Âme brisée d’Akira MIZUBAYASHI : bouleversant !

Si vous ne deviez lire qu’un livre cet automne, c’est assurément celui-ci que je vous conseillerais. Il m’a émue aux larmes et je le quitte à regret. Je pense que je le relirais souvent pour m’immerger dans sa musique et ses mots délicats.

Il se lit à l’automne, avec la lumière douce qui entre par la fenêtre, avec quelques notes de violon, avec les couleurs rougeoyantes de l’automne, celle du bois d’un violon ressuscité. En compagnie des fantômes des morts qui viennent nous rendre visite en cette saison où nous les fêtons.

La vie du petit Rei, onze ans, se brise, lorsque son père, Yu Misuzawa, est arrêté par des militaires, avec les membres chinois de son quatuor à cordes à Tokyo en 1938. Ce violoniste amateur, professeur d’anglais et féru de littérature et de liberté ne reviendra jamais. Rei, caché dans l’armoire du centre culturel où le quatuor répétait, a tout vu : un militaire qui brise le violon de son père, un autre, lieutenant, mélomane, qui voit Rei dans l’armoire mais ne le dénonce pas et lui tend le violon brisé de son père …

Rei quittera le Japon et deviendra Jacques, luthier en France. Une vie consacrée aux instruments qui produisent une musique si belle, si douloureuse aussi.

Akira Mizubayashi écrit des pages magnifiques sur la musique, sur Rosamunde de Schubert interprété par le quatuor, sur Bach, sur la force qu’a la musique d’unir, d’émouvoir, au-delà des conflits et des guerres absurdes, des frontières et des langues … un langage universel, une communion. Le pouvoir également de faire affluer les souvenirs que l’on a tenté de congeler tout au fond de sa mémoire, comme le traumatisme vécu par le jeune Rei. L’émotion qui saisit, les battements de cœur qui s’accélèrent. Un violon qui sort des ténèbres et fait revivre les morts.

Une histoire bouleversante, une ode à la musique parmi les plus belles que j’ai pu lire. Mais je préfère vous laisser avec quelques extraits de ce texte sublime ! Vous verrez la musique prendre vie, prendre corps sous la plume de ce raconteur de musique exceptionnel !

Se baissant, se relevant, balançant son corps à droite et à gauche, Yu jouait les yeux fermés. Le morceau avait démarré sur un thème sautillant, jovial, épanoui, comme pour accompagner un adolescent de la ville parti en promenade à la campagne, par un matin ensoleillé, poussé par le bonheur d’exister, aiguillonné par la curiosité de découvrir la beauté du paysage environnant. A un moment donné, la musique avait changé de couleur et d’atmosphère, comme si elle traduisait l’inquiétude refoulée de l’adolescent voyant s’amonceler subitement un gros nuage noir dans le ciel, radieux quelques minutes auparavant. Mais ce n’était qu’un assombrissement passager. Peu après, le thème enjoué du début revenait. Combien de fois l’avait-on entendu, déjà, ce motif souriant, pétillant ? On sentait, dans ce retour insistant, dans ce désir de le broder indéfiniment, l’inaltérable attachement du compositeur à cette petite mélodie folâtre, comme l’affection inconditionnelle qu’on éprouve pour une chanson simple apprise dans l’enfance, palpitant au fond de soi de façon ininterrompue comme une source d’eau intarissable, prête à rejaillir à tout moment de l’âge tendre à la vieillesse avancée.

Ou encore :

Les aigus sonnaient comme une longue enfilade de gouttes d’eau pure versées par un ciel bas et tourmenté, étincelant aux premiers rayons du soleil pénétrant obliquement les feuillages verdoyants d’une forêt boréale luxuriante, tandis que les médiums et les graves étaient comme ouatés, glissant sur une étendue de velours, suscitant une impression de chaleur intime émanant d’une cheminée de marbre restée allumée toute la nuit. Il y avait là, en plus, une saisissante égalité de timbres. La musique avançait, revenait, montait, descendait avec une liberté euphorique ; elle faisait penser à une danse joyeuse et sautillante qui semblait exprimer le bonheur de marcher dans un paysage enchanté.

