Kiki la petite sorcière : le roman du film, dépaysement, magie, poésie !

En ces temps de confinement et parfois de stress, d’angoisse, je vous invite à découvrir les deux volumes des histoires de Kiki la petite sorcière. Si vous avez aimé le film de Miyazaki, vous adorerez le roman d’Eiko Kadono qui l’a inspiré. Les éditions Ynnis publient ses aventures en deux volumes. J’avais écrit sur le premier tome dans Journal du Japon, et je vous donne donc ici mes impressions sur le deuxième.

C’est un bonheur renouvelé de suivre les aventures de la petite sorcière qui, dans ce deuxième volume, revient dans sa ville adorée après un séjour chez ses parents. Elle se rend compte qu’elle aime profondément cette ville, et avec son chat Jiji, elle continue ses services de livraison.

Des aventures toutes plus magiques les unes que les autres se succèdent. Voyez plutôt : transporter un hippopotame malade chez le vétérinaire (par les airs !) car un lion a mangé sa queue, apporter un sac de magicien au théâtre et voir des animaux en sortir, découvrir les chants d’arbres dans la montagne, livrer une pomme à la soeur de l’horloger de la ville, ou une enveloppe noire à deux demoiselles.

Chaque chapitre emmène le lecteur dans un coin de la ville ou beaucoup plus loin, dans la forêt, la montagne, et même sur une île d’un superbe archipel où un « découvreur » est parti étudier les chantereux, des cousins du paresseux qui chantent en groupe !

Kiki est toujours serviable et de bonne humeur, même si parfois les clients sont désagréables, autoritaires ou grognons … Ils ont souvent des problèmes que la sorcière finit par comprendre et même résoudre. Ce sont des humains avec leurs soucis, leurs humeurs, leurs faiblesses et leurs incompréhensions. Avec son regard et son coeur de jeune fille qui devient adulte, malgré la fatigue, les interrogations, les doutes, elle rend heureux ceux qui la côtoient.

Et c’est bien ce qui caractérise ce deuxième volume : une petite sorcière qui grandit, réfléchit à ce qu’elle veut faire de sa vie, se demande si ses livraisons sont bienveillantes ou si parfois elle ne transporte pas de mauvaises choses. Elle commmence également à ressentir des choses étranges au fond de son coeur quand Tombo lui parle, lui écrit, ou partage de bons moments avec une autre jeune fille.

Elle repense parfois à son enfance et c’est un bonheur de s’y plonger avec elle : « Je rentraits à quatre pattes dans les herbes hautes. J’avais l’impression de me glisser sous une couverture qui sentait bon. Je m’allongeais sur le dos et je fermais les yeux très fort. Des pois aux couleurs de l’arc-en-ciel brillaient et bougeaient sous mes paupières, c’était rigolo. C’étais comme si j’avais le ciel dans mes yeux. Un jour, j’ai entendu des éternuements, loin sous la terre. Ça ne s’arrêtait plus ! Ma mère est réputée pour ses remèdes contre les éternuements, alors j’en ai pris un et je l’ai posé à l’endroit où je les avais entendus. Quand j’y suis retournée un peu plus tard, le médicament avait disparu et cette fois, j’ai entedu un petit bruit, comme un tapotement. « Toc toc ! ». J’ai pensé que c’était une taupe. Et par la suite, j’ai pris l’habitude de discuter avec elle. »

Un petit grain de magie que le lecteur retrouve avec bonheur tout au long de la lecture !

Kiki devient donc plus mature au fil des expériences, des échanges, que ce soit avec un vieux monsieur qui lui demande de se promener avec sa canne alors qu’il est mourant à l’hôpital, ou avec une jeune fille qui vit dans la forêt et fait des merveilles de coutures et de broderies avec ses mains.

« Une fois entrée, Kiki poussa un cri d’admiration. L’intérieur de la maison était complètement différent du paysage extérieur couleur feuille morte. On se serait cru dans un champ au printemps. Des papillons et des coccinelles en tissu étaient accrochés aux rideaux bleu ciel. Des coussins vert trèfle étaient disposés sur le tapis vert clair. La table basse était blanche, comme un nuage tombé du ciel. Des broderies de fleurs multicolores ornaient la nappe et les serviettes. Dans un panier posé sur la table reposaient des petits pains encore fumants. »

Une description féérique !

