La terre est une marmite de Ryoko Sekiguchi : mets et mots pour petits gourmands

Gilberte Tsaï organise depuis plusieurs années des petites conférences destinées aux enfants de plus de dix ans. Le but est d’éclairer, d’éveiller, sur des sujets aussi divers que l’infini, la poésie, l’émotion, les arbres, les odeurs, la couleur du ciel etc. La personnalité qui intervient doit se mettre à hauteur d’enfant et expliquer simplement mais pas de façon simpliste le sujet qui la passionne.

Ryoko Sekiguchi s’est brillamment prêtée au jeu et, grâce à la publication des textes de ces conférences dans de très beaux receuils par les éditions Bayard, le lecteur jeune ou moins jeune qui n’a pas eu la chance d’y assister peut déguster les mots qu’elle a dits pour parler cuisine, goût, et bien plus encore !

Comme à son habitude, en parlant de goûts et de mets, elle abord bien d’autres sujets. Le jeune lecteur se prend vite au jeu et se pose mille questions.

Elle se présente d’abord comme un écrivain, à savoir quelqu’un qui pose des questions. Entre un grand-père éditeur et une mère qui dirige une école de cuisine, Ryoko a très vite étudié et mêlé les deux. Les plats ont des noms, les recettes de cuisine sont des textes. Jusque là tout va bien … mais comment mettre ce que l’on ressent par les cinq sens sous forme de mots ? Un goût est toujours personnel et rempli d’émotion, mais pas facile de dire quel goût a une courgette ou un gâteau au chocolat (on est vite limité pour le décrire : amer, sucré, herbeux …) ? Et que dire des plats étrangers que l’on découvre et dont la saveur ne nous rappelle rien de connu ? (J’ai fait cette étrange expérience la première fois que j’ai bu du saké : à quoi se raccrocher, aucune boisson, alcoolisée ou non, ne me venait à l’esprit pour définir, identifier, expliquer ce goût … j’étais peut-être plus à l’aise pour trouver des senteurs à ce breuvage, mais en bouche c’était juste troublant). Pour Ryoko, c’était l’huile d’olive qu’elle n’a pas aimé la première fois qu’elle l’a sentie à treize ans, « une odeur de crayon » !

Tout au long de la conférence, elle questionne les enfants, stimule leur curiosité, les invite à s’ouvrir aux cuisines comme à des langues d’autres pays. Ne pas juger avec son palais déjà formé voire formaté, mais apprendre. Créer son propre territoire du goût, se libérer de son cadre familial, sentir, toucher, croquer … Car manger c’est être en échange, avec les autres, avec son environnement. C’est découvrir en permanence. D’ailleurs quel goût aura un plat du futur que nous n’avons jamais mangé ? Peut-on manger les nuages ?

Une invitation à la découverte, à la rencontre, au partage ! Un livre à lire en famille pour échanger, discuter … et ensuite aller goûter le monde !

J’adore la cuisine japonaise de Motoko Okuno : un bon livre pour se lancer !

Il existe de très nombreux livres sur la cuisine japonaise. J’aime particulièrement ceux de Laure Kié. Mais il n’y a pas que les siens. Par exemple ce petit livre sorti chez Solar éditions est un très bon basique pour ceux qui veulent se lancer dans les grands classiques.

Voyez plutôt : Râmen, gyoza, donburi, onigiri, okonomiyaki, sukiyaki, teishoku (menu traditionnel comprenant une soupe, un plat principal, un bol de riz et deux petits accompagnements), bento, sushis et même wagashi (pâtisseries).

Chaque recette est expliquée en page de gauche avec ingrédients et pas à pas très précis et très simple (on a l’impression que l’auteure est à côté de nous pour nous guider tant les phrases sont claires et les gestes faciles à comprendre).

Après les classiques explications pour la préparation du riz japonais et du riz pour sushis, vous apprendrez à rouler un maki (avec un pas à pas très détaillé en textes et en photos) et même le maki retourné (dans lequel l’algue est à l’intérieur et le riz à l’extérieur).