Les violons de Jacques le luthier :

Christophe Rubens joua de nouveau la Chaconne de Bach sur les trois violons proposés par Jacques Maillard. Il passa deux ou trois minutes sur chacun des instruments qu’il trouva tous fort beaux en raison de la limpidité cristalline et quelque peu bleuâtre des aigus aussi bien que de la profondeur nocturne et tellurique des graves. Il fut aussi frappé par une rare et remarquable égalité sonore.

Un bruit de balançoire de Christian Bobin : nature, poésie, Ryôkan …

J’ai découvert Christian Bobin il y a peu, et depuis je déguste tous les livres qu’il publie. Je ne pouvais que tomber sous le charme de ce petit livre, recueil de lettres écrites à des êtres chers, femmes, amis, du passé ou du présent, mais également à des choses, son pauvre bol, un nuage, un vieil escalier … avec au fil des pages la compagnie du poète Ryôkan (dont vous pouvez découvrir les écrits en Folio).

J’ai pour habitude de prendre quelques notes quand je lis, de noter les phrases qui me touchent particulièrement … mais impossible avec ce livre, j’avais envie de tout noter, tout recopier, tout mémoriser, car chaque mot, chaque ligne résonne fortement en moi !

Ryôkan est son ami de nature, de contemplation, de rien. La poésie est partout, dans les mots de poètes amis, dans la forêt, dans le chant d’un oiseau, le vol d’un moucheron. Tout est source d’enchantement, d’apaisement, de méditation. Ce livre très japonais est et restera mon livre de chevet !

Et puisque mes mots viennent difficilement pour exprimer ce que je peux ressentir, je préfère vous offrir ceux de Christian Bobin :

Ruisseau : Aucun bruit dans la forêt, sinon le poème inlassable d’un ruisseau, sa petite voix claire : « Je disparais quand j’apparais. »

Mousse (élément japonais par excellence) : J’allais oublier la mousse. Importante, la mousse. Elle habillait luxueusement le bas de l’arbre, adoucissait le sort de quelques pierres bossues, granitiques sorcières. Nous étions près du Morvan, à l’entrée ouest du paradis qui ne gardait personne. Les moucherons jouaient comme des fous, descendaient, montaient dans le puits de lumière.

Nuages : La vie passe à la vitesse d’un cri d’oiseau. Et puis il y a cette lenteur hypnotique des nuages. Cette poitrine ouverte dans le bleu et ce cœur enneigé qui s’offre à notre cœur.

Et le Japon : Je n’ai jamais mis les pieds au Japon mais je connais très bien ce pays. Je le connais par la goutte d’eau d’un silence qui éclate sur le carrelage d’un poème de Ryokan.

Picnic japonais de Monika BAUDISOVA et Jordi TRILLA : le Japon dessiné

Voici un adorable livre publié aux éditions Actes Sud Junior. Un livre au graphisme enfantin qui propose un concentré de culture japonaise dans des dessins mignons et instructifs.

Monika écrit en introduction : « Ceci n’est pas un journal de voyage, ni un guide. C’est mon voyage au Japon. Ce que j’y ai vu, entendu, découvert, vécu et mangé au cours des six mois de mon séjour ».

Et c’est en effet un catalogue d’objets, de nourriture, de yôkai, un étrange mélange dans lequel se croisent yakuza et mamie centenaire, salaryman et jeune « Harajuku style », vaisselle traditionnelle et nourriture de konbini, Hokusai et Yayoi Kusama, Haruki Murakami et les AKB 48.

C’est une introduction à la culture japonaise idéale pour les ados … et les moins jeunes, car c’est une explosion de vie sous toutes les facettes possibles : otaku, street food, traditions, légendes. Un joyeux bric-à-brac ! L’occasion de découvrir les fêtes qui ont lieu tout au long de l’année, les multiples façons de se saluer, la vie épuisante du salaryman, les hôtels, les cafés, l’intérieur d’une maison japonaise (kotatsu, salle de bain, toilettes, nourriture), les onsen, les temples et sanctuaires (et comment y prier).