Et elle, que veut-elle fabriquer, créer ? Elle avancera au fil des pages vers sa véritable vocation, accompagnée par l’adorable boulangère Osono et par sa mère (par lettre ou en allant la voir).

Les textes sont toujours très poétiques, les images qui défilent sont éblouissantes et le lecteur peut vraiment s’évader d’un quotidien parfois morose pour vivre des aventures magiques. Et à tout âge on se réjouit d’accompagner Kiki sur son balai ou à pied dans les ruelles … et de voir le chat Jiji grandir lui aussi, et s’intéresser à la belle chatte Bechi !

Un univers tendre, doux, dans la belle lumière du soleil qui inonde la ville, entre la mer étincelante et la montagne verdoyante.

Un livre qui fait vraiment du bien à tout âge !

La terre est une marmite de Ryoko Sekiguchi : mets et mots pour petits gourmands

Gilberte Tsaï organise depuis plusieurs années des petites conférences destinées aux enfants de plus de dix ans. Le but est d’éclairer, d’éveiller, sur des sujets aussi divers que l’infini, la poésie, l’émotion, les arbres, les odeurs, la couleur du ciel etc. La personnalité qui intervient doit se mettre à hauteur d’enfant et expliquer simplement mais pas de façon simpliste le sujet qui la passionne.

Ryoko Sekiguchi s’est brillamment prêtée au jeu et, grâce à la publication des textes de ces conférences dans de très beaux receuils par les éditions Bayard, le lecteur jeune ou moins jeune qui n’a pas eu la chance d’y assister peut déguster les mots qu’elle a dits pour parler cuisine, goût, et bien plus encore !

Comme à son habitude, en parlant de goûts et de mets, elle abord bien d’autres sujets. Le jeune lecteur se prend vite au jeu et se pose mille questions.

Elle se présente d’abord comme un écrivain, à savoir quelqu’un qui pose des questions. Entre un grand-père éditeur et une mère qui dirige une école de cuisine, Ryoko a très vite étudié et mêlé les deux. Les plats ont des noms, les recettes de cuisine sont des textes. Jusque là tout va bien … mais comment mettre ce que l’on ressent par les cinq sens sous forme de mots ? Un goût est toujours personnel et rempli d’émotion, mais pas facile de dire quel goût a une courgette ou un gâteau au chocolat (on est vite limité pour le décrire : amer, sucré, herbeux …) ? Et que dire des plats étrangers que l’on découvre et dont la saveur ne nous rappelle rien de connu ? (J’ai fait cette étrange expérience la première fois que j’ai bu du saké : à quoi se raccrocher, aucune boisson, alcoolisée ou non, ne me venait à l’esprit pour définir, identifier, expliquer ce goût … j’étais peut-être plus à l’aise pour trouver des senteurs à ce breuvage, mais en bouche c’était juste troublant). Pour Ryoko, c’était l’huile d’olive qu’elle n’a pas aimé la première fois qu’elle l’a sentie à treize ans, « une odeur de crayon » !

Tout au long de la conférence, elle questionne les enfants, stimule leur curiosité, les invite à s’ouvrir aux cuisines comme à des langues d’autres pays. Ne pas juger avec son palais déjà formé voire formaté, mais apprendre. Créer son propre territoire du goût, se libérer de son cadre familial, sentir, toucher, croquer … Car manger c’est être en échange, avec les autres, avec son environnement. C’est découvrir en permanence. D’ailleurs quel goût aura un plat du futur que nous n’avons jamais mangé ? Peut-on manger les nuages ?

Une invitation à la découverte, à la rencontre, au partage ! Un livre à lire en famille pour échanger, discuter … et ensuite aller goûter le monde !

Princesse Mononoke : un très bel album du film chez Glénat jeunesse

Les éditions Glénat proposent toute une sélection de livres autour des films de Hayao Miyazaki : de magnifiques Art Books pour découvrir les esquisses et toutes les phases de création de chaque film, des Anime Comics, pour plonger dans les différents films façon manga, et enfin les albums des films, qui permettent aux plus jeunes de découvrir tous les paysages et les scènes du film dans un grand format très beau, comme un grand livre d’histoires.

