comme une bulle hors de l’espace et du temps …

« Je me demande même si une part de moi ne souhaite pas secrètement que ce cinglé ait raison et qu’un missile nord-coréen vienne bel et bien annuler le vol Shangaï-Osaka. Le rayer de la carte du ciel – nous ne sommes déjà plus sur terre, de toute façon. Mourir sur terre serait manifestement plus tragique et plus douloureux. Mais ici ? Nous ne sommes déjà plus nulle part, endormis dans un long et monotone et interminable flottement, en apesanteur de nous-mêmes. »

Un livre qui, en une centaine de pages, vous arrache du sol, vous secoue, puis vous laisse retomber au milieu de vos réflexions, désorienté, hagard mais terriblement vivant !

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa : sucré et tendre …

Si vous cherchez un livre mêlant poésie, douceur, partage, gourmandise … et bien d’autres mots qui font du bien, celui-ci est fait pour vous. Et si vous avez vu le film et vous demandez si le livre mérite la lecture, là encore, foncez !

J’avais vu le superbe film de Naomi Kawase (avec la formidable regrettée Kiki Kirin), j’avais été très émue, mais je ne m’étais pas plongée dans le livre, préférant garder mes émotions intactes. Puis il y a quelques semaines, une amie m’a offert le livre et je me suis dit « pourquoi pas ? ». J’avais « digéré » le film et j’estimais que je pouvais désormais me lancer dans la lecture. Et j’ai été enchantée ! Toute la poésie, la finesse, la délicatesse, la lumière de Naomi Kawase se retrouvent dans les mots de Durian Sukegawa. On s’attache avec autant de plaisir à Sentarô, qui fait ses dorayaki  dans son tout petit commerce, suant sur sa plaque, utilisant de la pâte de haricots industrielle, prenant peu de plaisir à son travail, essayant juste de rembourser une dette (dont on comprend l’origine petit à petit, au fil de la lecture). Et on est touché par la « petite » Tokue, une vieille dame qui sait « écouter la voix des haricots » et débarque pour aider Sentarô dans son entreprise. Elle travaille beaucoup, sa pâte est délicieuse, les clients sont ravis, les lycéennes (qui y ont leurs habitudes) adorent ! Mais Tokue a un secret, une maladie qui a déformé ses mains … Comment réagiront Sentarô, Wakama, la jeune lycéenne curieuse et attachante, la propriétaire (qui surveille les comptes et écoute tout ce qui se dit dans le quartier), et les clients de la boutique ?

Tout en délicatesse, l’auteur peint deux univers qui se rencontrent, deux personnes qui apprennent à se connaître : Sentarô qui a fait de la prison, boit trop et garde des blessures familiales ouvertes, Tokue qui a vécu des choses très dures pendant une très grande partie de sa vie. Au fil des jours, des saisons, des cerisiers qui fleurissent, verdissent, perdent leurs feuilles, c’est la vie qui défile, entre passé, présent … et futur ?

Un livre très touchant, qui ravira les gourmands par ses descriptions tellement fines de la fabrication de la pâte de haricots rouges, mais qui pose aussi beaucoup de questions sur l’exclusion, l’intégration, la gestion des maladies contagieuses, mais surtout la réintégration des personnes touchées une fois le risque passé … Et il y a du travail à faire dans ce domaine !

Resteront le chant d’un canari, le goût d’un dorayaki et le vol des pétales de cerisier …

Kokoro de Delphine Roux : une nouvelle édition illustrée

Kokoro est sorti il y a trois ans déjà. C’est un roman intime, touchant, que j’avais particulièrement apprécié et dont j’avais parlé sur Journal du Japon. Voici ce que j’avais écrit à l’époque :

« Kokoro est le journal-dictionnaire intime de Koichi, un jeune homme qui « observe le monde en proximité » . Chaque chapitre s’ouvre sur un mot japonais, comme une étiquette sur un joli cadeau. (koke qui signifie mousse, matsu-attendre, ou negai-voeu le plus cher), pour évoquer un moment, une sensation, un souvenir.

Koichi a une soeur, Seki, qu’il adore, mais qui a arrêté de sourire depuis que leurs parents sont morts alors que les deux enfants étaient en pleine adolescence. Seki s’est glacée. Elle s’est lancée dans les études, s’est maquillée, est partie à l’étranger, puis s’est mariée et a eu deux enfants. Elle noie son chagrin dans le travail, l’éducation des enfants, une image de façade qu’elle entretient jour après jour. Koichi, lui, a arrêté ses études, a vécu avec sa grand-mère adorée qui est maintenant en maison de retraite, n’a plus toute sa tête, mais adore les petites friandises que lui apporte son petit-fils chéri. Koichi vit entouré de souvenirs qui éclatent comme des bulles au fil des pages. Il les regarde de côté, comme pour ne plus avoir à souffrir. Son voeu le plus cher (il a peint en noir l’oeil d’un daruma pour qu’il se réalise) est que Seki retrouve le sourire. Lorsqu’il apprend que celle-ci ne va pas bien, il met toute son énergie et son envie, tapies au fond de lui, pour leur faire prendre un nouveau départ. Les mots ne seront pas nécessaires pour qu’ils se comprennent, se retrouvent.