Puis on commence avec les plats uniques, roboratifs, que l’on trouve partout au Japon. Pour faire les râmen, il y a une recette facile du chashu de porc laqué (celui qui se trouve en tranche dans les bols de râmen). Puis la recette des râmen elle-même : en version shoyu (sauce soja), et en version estivale (façon salade). Les gyozas viennent ensuite. Puis les don (bols) : gyudon, katsudon. Puis les tempura avec soba et les kitsune udon, autres grands classiques qu’on aime déguster lors d’un voyage au Japon.

Et que diriez-vous de préparer des onigiri pour le travail ou le pique-nique du week-end ? De très nombreuses garnitures classiques ou plus originales sont proposées (aumon mariné au sel, thon mayonnaise, tempura de crevette, mais aussi poireau ou haricots azuki !). On adore aussi la version sandwich avec crevettes panées et omelette !

Place aux plats cuits sur plaques : okonomiyaki, yakisoba aux légumes, takoyaki. Et aux plats mijotés : sukiyaki, shabu-shabu (fondue).

On passe ensuite aux plats multiples : riz et accompagnements. Tonkatsu (porc pané), saumon teriyaki, et des adaptations en bento (karaage bento -poulet frit, sororo bento -bento tricolore), poulet teriyaki, huîtres panées. Les petits accompagnements sont variés : salades d’algues, épinards assaisonnés, édamame, natto, omelette japonaise, chawanmushi (flan salé). On trouve également les aubergines à la sauce miso et une soupe miso tofu et wakamé.

Les amoureux des sushis seront ravis car une grande variété est proposée : sushis de barbue et gelée de ponzu, sushis de boeuf tataki, futomakis, makis dragons, sushis inari, mille-feuille au tartare de thon.

Enfin pour les becs sucrés, des wagashi délicieuses sont proposées : dorayaki, glace au mochi et kastuera cake (matcha cake).

Un très bon livre pour faire le tour de la cuisine japonaise !

Un sandwich à ginza de Yôko Hiramatsu, illustré par Jirô Taniguchi : le plaisir de manger au fil des saisons et des lieux !

Pour moi, la découverte de la cuisine locale est une partie importante d’un voyage. Et au Japon, c’est un émerveillement permanent ! Ce livre a donc été un très gros coup de coeur. Yôko Hiramatsu est une écrivaine gastronome, gourmande, qui nous met l’eau à la bouche avec ses découvertes culinaires au fil des saisons et des petits restaurants du nord au sud du Japon. Et les dessins de Jirô Taniguchi, parsemés ça et là au fil des pages, apportent la petite touche de finesse pour parfaire le tableau.

Les premières lignes sur les saisons me font penser au Nagori de Ryoko Sekiguchi, à La péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba. C’est ce qui me touche le plus dans la cuisine japonaise, ce rapport permanent aux saisons, aussi bien pour les végétaux que pour les animaux.

La pétasite du Japon et autres herbes printanières :
« C’est la saveur du printemps. Les premiers signes de la saison vous ébranlent les papilles. Le printemps s’engouffre dans votre bouche, toutes digues rompues. Fleurs de colza, crosses de fougère, têtes-de-violon, jeunes pousses de lis plantain ou de prêle des champs … On a envie de croquer à belles dents toutes ces herbes sauvages, ces bourgeons verts gorgés de sève.
La saveur du printemps, c’est la joie du renouveau. »

On découvre ainsi les tempura de printemps, la bière de juin, l’anguille de l’été qui a même son festival à Narita. On ressent le plaisir gourmand de l’écrivaine et le bien-être que procure chaque plat spécifique à la saison.

Mais c’est également une promenade au fil des villes, des quartiers, des restaurants parfois centenaires. Une histoire de rencontres, d’amitiés, d’admiration. De la cuisine bouddhique à Kamakura, en passant la la cuisine chinoise et même le restaurant d’entreprise … la diversité des textures, des parfums, des goûts est infinie sous nos yeux éblouis !