Dans cette collection d’albums existent déjà Mon voisin Totoro et Le voyage de Chihiro. Ce troisième livre est peut-être à réserver aux enfants un peu plus grands car certains passages sont très sombres et plus violents. Mais la puissance de la nature et le combat animaux/humains sont très marquants et permettront d’engager la discussion sur l’écologie avec les enfants et adolescents.

Mais plongeons plutôt dans le livre (à la très belle couverture dure et brillante, et aux pages au papier épais et lisse qui permet un superbe rendu des images !). Les premières pages présentent tous les personnages de l’histoire, humains et animaux. Puis le lecteur pénètre dans une double page de montagnes et de forêts : « Il y a bien longtemps, tout le pays était recouvert de denses forêts où vivaient en paix, depuis la nuit des temps, des divinités ancestrales. Aux confins orientaux de ces terres se trouvait dissimulé un village. C’est là que le peuple des Emishi avait trouvé refuge après avoir été disséminé par le pouvoir impérial des Yamato, il y avait de cela cinq cents ans. Notre histoire commence dans cette petite bourgade. »

On découvre le prince héritier de ce peuple, Ashitaka, contraint de quitter son village car touché par la malédiction d’un démon. Il part à la recherche du dieu-cerf, son seul espoir de guérison. C’est au coeur d’une forêt peuplée d’étranges créatures qu’il rencontre San, une jeune fille élevée par une louve, qui voue une haine féroce aux humains qui s’en prennent à la forêt.

Entre villageois responsables de la destruction de la forêt et San qui la défend corps et âme, Ashitaka se retrouve pris au milieu d’une lutte féroce et tentera d’assurer sa survie, mais aussi celle de cette merveilleuse forêt.

Les pages se tournent à un rythme soutenu, elles donnent la part belle aux images de différents formats qui mettent en avant chaque scène importante, chaque personnage. Les textes qui les accompagnent sont très vivants (description des ambiances, des bruits, des couleurs, des sentiments), avec de nombreux dialogues.

On se plonge dans les superbes paysages forestiers, mais également dans des scènes de combat époustouflantes.

Un véritable plaisir de lecture pour petits et grands fans de Miyazaki !

Mangas et Héros shonen aux feutres : deux livres pour apprenti mangaka débutant !

Si vous avez un enfant ou un ado fan de manga dans votre entourage et qu’il veut se lancer dans le dessin, ces deux livres sont faits pour lui et feront un cadeau parfait sous le sapin !

En effet, pas besoin d’être un expert en dessin pour se lancer, il y a tout ce qu’il faut dans le livre : des calques découpables en fin d’ouvrage permettent de reproduire les modèles directement sur une feuille. Les débutants n’auront ensuite plus qu’à les mettre en couleur. Pour les plus confirmés, les modèles pourront servir de base pour s’inspirer et créer leurs prorpres personnages et décors.

Van Huy Ta, qui anime le site TVHLAND.com donne plein d’astuces et de pas à pas détaillés pour devenir un expert en colorisation de personnages et de décors.

Après une présentation du matériel nécessaire (feutres à alcool, papier lisse, crayon, feutre liner et gomme), il y a plusieurs pages consacréer aux conseils techniques (colorisation de base, création des effets d’ombre, de dégradé, d’effets spéciaux sur les cheveux, les lèvres, les yeux, motifs, trames, effet liquide, transparence etc.).

Viennent ensuite les différents modèles (à retrouver en calques à la fin du livre) : écolière, magicien, forêt, tropiques, Japonaise, guerrière, fée abeille. Pour chaque modèle, un pas à pas des différentes étapes du coloriage est fourni, avec sous chaque image coloriée un texte précis qui explique les difficultés, les détails de chaque étape et comment les réussir.

Pour le deuxième ouvrage, Héros Shonen aux feutres, le principe est exactement le même. Les personnages proposés sont Space-warrior, Goku (roi des singes), policière, ninja, Red knight (guerrière), Sentai (super héros) et Castle (chasseur).