Delphine Roux utilise des petites phrases sans fioritures, dans lesquelles l’émotion explose comme une boisson pétillante. Douceur et douleur se mêlent délicatement dans l’amour infini que porte Koichi à sa sœur et à sa grand-mère. Les souvenirs sont brillants comme la laque, moelleux comme un mochi. Les mots sont comme des poignées de sucreries semées au fil des pages, ces petits konpeitos qu’on fait rouler sous la langue. Au final, un tas de petites billes dans lesquelles se reflètent des moments précieux, et qui roulent de page en page pour arriver sur une île du sud du Japon.

Un livre doudou, un livre bonbon, un livre comme les wagashi, ces délicates pâtisseries japonaises : beau à regarder, doux en bouche, pas trop sucré, juste fin, délicat … »

C’est un livre qui se suffit à lui-même, un livre dans lequel on plonge, mot après mot, ligne après ligne, page après page. Lorsque j’ai appris qu’il sortait cet automne en version illustrée, j’étais donc très méfiance, sceptique. Pour moi, des illustrations gâcheraient ces mots délicats, ces phrases minutieusement sculptées … Mais j’ai été agréablement surprise. QU Lan a offert au roman un habillage délicat, une tenue de dentelle aérienne, une esthétique douce, un charme un peu ancien, qui conviennent parfaitement à l’univers de Delphine.

Les illustrations ne sont pas présentes lourdement à chaque page, elles prennent différentes formes et créent une ambiance douce, qui fait écho aux mots de façon très harmonieuse. Ce sont parfois des peintures de scènes du quotidien (un homme face à son frigo, une fille qui se maquille, une famille heureuse partageant un bain), parfois de très beaux paysages extérieurs (deux silhouettes sous les érables, au bord de la mer, un homme en vélo dans la ville ou sous la pluie à la campagne), parfois simplement des petits éléments parsemés au fil des pages (un daruma, une pâtisserie), et même des traces de vélo ou des oiseaux le long d’un fil ou s’envolant dans le ciel.

Une nouvelle façon de découvrir ou redécouvrir ce livre délicat !

L’enfant du tsunami d’Eva Kopp : roman choral sur l’après … entre Japon et France

Il y a eu de nombreux romans sur le tsunami qui a frappé le Japon le 11 mars 2011. Le rapport au temps, les morts, les survivants, la catastrophe nucléaire, tous ces thèmes ont été fouillés, mis sur le papier … Parfois on entendait des voix, parfois c’était le bruit du dosimètre. Quand j’ai reçu ce premier roman, je me demandais quelle allait être l’approche, quels personnages prendraient vie sous la plume d’Eva Kopp.

Ces personnages sont nombreux, ils vivent au Japon ou en France. Ils ont tous en commun d’avoir été touchés d’une manière ou d’une autre par la catastrophe. Ils forment une famille même s’ils ne le savent pas tout de suite. Petit à petit, ils se rapprochent, par le cœur comme par l’esprit, guidés par le renard à neuf queues …

Tout commence le 11 mars 2011. Junko, jeune institutrice de 28 ans, vit avec son grand-père dans la préfecture de Miyagi. Son chat et les bêtes du troupeau ont senti le tremblement de terre un peu avant les humains.

Puis d’autres images se succèdent : une femme rousse et son bébé sont engloutis par la vague. Le petit survivra, sauvé par Hiro, un jeune pompier.

Et il y a ce pin de Rikuzentakata, le seul à survivre à la grande vague.

Les jours passent, la catastrophe nucléaire prend forme.

Des flashs toujours : le directeur de la centrale à genou, les bouteilles qu’on place autour de l’école pour protéger les enfants des radiations, plus tard les sacs de terre contaminée qui s’entassent sur des kilomètres.

Que faire, comment lutter, faut-il rester ou partir ? Chaque personnage du livre cherche sa voie, son avenir, hanté par les fantômes, visité par les kami.

En France, Achille devient le tuteur du petit Néthanel, dix mois. Ses parents sont morts dans le tsunami. Il faut l’aider à gérer ses peurs, ses angoisses. Accompagné de sa compagne Maïwen, il construira mois après mois un cocon rassurant pour le bébé rescapé.

C’est un livre au rythme vif, dans lequel les personnages et les scènes se succèdent. Chacun met sa petite pierre à la construction de la vie d’après. Les mois et les années passent, image après image. Les petits moments du quotidien deviennent des symboles du traumatisme et de la lutte pour avancer.

Mais au-delà du récit de chacun, il y a cette touche de surnaturel qui donne une autre dimension au roman. Les humains rêvent, cauchemardent, mais surtout sentent la présence d’autres créatures, renard fantastique, oiseau étrange, gardien des portes … L’harmonie s’est brisée, mais il y a des puissances capables de soutenir, de guider chacun vers des jours plus lumineux.

C’est un premier roman très réussi, les faits présentés ont été très documentés et donnent une succession d’images au réalisme impressionnant. L’auteur s’adresse souvent au lecteur pour le mettre à contribution : vous sentez, vous voyez ? Un petit effet pas forcément nécessaire, mais qui crée une proximité entre elle et nous.

Un livre que vous aurez du mal à quitter, donc prévoyez un weekend tranquille pour vous y plonger !