Les plats minutieusement décrits (et parfaitement croqués par Taniguchi qui excelle dans cet art !) vont de l’omelette fourrée au riz aux sandwichs de toutes sortes (fourrés aux fruits, au porc pané, à la croquette de purée ou de crevettes roses) en passant par le nabe de fugu. Certains plats comme le pot-au-feu d’ours ou la langue de baleine ne susciteront peut-être pas la même gourmandise de la part du lecteur occidental, mais ils sont montrés comme part du patrimoine culinaire japonais.

Le livre est surtout une succession d’histoires humaines : des repas qu’elle partage souvent avec un jeune collègue, des restaurateurs qui donnent le meilleur d’eux-même pour faire vivre leur établissement, des histoires d’amour, de passion, de générosité, de partage !

Un livre passionnant et gourmand ! On part quand ?

Le nuage, dix façons de le préparer : cuisine et poésie !

J’adore les éditions de l’Epure, elles proposent de merveilleux petits livres pour préparer toutes sortes d’ingrédients.

Ces livres regroupés forment un arc-en-ciel (chaque livre a une couleur spécifique) dans la bibliothèque des gastronomes.

La couverture de ce nouvel ouvrage, concocté par Ryoko Sekiguchi (écrivaine, poète, traductrice, et bien d’autres métiers encore … tapez son nom dans le moteur de recherche de mon blog et vous découvrirez ses multiples créations), Sugio Yamaguchi (le talentueux chef du restaurant Botanique- il faut vraiment que je trouve le temps d’y aller, sa tarte aux légumes que je n’ai pu déguster que des yeux sur instagram me tente depuis des mois !) et Valentin Devos (alchimiste qui aide chacun à manger des odeurs chères en les « capturant » dans du beurre par exemple), est d’un gris-blanc ou d’un blanc-gris qui correspond très bien à la couleur des nuages que nous pouvons croiser en levant les yeux (même si les yeux des passants sont désormais plus souvent penchés sur les smartphones que levés vers le ciel … n’oubliez pas de regarder les nuages !).

Les livres de cette collection mettent en avant un ingrédient : le citron, le kaki, le poulpe, le chocolat, le saké, la sauce soja, mais également des produits plus étranges (l’hostie, l’excès, les déchets, l’air) … et donc ici le nuage ! Ils ont aussi la particularité d’arriver chez vous avec les feuilles encore « soudées », et il faut donc s’armer d’un coupe-papier (quel merveilleux objet !) pour découvrir les trésors cachés à l’intérieur.

J’étais très impatiente et très curieuse lorsque j’ai découvert ce titre. Comment peut-on manger des nuages (au-delà de la barbe à papa qui vient immédiatement à l’esprit … mais trop rose et trop sucrée, trop collante aussi) ?

En libérant les pages, j’avais presque l’impression que des petits nuages allaient s’en échapper ! J’étais joyeuse comme une petite fille qui regarde les nuages avancer très vite dans le ciel et qui imagine des montagnes de chantilly, des tartes merveilleuses.

La préface s’ouvre sur le très beau kanji du nuage, et Ryoko nous emmène en voyage au Japon, pays dans lequel on mange des nuages depuis des siècles ! Elle a retrouvé trace des « flocons de nuages » dans la cuisine des moines, du « nuage plat » comme base de la pâtisserie traditionnelle, de « l’enfant-nuage » qui est une spécialité hivernale ou du « nuage rouge » qui semble bien accompagner le saké. Cela s’est peut-être un peu perdu … mais n’ayez crainte, Ryoko et ses compagnons de voyage nous emmènent à la découverte de cet aliment merveilleux « digeste, non allergène et non gras, qui ne contient ni gluten ni sucre, et qui ne pose pas de problème de bilan carbone » !!