Chaque mot est écrit en français et en japonais. Des petits textes explicatifs simples sont fournis lorsque c’est nécessaire et que les illustrations ne suffisent pas. Les dessins sont essentiellement en noir et blanc, mais des touches de couleur apparaissent parfois (pour présenter les différents sushis ou la mode très colorée d’Harajuku, pour rosir les sakura de Hanami ou rougir un daruma ou un tengu).

Pour ne pas se perdre (même si c’est drôle de feuilleter le livre un peu au hasard et de s’arrêter sur un dessin qui nous intrigue), il y a une organisation en plusieurs parties : vie quotidienne – société et culture pop – à la maison et dehors – tradition et folklore.

Une très belle découverte que je ne peux que vous inviter à aller découvrir chez votre libraire. Un bel objet à avoir à portée de main quand le manque de Japon se fait sentir, pour se replonger immédiatement dans toutes ces petites choses qu’on aime !

Encore un peu petite : un livre tendre pour apprendre à grandir … tout doucement

J’adore l’univers crayonné par Chiaki Okada, dans lequel elle met en scène d’adorables bambins aux joues rosées qui grandissent doucement, jouant avec leur doudou, leurs amis, se posant beaucoup de questions, le tout sous le regard bienveillant de leurs parents (surtout les mamans … on aimerait bien voir un peu plus de papas !).

Nous retrouvons donc dans ce nouvel album une petite fille de trois ou quatre ans dans différents moments de son quotidien. Comme classiquement dans les illustrations de Chiaki Okada, c’est à hauteur d’enfant que le lecteur suit la petite fille. Cela lui permet vraiment de se mettre à sa place et de comprendre ce qu’elle ressent.

C’est d’abord le chien Lulu qui veut aller se promener. Comme la fillette est « encore un peu petite », elle ne peut pas le promener toute seule, elle le fait donc avec maman. Quel bonheur de lui donner la main ! Mais lorsqu’il s’agit de saluer une autre personne dans la rue, elle est intimidée et se cache dans la jupe de sa mère. C’est difficile de dire bonjour haut et fort ! Un jour, quand elle aura grandi, elle y arrivera. De retour à la maison, elle enfile une robe envoyée par mamie, elle est encore un peu grande, mais un jour elle sera à sa taille. Et la peur du noir … Un jour elle sait qu’elle arrivera à dormir sans lumière.

La vie, c’est aussi les disputes. Lorsqu’elle ne veut pas prêter sa peluche préférée à sa copine et qu’elle dit qu’elle ne veut « plus jamais » jouer avec elle, elle réalise que c’est trop triste, qu’il faut vite faire la paix. Il n’est alors pas question d’attendre longtemps ! Elle retrouve son amie, lui prête son doudou et les sourires sur les deux visages rayonnent sur une très belle double page !

Le livre se termine sur une interrogation : « Comment je serai quand je serai grande ? » … Elle ne sait pas, mais elle pense qu’elle continuera à aimer les mêmes choses, et surtout Lulu, son chien adoré.

Un concentré de tendresse, un livre pour apprendre à grandir à petits pas, sans se brusquer, pour comprendre que chaque chose viendra en son temps, qu’il faut juste être un peu patient.

Akiko la silencieuse : petit conte zen

Peut-être connaissez-vous déjà Akiko, cette petite fille devenue grande au fil des albums, malicieuse, rêveuse, voyageuse, courageuse … Chaque histoire plonge le jeune lecteur dans la campagne japonaise et lui fait vivre des aventures qui le font tout à la fois rêver et grandir. Car ces petits contes, bien que ludiques, ont toujours un aspect philosophique et un côté apaisant, rassurant.