De quoi varier les sujets et se faire plaisir en apprenant différentes techniques pour colorier comme un pro !

Une belle idée cadeau pour des heures de création !

Préhistocartes, les premiers habitants de la planète : un grand beau livre pour partir à la découverte des dinosaures et autres créatures …

Encore une belle découverte jeunesse que proposent les éditions nobi nobi ! Un livre pour les amoureux des dinosaures, petits ou grands, à mettre sous le sapin et à feuilleter pendant des heures et des heures …

En effet, le livre propose aux lecteurs de partir à la découverte, sur une quarantaine de cartes (grand format, sur double-page), de plus de six cents espèces de dinosaures et autres animaux qui ont peuplé la planète il y a très très longtemps, c’est-à-dire pendant les périodes Paléozoïque (-541 à -252,2 millions d’années) et Mésozoïque (-252,2 à -66 millions d’années) !

L’approche est très originale : De continent en continent, de pays en pays, le lecteur découvre quels animaux ont peuplé telle ou telle région. Les dessins ont le charme des vieilles encyclopédies, des cartes qui ornaient les murs des écoles d’il y a un siècle. C’est charmant ! Mais cela n’en reste pas moins très précis : dessins des animaux très fins et colorés, drapeaux pour indiquer les lieux où des fossiles ont été découverts, frise temporelle permettant de préciser la période à laquelle vivait l’animal (avec un système de pastilles numérotées). Pour chaque carte, un texte explique les spécificités du pays (géologie, évolution dans le temps).

On apprend ainsi pour la France : « Au Mésozoïque, l’ère des dinosaures, la quasi-totalité de la France était immergée, ce qui explique la présence de nombreux fossiles d’animaux marins. Mais les paléontologues ont également trouvé des fossiles de dinosaures vivant sur les îles qui existaient à cette époque. » Et la carte de France montre des mégalodons (requins), des iguanodons, des gastornis (oiseaux de deux mètres de haut), et même des meganeura (libellules mesurant 70 cm !). De quoi émerveiller petits et grands !

Le livre a également un côté interactif grâce à des petits quiz qui permettent à l’enfant d’aller chercher les informations sur la grande double page. Car en plus du texte explicatif général, certains animaux font l’objet de courts textes explicatifs.

En fin d’ouvrage, le lecteur trouvera la réponse aux quiz, mais également un index par animal (petits dessins et renvoi aux différentes pages et donc aux différents pays dans lesquels on pouvait le trouver).

Un très très beau livre au charme ancien, une mine d’informations pour les enfants et les adultes passionnés qui retrouveront une âme d’enfant en le feuilletant !

Sélection de mangas à offrir pour les plus jeunes !

Les éditions nobi nobi ! proposent une collection très riche de beaux mangas et leurs ouvrages à destination des enfants dès 8 ans sont de toute beauté. Une sélection originale à mettre sous le sapin !

Les pounipounis : un univers doux et coloré où les animaux mignons apprennent à vivre ensemble

J’avais adoré le premier volume de ce manga kawaii qui s’adresse aux jeunes lecteurs : des animaux tous plus mignons les uns que les aurtes sont mis en scène dans leur quotidien. J’avais mis le premier volume dans ma sélection jeunesse de printemps pour le webmagazine Journal du Japon : https://www.journaldujapon.com/2019/03/13/on-fete-le-printemps-avec-des-livres-pour-enfants/

Petits bonheurs, gros chagrins, petits soucis grandes joies … Apprendre, découvrir, essayer, se tromper, être triste, être consolé … C’est toute une vie qui s’organise entre maison, jardin, colline, ciel. Certains volent (les poissons !), d’autres dorment beaucoup trop (le chat), l’écureuil grignote tout (les meubles !). Le pingouin, qui est le plus sage et essaye de mettre de l’ordre dans cette joyeuse troupe, a parfois du mal à gérer tous les problèmes, mais il le fait toujours avec gentillesse, compréhension, bienveillance.