Dans ce volume paru fin août, nous retrouvons avec bonheur Akiko. Le vent se lève dans le village au pied de la montagne. La jeune fille est au pied d’un arbre, les yeux fermés, les oreilles grandes ouvertes. Elle écoute les bruits du monde : le vent dans les feuilles, l’écureuil qui croque les amandes, la rivière qui coule, les grenouilles qui chantent, le chien qui aboie quand le renard approche, les oiseaux qui chantent … et même le vieil arbre qui ronfle.

Elle ressent tout cela en pleine conscience, tout en pratiquant des postures de yoga pour sentir son corps en harmonie avec cette nature qui l’entoure : elle devient abeille en mettant ses bras derrière sa tête, grenouille en s’accroupissant sur le sol, les pieds dans l’herbe fraîche, arbre les bras tendus vers le ciel.

Calme, attentive, elle profite de ces précieux moments d’harmonie … Mais quand son amoureux (Takiji que vous pouvez retrouver dans Takiji l’audacieux du même auteur) arrive, elle ouvre les yeux et le rejoint avec entrain pour un bain dans la rivière.

Ce petit livre très inspirant permettra de comprendre qu’il est parfois utile et important de prendre du temps pour se poser au calme, ne rien faire d’autre que ressentir notre présence au monde, que d’écouter et de sentir la terre, l’air, l’eau, la vie qui nous entoure … pour ensuite mieux repartir et apprécier la vie avec ceux qu’on aime.

Un très beau livre à ouvrir à chaque fois que la pression monte, que le ras-le-bol s’installe … pour juste réapprendre à prendre le temps.

Kuma, une nouvelle amitié : le livre idéal pour la rentrée !

Si votre enfant se sent un peu seul, qu’il a l’impression qu’il n’arrivera pas à se faire des amis dans son école, ce livre adorable est fait pour lui ! Tout en tendresse et en délicatesse, il aborde le problème délicat de l’exclusion, de la difficulté d’arriver dans une nouvelle classe, de réussir à se faire des copains. Il donne également des pistes pour se changer les idées et retrouver le sourire.

Léo est donc un petit garçon qui se sent seul car il n’a pas d’amis. Il regarde les autres enfants jouer ensemble au foot.

Quand il se sent seul, il aime aller dans la forêt et se poser sur un rocher (la colline).

C’est alors qu’apparaît une adorable boule toute blanche. Elle a deux yeux et une bouche, un visage tout rond adorable et souriant ! Cette boule de poils s’approche et le salue. Léo engage la conversation, mais il est bien triste … Kuma (c’est le nom de cet animal) essuie la larme qui coule le long de la joue de Léo, et Léo souris car ça chatouille ! Enfin un sourire !

Kuma montre alors son remède anti-tristesse : crier « Bonjour la tristesse ! » très fort. Les deux compères crient alors très fort et leurs voix résonnent, c’est la tristesse qui est contente et qui répond !

Le lendemain, il s’approche à nouveau de ses camarades pour se présenter, mais ils ne lui répondent pas et s’éloignent. Léo retourne alors dans la forêt et Kuma lui montre le jeu des animaux : il imite un singe en poussant des cris et en se balançant dans tous les sens. C’est au tour du petit garçon : il se met à danser bizarrement et à faire des « Plou Plou ». C’est un poulpe ! Ils s’amusent bien ensemble. Mais Léo pense à l’école, Kuma lui dit qu’il n’a qu’à penser à lui pour qu’il soit à ses côtés là-bas.

Mais les soucis continuent à l’école : il n’arrive pas à attraper un ballon, les autres se moquent de lui, il détourne les yeux de colère lorsqu’une petite fille l’approche. Il confie à Kuma que les autres sont méchants. Celui-ci lui répond que les vrais amis viendront naturellement à lui. Léo veut y croire.

La pluie tombe alors qu’il est encore dans la forêt. Il s’abrite sous un arbre et invite Chloé, la petite fille qu’il a ignorée à l’école, à s’abriter à côté de lui. Il s’excuse. Ils regardent tomber la pluie, sautent dans les flaques comme la grenouille qu’ils poursuivent, et arrivent devant un très grand arbre qu’ils entourent de leurs bras et saluent. L’oreille contre l’arbre, ils entendent tous les sons de la forêt. C’est magique ! Alors que la pluie a cessé et qu’ils rentrent chez eux, Léo aperçoit Kuma tout en haut de l’arbre. Il le remercie du fond de son cœur.

Un très très beau livre, des illustrations d’une très grande douceur, des textes écrits en gros caractères pour les lecteurs débutants … et surtout des petites astuces pour chasser la tristesse, apprendre à sourire malgré les soucis, garder confiance en soi pour trouver sa place dans sa classe, dans son école, au milieu des autres enfants.

Le livre idéal pour la rentrée, pour apprendre à lire ses premières histoires car il n’y a pas trop de lignes à déchiffrer par page et de très grandes illustrations pour aider à la compréhension de ce qu’on vient de lire … et cette merveille est à un tout petit prix (6 euros).

Cyril Castaing, l’auteur, pratique le shiatsu et la méditation, et cela se ressent dans les petits exercices de Kuma et Léo pour chasser les idées noires : Crier très fort  » Bonjour la tristesse ! », sauter et imiter les cris d’un animal pour se défouler et retrouver le sourire, faire un câlin à un arbre et écouter les bruits de la forêt pour s’apaiser et s’émerveiller.

Quant à Haruna Kishi, on retrouve son univers verdoyant et doux, dans lequel la nature est un refuge, les animaux des amis … D’ailleurs si vous ne connaissez pas Miru Miru, je vous invite à découvrir la série (en dessins animés ou en livres !).

Le nuage, dix façons de le préparer : cuisine et poésie !

J’adore les éditions de l’Epure, elles proposent de merveilleux petits livres pour préparer toutes sortes d’ingrédients.

Ces livres regroupés forment un arc-en-ciel (chaque livre a une couleur spécifique) dans la bibliothèque des gastronomes.

La couverture de ce nouvel ouvrage, concocté par Ryoko Sekiguchi (écrivaine, poète, traductrice, et bien d’autres métiers encore … tapez son nom dans le moteur de recherche de mon blog et vous découvrirez ses multiples créations), Sugio Yamaguchi (le talentueux chef du restaurant Botanique- il faut vraiment que je trouve le temps d’y aller, sa tarte aux légumes que je n’ai pu déguster que des yeux sur instagram me tente depuis des mois !) et Valentin Devos (alchimiste qui aide chacun à manger des odeurs chères en les « capturant » dans du beurre par exemple), est d’un gris-blanc ou d’un blanc-gris qui correspond très bien à la couleur des nuages que nous pouvons croiser en levant les yeux (même si les yeux des passants sont désormais plus souvent penchés sur les smartphones que levés vers le ciel … n’oubliez pas de regarder les nuages !).

Les livres de cette collection mettent en avant un ingrédient : le citron, le kaki, le poulpe, le chocolat, le saké, la sauce soja, mais également des produits plus étranges (l’hostie, l’excès, les déchets, l’air) … et donc ici le nuage ! Ils ont aussi la particularité d’arriver chez vous avec les feuilles encore « soudées », et il faut donc s’armer d’un coupe-papier (quel merveilleux objet !) pour découvrir les trésors cachés à l’intérieur.

J’étais très impatiente et très curieuse lorsque j’ai découvert ce titre. Comment peut-on manger des nuages (au-delà de la barbe à papa qui vient immédiatement à l’esprit … mais trop rose et trop sucrée, trop collante aussi) ?

En libérant les pages, j’avais presque l’impression que des petits nuages allaient s’en échapper ! J’étais joyeuse comme une petite fille qui regarde les nuages avancer très vite dans le ciel et qui imagine des montagnes de chantilly, des tartes merveilleuses.