Dans ce nouveau volume, on retrouve des animaux qui font la bagarre pour se réchauffer, d’autres qui s’essaient à l’origami (même avec les torchons de la cuisine ou la couette du lit !), un poisson volant qui s’amuse à faire voler ses amis avec une corde ou qui mange des nuages, un renard insomniaque à cause des ronflements de ses voisins de chambrée, une échelle trop grande qui devient rail pour jouer au train etc.

Il faut noter dans ce volume l’arrivée d’un nouveau personnage japonais par excellence : un kappa, créature verte qui habite les rivières japonaises, mais qui ici ne sait pas nager ! Et comme ses nouveaux amis n’arrêtent pas de le sauver de la noyade, il leur offre toujours des concombres.

Chaque court chapitre raconte une histoire, un événement, une petite scène du quotidien. C’est souvent drôle, poétique, mais également intelligent, sensible, pour amener le jeune lecteur à se poser des questions sur son propre comportement, sa propre vision du monde. Cela se fait en douceur, dans un univers gorgé de couleurs, accompagné d’animaux ronds, doux, kawaii !

Une excellente découverte du manga (avec un sens de lecture occidental pour plus de simplicité), des textes courts, facilement lisibles par les lecteurs débutants, des histoires qui font mouche chez les petits … à dévorer dès 8 ans (ou un peu avant). Deux volumes qui raviront les lecteurs et leurs parents !

Une autre nouveauté qui fait plaisir : un chaton et une mamie chat par la créatrice de Chi !

Tout le monde connaît Chi … manga, livres pour enfants, dessin animé, goodies, on le trouve partout ! Mais cette fois-ci, sa créatrice revient avec un nouveau duo : Taï adorable chaton gris foncé débarque chez Natsuki, un jeune homme qui vit seul dans la maison de ses parents … avec sa vieille chatte Sue, âgée de 17 ans. Sue aime faire la sieste et l’arrivée de Taï va perturber sa petite vie tranquille !

Le premier volume de ce manga (là encore à partir d’environ huit ans), colorisé pour sa version française, raconte l’installation de Taï dans cette maison tranquille. Le chaton va apprendre à faire ses besoins dans sa litière, à boire du lait, à manger dans sa gamelle (ou celle de Sue !). Sue quant à elle va redécouvrir le bonheur des jeux (cache-cache, boulette en papier, balle rebondissante).

Sue apprend à Taï, Taï fait rire Sue … Une complicité se met en place, avec beaucoup d’amour !

Un livre mignon, tout en tendresse, en délicatesse. On marche à pattes de chat dans cet univers paisible, en découvrant les petits bonheurs du quotidien de ce duo de chats attachant.

En bonus, des papertoys de Taï le chaton et de différents accessoires : la caisse dans laquelle il arrive, une brique de lait et deux gamelles (la sienne et celle de Sue), pour rejouer des scènes du livre !

Le manga est aussi l’occasion d’expliquer au jeune lecteur qu’adopter un chat ne se fait pas à la légère : en fin d’ouvrage, quelques pages expliquent comment adopter un chat, ce qu’on peut faire et ne pas faire avec lui, et les responsabilités que cela comporte. De quoi faire réfléchir avant d’envisager d’en accueillir un à la maison, pour qu’il ne soit pas abandonné quelques mois après !

Contes imaginaires : La Reine des neiges et les cinq éclats … Andersen revisité

Ce premier recueil offre une adaptation des contes d’Andersen, avec en fil conducteur la recherche d’éclats d’un miroir brisé par une troupe de chats (le miroir leur permettant de revoir un petit garçon qui leur est cher).

Les chats partent donc à l’aventure. Ils trouvent une jeune fille qui ne pleure jamais depuis que ses parents sont morts. Elle est même méchante avec le seul garçon qui s’intéresse à elle. Lorsqu’elle se retrouve rétrécie et qu’elle doit affronter souris et taupes, elle se rend compte qu’elle peut toujours compter sur le jeune homme qui la protège. Les larmes coulent et elle redevient humaine. C’est l’histoire de Poucette qui vient de nous être racontée.