La préface s’ouvre sur le très beau kanji du nuage, et Ryoko nous emmène en voyage au Japon, pays dans lequel on mange des nuages depuis des siècles ! Elle a retrouvé trace des « flocons de nuages » dans la cuisine des moines, du « nuage plat » comme base de la pâtisserie traditionnelle, de « l’enfant-nuage » qui est une spécialité hivernale ou du « nuage rouge » qui semble bien accompagner le saké. Cela s’est peut-être un peu perdu … mais n’ayez crainte, Ryoko et ses compagnons de voyage nous emmènent à la découverte de cet aliment merveilleux « digeste, non allergène et non gras, qui ne contient ni gluten ni sucre, et qui ne pose pas de problème de bilan carbone » !!

Voici donc les 10 façons de préparer les nuages :

  • soufflé par vents et par riz pour commencer : une recette simple de Sugio Yamaguchi qui consiste essentiellement à couper les mochi (galettes de riz gluant) en minuscules morceaux, à les « parachuter » dans un saladier avec de l’huile de pépin de raisin et du sel, puis à les étaler et à les faire souffler dans un four doux. Les nuages se forment alors : des cumulus croustillants !
  • si nuages m’étaient comté (Sugio Yamaguchi) : du chou-fleur cotonneux en vinaigrette saupoudré de flocons de comté (le tout enrobé de poésie !)
  • attraper les nuages (Valentin Devos) : placer des nuages odorants à proximité du beurre qui s’en imprégnera pour en restituer la synthèse
  • nuages d’automne, nuages d’hiver : le principe ci-dessus est appliqué à des produits de saison (bois, humus, champignons, épines de pin pour l’automne, tartine de pain, peau de clémentine, épices, bois brûlé retiré d’un feu de cheminée pour l’hiver)
  • nuages de printemps, nuages d’été : fleurs et herbes fraîches printanières puis fruits d’été (chacun pourra ensuite improviser ses recettes de saison en fonction de ses envies, de ses odeurs favorites !)
  • mues orographiques : Sugio nous fait voyager dans les Pyrénées avec une cocotte d’agneau de lait, pommes de terre, artichauts poivrades, avec un peu de serpolet … je m’imagine déjà la tête dans le nuage qui s’échappe de la cocotte !
  • ciel « griz » est une version nuageuse du riz au lait, on en salive d’avance !
  • friandises de paysages : Ryoko y évoque toute la poésie des wagashi qui réussissent à contenir tout un paysage dans quelques centimètres ! Je visualise déjà les petits poissons nageant dans une gelée translucide, et tous les moules en bois (si beaux !) qui capturent l’instant, le nuage qui passe.
  • jus de coco-nimbus : Sugio nous offre « le ciel de Saigon, chargé de moussons estivales … dans un verre » grâce à du jus de coco frais, de la gélatine et un bon coup de fouet !
  • De quoi se nourrissent les nuages ? Bonne question à laquelle Ryoko apporte une réponse … glaçante : Et s’ils aimaient le goût de l’humain !

Un livre délicieux pour rêver, cuisiner, voyager sur le dos d’un nuage, au pays de la poésie et de la cuisine inventive, enfantine … Retrouver son âme d’enfant, quel bonheur !

Je vous invite à aller découvrir les très nombreux titres de cette collection originale sur le site de l’éditeur.

Japon Kaléidoscope de Valérie Douniaux : au-delà des clichés

Voici un petit livre précieux pour qui veut comprendre le Japon et les Japonais. Pas une étude sociologique, mais un recueil de réflexions, de rencontres, de visions de Japonais vivant en Europe ou aux Etats-Unis, d’Européens vivant au Japon, rassemblées avec talent par Valérie Douniaux qui connaît bien ce pays. Des facettes multiples qui forment un kaléidoscope passionnant d’un pays qui intrigue et fascine.

Le texte brillamment construit est accompagné d’une préface (Monde-Playmobil), d’une postface (Une île) et de photographies en noir et blanc de Thierry Clech. Ceci donne à ce portrait une ossature solide et des éléments visuels qui font écho aux mots, pour mieux pénétrer dans ce pays aux multiples visages.

Le livre commence par cette évidence souvent contredite : le Japon n’est pas uniforme. Diversité des régions, des villes, contraste ville/campagne, diversité des quartiers dans une même ville.

Par contre, il existe bien une cohésion, des notions très fortes : groupe, hiérarchie, famille … même s’il existe également un certain individualisme.

Le livre aborde de façon intéressante le monde du travail : uniformes, cartes de visite, relations (confiance, intuition, circonvolutions, excuses, consensus, évitement de la confrontation). Savoir « lire l’atmosphère » est tout un art ! Il faut comprendre derrière les acquiescements de façade, les formules de politesse à foison, les sujets convenus. Le sujet du rapport au temps est également passionnant (ponctualité, rituels, congés entre autres). Sans oublier l’amour du détail, les dieux qui veillent sur l’entreprise … et la vie sociale après le bureau (izakaya et problèmes d’alcool et de productivité qui peuvent en découler).

Le Japon, c’est également plein de petits détails étranges, perturbants ou rassurants. Trouver le lieu d’un rendez-vous peut être un véritable casse-tête (mais il existe des commissariats de quartier très efficaces), mais trouver un combini (supérette) est très facile. On peut être intrigué par les bruits du Pachinko et tous les bruits du quotidien (télévision, magasins). On peut s’agacer des paiements en liquide et non par carte. On peut être dubitatif face à la « dictature du kawaii » et bien d’autres choses encore abordées dans ce livre qui, malgré son petit format, est riche de très nombreuses informations. Il s’achève sur les nombreuses interrogation pour le futur du pays : augmentation du tourisme, JO, réchauffement climatique, catastrophes naturels, désintérêt des jeunes pour la politique etc.

Ce qui est sûr, c’est que ce livre vous donnera envie d’en apprendre encore davantage sur ce pays qui ne se laisse pas comprendre facilement !

N’hésitez pas à faire un tour sur le site de cette très belle maison d’édition, iKi édition !

Jour de haïku, Saisons du chat d’Yves Cotten

Haïkus et chats semblent faire bon ménage, en témoignent les haïkus de chat de Minami Shinbô, que je vous invite vivement à découvrir (poèmes pleins d’humour et illustrations rigolotes, un bonheur de lecture !).

Yves Cotten est un dessinateur amateur de haïku et il réussit dans ce très beau livre à mêler ses deux passions pour notre plus grand plaisir !

Au fil des saisons (le livre commence classiquement au printemps, puis viennent l’été, l’automne, l’hiver et le Nouvel An qui est une saison à part entière pour les écrivains de haïkus), il illustre des haïkus de poètes japonais classiques (Bashô, Buson, Ryôkan, Issa, Shiki entre autres), mais aussi modernes (Sodô, Shûson, Senshi etc.). Ses illustrations mettent en scène des chats, mais avec un anthropomorphisme saisissant : ils portent des marinières, des pantalons (ou des robes pour les chattes), et se promènent aussi bien en ville (sur les toits mais pour y pratiquer zazen ou observer le ciel adossé à une cheminée) que dans la nature. On les retrouve dans leur maison ou dans un parc, sur un bateau ou dans la foule (de chats le nez dans leur smartphone !).

L’originalité tient dans ce grand écart entre des poèmes en apparence classiques et des illustrations qui montrent leur caractère intemporel, ou parfois même leur modernité ! Et surtout, sous des aspects frais et légers, ces poèmes résonnent en nous et nous invitent à réfléchir, à repenser le monde qui nous entoure, notre mode de vie, nos sensations.

Certains vous feront sourire, d’autres vous feront rêver, vous émerveilleront ou vous rendront nostalgique. En tous cas, ils vous toucheront … et c’est bien là le plus beau des cadeaux que nous offre la poésie !