Puis les chats donnent des jambes à une sirène pour qu’elle puisse vivre avec le Prince dont elle est tombée amoureuse. Là encore, il est question d’un prince qui ne pleure plus et garde sa peine au fond de son coeur depuis que sa nourrice a disparu dans la mer « à cause de lui ». Lorsqu’il aura compris toute l’histoire, il pourra enfin aimer et vivre heureux.

Dans Le Roi Nu, c’est une jeune princesse brimée par ses dames de cour que le lecteur découvre. Elle n’a jamais le droit de s’amuser, mais quand le frère du prince qu’elle doit épouser (mais qui s’est enfui avec une autre jeune femme) la fait rire et jouer avec ses amis, elle respire enfin, elle a même l’impression qu’on lui a enlevé un éclat du coeur !

La petite fille aux allumettes (Gerda) se voit acheter ses allumettes par un chat musicien qui lui dit que son voeu le plus cher se réalisera si elle réussit à laisser une allumette brûler jusqu’au bout. Quel est son souhait ? Voir sa mère guérie, mais pas au détriment de son ami Kaï ? Finalement avec sa volonté et l’amour que Gerda partage avec Kaï, l’avenir s’éclaircira et l’allumette sera enterrée sous un rosier dans leur jardin.

Le livre se finit sur l’histoire de la Reine des neiges : Une jeune femme, Gerda, se fait enlever par la Reine des neige, Kaï doit, pour la sauver, offrir une fleur éternelle à cette Reine qui vit seule dans son château, a gelé son vieillissement, scellé ses souvenirs et plongé toute la population dans un profond sommeil. Pourquoi ? Et qui est ce brigand qui contrôle les environs du château ? Là encore, le passé sera expliqué, les malentendus levés et le bonheur retrouvé !

On retrouve donc les contes traditionnels revisités afin que le lecteur suive les personnages d’histoire en histoire, puisse voir leur évolution. C’est original et extrêmement bien ficelé. Cela permet d’approcher les contes avec plus de romance, de sentiments. Les portraits sont touchants, tout en finesse, en délicatesse. Les regards, les mots sont émouvants. Les personnages en souffrance se sont enfermés dans des carapaces de froideur et d’indifférence, mais elles se fissurent lorsqu’on leur tend la main, les écoute, les regarde. Les épreuves sont bien là, comme dans les contes d’origine, mais elles sont surmontées grâce à la force de caractère des personnages, à l’amour qu’ils se portent, et à l’aide de petits chats magiciens !

La magie, le surnaturel sont bien présents, les décors sont enchanteurs, les traits de la mangaka sont fins et créent un univers extrêment poétique. Les personnages sont dessinés délicatement, comme des poupées de porcelaine, avec des tenues romantiques mêlant soieries et dentelles, cheveux aux boucles parfaites, et grands yeux étincelants.

Un concentré de poésie et d’émotion, à découvrir à tout âge !

Krimo, mon frère de Mabrouck Rachedi : entre Grigny et le Japon

Voici un livre original qui mêle la vie d’une famille dans le quartier de la Grande Borne à Grigny et un voyage au Japon. Des thèmes qui semblent aux antipodes l’un de l’autre, mais qui, au final, s’imbriquent très bien et donnent un roman pour ados puissant et passionnant, un roman qu’on ne lache qu’après l’avoir lu d’une traite.

Lisa a dix-neuf ans lorsqu’elle prend l’avion direction Tokyo. Elle est seule, enfin pas tout à fait, elle porte dans son sac l’urne contenant les cendres de son petit frère adoré Krimo. C’est lui qui lui a demandé, sur son lit d’hôpital, à être incinéré (alors que la famille est musulmane et que l’incinération est interdite), et qu’elle aille jeter ses cendres depuis le World Trade Center d’Osaka le 25 novembre à 9 heures. Pourquoi le Japon, pourquoi cette date ?

C’est en lisant le journal de son frère (qu’elle a emporté avec elle) qu’elle découvrira petit à petit ce qui s’est passé. Il y a Redouane, le grand frère, qui a basculé dans le trafic de drogue et se trouve en prison depuis un an. Krimo aurait-il aussi basculé dans la délinquance, lui qui était un élève brillant, comme son frère, comme sa soeur qui étudie le droit ? L’histoire est bien plus compliquée qu’elle n’en a l’air. Entre des parents qui se referment après avoir bien profité de l’argent de Redouane, entre tristesse, culpabilité, sentiment d’enfermement, de persécution, la jeune Lisa trouvera-t-elle la force de se construire, de s’affirmer, de changer, d’oser ?

Dans l’avion, elle rencontre Adel, un jeune passionné de mangas et de jeux vidéo, dont elle découvre petit à petit le parcours, les fêlures, même si elles sont très différentes des siennes.

Il l’accompagne dans son périple, enquête avec elle (il y a un homme mystérieux qui semble la suivre depuis Paris), la soutient, la fait rire. Elle découvre un pays différent fascinant, il la guide dans ses découvertes, lui fait visiter Osaka, les boutiques de jeux vidéo, les maid café, les okonomiyaki.

Peut-être que ce pays et cette rencontre lui permettront de découvrir qui elle est vraiment, ce qu’elle veut, comment faire la paix en elle et avec les autres ?

Le livre alterne entre découverte du Japon (le shinkansen et ses sièges qui se retournent automatiquement, le Mont Fuji par la fenêtre, la ville d’Osaka et ses quartiers touristiques, ses cafés, ses restaurants, le métro de Tokyo, la ville d’Ome, les Japonais, leur discipline, leur politesse, la propreté etc.) et retour sur les mois qui précèdent, avec la lecture d’extraits du journal de Krimo. C’est habilement construit et maintient le lecteur en haleine : que va-t-il arriver à Lisa au Japon, qu’est-il arrivé à Krimo à Grigny ?

Un livre à offrir aux adolescents pour aller au-delà des clichés sur la banlieue et découvrir un peu le Japon.

Picnic japonais de Monika BAUDISOVA et Jordi TRILLA : le Japon dessiné

Voici un adorable livre publié aux éditions Actes Sud Junior. Un livre au graphisme enfantin qui propose un concentré de culture japonaise dans des dessins mignons et instructifs.

Monika écrit en introduction : « Ceci n’est pas un journal de voyage, ni un guide. C’est mon voyage au Japon. Ce que j’y ai vu, entendu, découvert, vécu et mangé au cours des six mois de mon séjour ».

Et c’est en effet un catalogue d’objets, de nourriture, de yôkai, un étrange mélange dans lequel se croisent yakuza et mamie centenaire, salaryman et jeune « Harajuku style », vaisselle traditionnelle et nourriture de konbini, Hokusai et Yayoi Kusama, Haruki Murakami et les AKB 48.

C’est une introduction à la culture japonaise idéale pour les ados … et les moins jeunes, car c’est une explosion de vie sous toutes les facettes possibles : otaku, street food, traditions, légendes. Un joyeux bric-à-brac ! L’occasion de découvrir les fêtes qui ont lieu tout au long de l’année, les multiples façons de se saluer, la vie épuisante du salaryman, les hôtels, les cafés, l’intérieur d’une maison japonaise (kotatsu, salle de bain, toilettes, nourriture), les onsen, les temples et sanctuaires (et comment y prier).

Chaque mot est écrit en français et en japonais. Des petits textes explicatifs simples sont fournis lorsque c’est nécessaire et que les illustrations ne suffisent pas. Les dessins sont essentiellement en noir et blanc, mais des touches de couleur apparaissent parfois (pour présenter les différents sushis ou la mode très colorée d’Harajuku, pour rosir les sakura de Hanami ou rougir un daruma ou un tengu).

Pour ne pas se perdre (même si c’est drôle de feuilleter le livre un peu au hasard et de s’arrêter sur un dessin qui nous intrigue), il y a une organisation en plusieurs parties : vie quotidienne – société et culture pop – à la maison et dehors – tradition et folklore.

Une très belle découverte que je ne peux que vous inviter à aller découvrir chez votre libraire. Un bel objet à avoir à portée de main quand le manque de Japon se fait sentir, pour se replonger immédiatement dans toutes ces petites choses qu’on aime !