Un vrai beau cadeau à offrir à ceux qui vous sont chers, un livre au format parfait pour apprécier le haïku écrit au milieu de la page de gauche et la grande illustration pleine page qui lui fait face. L’objet est de très bonne qualité, le papier bien épais, les détails soignés. Les couleurs sont douces et évoluent au fil des saisons. Rose et vert au printemps, plus bleu et jaune en été, orangé et marron en automne, gris en hiver … Un dégradé dans lequel se promènent des chats souvent petits face à l’immensité d’un ciel, d’une mer, d’une forêt. Un livre qui invite à regarder le monde qui nous entoure …

Mon poème préféré est celui qui ouvre le livre (et que je vous laisse découvrir chez votre libraire) :

Rien d’autre aujourd’hui
que d’aller dans le printemps
rien de plus

Yosa Buson

illustré par un cerisier en fleurs sur lequel est accrochée une balançoire qui bouge comme pour aller se lancer dans le nuage rose juste au-dessus d’elle ! Et je m’imagine déjà sur cette balançoire, la tête dans les pétales !

Ranger : l’étincelle du bonheur de Marie Kondo

C’est l’été, et parfois l’envie nous prend de ranger la maison … Il faut dire que personnellement j’ai accumulé des tonnes de choses en 17 ans dans ma maison ! Et comme j’avais entendu parler régulièrement de Marie Kondo, j’avais acheté son livre en format poche et illustré pour me lancer.

Je l’ai donc (enfin) lu en entier et je trouve que, finalement, il y a pas mal d’idées à prendre. Je ne sais pas si j’arriverai à ranger la totalité de mes affaires selon cette méthode, mais en tous cas ça m’a donné envie de m’y mettre … et j’ai même commencé (par les vêtements comme elle le conseille, et en effet cela se fait assez facilement).

Le livre fait plus de 300 pages mais se lit finalement assez vite. Le texte est très facile à lire, avec des retours d’expérience (elle conseille à domicile), des astuces, des dessins pour illustrer ses propos.

La première partie est consacrée à ses astuces :

  • comment nous comportons-nous face à nos objets, quelle relation avons-nous avec eux : désordre, « cela pourrait servir plus tard », envie d’abandonner face à l’ampleur de la tâche,
  • qu’est-ce qui nous fait envie (mode de vie idéal, espaces de vie, couleurs, objets qui nous inspirent de la joie)
  • comment ranger : par matériau, ranger comme un bento, plier comme de l’origami … avec les quatre principes : pliez-le, posez-le à la verticale, rangez-le avec les autres, et séparez votre espace de rangement en compartiments de configuration carrée

Peut-être que certains passages dans lesquels elle parle de la joie peuvent paraître un peu risibles, mais le but est que chacun se sente bien chez soi. J’avais souvent entendu parler de sa méthode de façon caricaturale : prendre les objets dans ses bras, voir s’ils provoquent de la joie en nous, jeter au maximum … Mais c’est plus subtile que cela et le livre regorge vraiment de conseils pour ne pas se laisser étouffer par tous les objets qu’on garde pour de fausses bonnes raisons. Et il n’est pas non plus question de tout vider, mais d’optimiser, de vivre avec les objets qu’on aime (bon, j’en ai beaucoup, mais ce n’est pas grave, il suffit de savoir les ranger, et même de se faire un coin avec tous les objets qu’on aime, un coin du bonheur !).

Après cette première partie d’explication, la partie suivante est consacrée à la technique, « l’encyclopédie du rangement » : comment ranger les vêtements (avec pour chaque type de vêtement une explication sur le pliage), les livres, les papiers, les « komono » (objets du quotidien), les objets de valeur sentimentale (qui arrivent en dernière position dans le déroulement du rangement de la maison, car elle sait à quel point le rangement et le tri de ces objets peut être délicat).

La troisième partie permet de faire le point une fois la maison rangée, chaque pièce a en effet subi une métamorphose. Mais cette partie est également le moment de parler du rangement des autres personnes de la maison et des difficultés qui peuvent survenir (ne contraindre personne à ranger !).

Un livre comme une bouffée d’air frais … à lire pour trouver des astuces, voire pour se lancer dans le grand rangement !

Bonne lecture et bon rangement ! Vous vous sentirez sûrement mieux après avoir commencé … Moi j’y retourne !

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