Encore un peu petite : un livre tendre pour apprendre à grandir … tout doucement

J’adore l’univers crayonné par Chiaki Okada, dans lequel elle met en scène d’adorables bambins aux joues rosées qui grandissent doucement, jouant avec leur doudou, leurs amis, se posant beaucoup de questions, le tout sous le regard bienveillant de leurs parents (surtout les mamans … on aimerait bien voir un peu plus de papas !).

Nous retrouvons donc dans ce nouvel album une petite fille de trois ou quatre ans dans différents moments de son quotidien. Comme classiquement dans les illustrations de Chiaki Okada, c’est à hauteur d’enfant que le lecteur suit la petite fille. Cela lui permet vraiment de se mettre à sa place et de comprendre ce qu’elle ressent.

C’est d’abord le chien Lulu qui veut aller se promener. Comme la fillette est « encore un peu petite », elle ne peut pas le promener toute seule, elle le fait donc avec maman. Quel bonheur de lui donner la main ! Mais lorsqu’il s’agit de saluer une autre personne dans la rue, elle est intimidée et se cache dans la jupe de sa mère. C’est difficile de dire bonjour haut et fort ! Un jour, quand elle aura grandi, elle y arrivera. De retour à la maison, elle enfile une robe envoyée par mamie, elle est encore un peu grande, mais un jour elle sera à sa taille. Et la peur du noir … Un jour elle sait qu’elle arrivera à dormir sans lumière.

La vie, c’est aussi les disputes. Lorsqu’elle ne veut pas prêter sa peluche préférée à sa copine et qu’elle dit qu’elle ne veut « plus jamais » jouer avec elle, elle réalise que c’est trop triste, qu’il faut vite faire la paix. Il n’est alors pas question d’attendre longtemps ! Elle retrouve son amie, lui prête son doudou et les sourires sur les deux visages rayonnent sur une très belle double page !

Le livre se termine sur une interrogation : « Comment je serai quand je serai grande ? » … Elle ne sait pas, mais elle pense qu’elle continuera à aimer les mêmes choses, et surtout Lulu, son chien adoré.

Un concentré de tendresse, un livre pour apprendre à grandir à petits pas, sans se brusquer, pour comprendre que chaque chose viendra en son temps, qu’il faut juste être un peu patient.

Akiko la silencieuse : petit conte zen

Peut-être connaissez-vous déjà Akiko, cette petite fille devenue grande au fil des albums, malicieuse, rêveuse, voyageuse, courageuse … Chaque histoire plonge le jeune lecteur dans la campagne japonaise et lui fait vivre des aventures qui le font tout à la fois rêver et grandir. Car ces petits contes, bien que ludiques, ont toujours un aspect philosophique et un côté apaisant, rassurant.

Dans ce volume paru fin août, nous retrouvons avec bonheur Akiko. Le vent se lève dans le village au pied de la montagne. La jeune fille est au pied d’un arbre, les yeux fermés, les oreilles grandes ouvertes. Elle écoute les bruits du monde : le vent dans les feuilles, l’écureuil qui croque les amandes, la rivière qui coule, les grenouilles qui chantent, le chien qui aboie quand le renard approche, les oiseaux qui chantent … et même le vieil arbre qui ronfle.

Elle ressent tout cela en pleine conscience, tout en pratiquant des postures de yoga pour sentir son corps en harmonie avec cette nature qui l’entoure : elle devient abeille en mettant ses bras derrière sa tête, grenouille en s’accroupissant sur le sol, les pieds dans l’herbe fraîche, arbre les bras tendus vers le ciel.

Calme, attentive, elle profite de ces précieux moments d’harmonie … Mais quand son amoureux (Takiji que vous pouvez retrouver dans Takiji l’audacieux du même auteur) arrive, elle ouvre les yeux et le rejoint avec entrain pour un bain dans la rivière.

Ce petit livre très inspirant permettra de comprendre qu’il est parfois utile et important de prendre du temps pour se poser au calme, ne rien faire d’autre que ressentir notre présence au monde, que d’écouter et de sentir la terre, l’air, l’eau, la vie qui nous entoure … pour ensuite mieux repartir et apprécier la vie avec ceux qu’on aime.

Un très beau livre à ouvrir à chaque fois que la pression monte, que le ras-le-bol s’installe … pour juste réapprendre à prendre le temps.