Voici donc les 10 façons de préparer les nuages :

  • soufflé par vents et par riz pour commencer : une recette simple de Sugio Yamaguchi qui consiste essentiellement à couper les mochi (galettes de riz gluant) en minuscules morceaux, à les « parachuter » dans un saladier avec de l’huile de pépin de raisin et du sel, puis à les étaler et à les faire souffler dans un four doux. Les nuages se forment alors : des cumulus croustillants !
  • si nuages m’étaient comté (Sugio Yamaguchi) : du chou-fleur cotonneux en vinaigrette saupoudré de flocons de comté (le tout enrobé de poésie !)
  • attraper les nuages (Valentin Devos) : placer des nuages odorants à proximité du beurre qui s’en imprégnera pour en restituer la synthèse
  • nuages d’automne, nuages d’hiver : le principe ci-dessus est appliqué à des produits de saison (bois, humus, champignons, épines de pin pour l’automne, tartine de pain, peau de clémentine, épices, bois brûlé retiré d’un feu de cheminée pour l’hiver)
  • nuages de printemps, nuages d’été : fleurs et herbes fraîches printanières puis fruits d’été (chacun pourra ensuite improviser ses recettes de saison en fonction de ses envies, de ses odeurs favorites !)
  • mues orographiques : Sugio nous fait voyager dans les Pyrénées avec une cocotte d’agneau de lait, pommes de terre, artichauts poivrades, avec un peu de serpolet … je m’imagine déjà la tête dans le nuage qui s’échappe de la cocotte !
  • ciel « griz » est une version nuageuse du riz au lait, on en salive d’avance !
  • friandises de paysages : Ryoko y évoque toute la poésie des wagashi qui réussissent à contenir tout un paysage dans quelques centimètres ! Je visualise déjà les petits poissons nageant dans une gelée translucide, et tous les moules en bois (si beaux !) qui capturent l’instant, le nuage qui passe.
  • jus de coco-nimbus : Sugio nous offre « le ciel de Saigon, chargé de moussons estivales … dans un verre » grâce à du jus de coco frais, de la gélatine et un bon coup de fouet !
  • De quoi se nourrissent les nuages ? Bonne question à laquelle Ryoko apporte une réponse … glaçante : Et s’ils aimaient le goût de l’humain !

Un livre délicieux pour rêver, cuisiner, voyager sur le dos d’un nuage, au pays de la poésie et de la cuisine inventive, enfantine … Retrouver son âme d’enfant, quel bonheur !

Je vous invite à aller découvrir les très nombreux titres de cette collection originale sur le site de l’éditeur.

La Stratégie de la libellule de Thierry Marx : abécédaire de vie

Thierry Marx sur mon blog ? Ceux qui connaissent un peu ce grand cuisinier savent qu’entre le Japon et lui, il y a une très belle et très ancienne histoire d’amour. Cette histoire, il nous la retrace mot après mot dans ce très beau livre, entre arts martiaux, bouddhisme et cuisine.

Il m’avait déjà surpris avec un polar coécrit avec Odile Bouhier, On ne meurt pas la bouche pleine, que vous pouvez découvrir dans ma chronique pour Journal du Japon : https://www.journaldujapon.com/2018/01/14/deux-polars-releves-pour-demarrer-lannee/

Il revient donc ici avec un abécédaire passionnant qui aborde aussi bien sa jeunesse (né dans un « mauvais quartier », il a une volonté de fer, l’envie de s’en sortir, et part donc chez les Compagnons, puis à l’armée, découvre les arts martiaux, la boxe, le bouddhisme zen, des sources de motivation et d’inspiration qui le guideront tout au long de sa vie) que son travail de chef (des pages très intéressantes sur le management), sa philosophie de vie, sa cuisine, et donc son Japon. Des clefs qu’il transmet au lecteur avec simplicité et humilité.

L’ouvrage est agrémenté de photographies et de dessins malicieux de Pierre Delorme.

Le tout donne un livre très agréable à lire, à la fois touchant, apaisant, inspirant. Une philosophie de vie qui motive et donne envie de se poser, faire le point, remettre en ordre ses objectifs et ses priorités, prendre le temps de méditer, agir calmement, sans colère.

Avec comme ligne de conduite, « mettre du temps entre l’émotion et l’action ».

Bushido, voie du thé, ryokan, kodawari, tatemae, zen … Cet abécédaire est très japonais et enchantera les amoureux de ce pays, qui sentiront dans ces lignes une passion commune !

Sa découverte du bouddhisme :
Je cherchais des lieux de spiritualité … Dans les églises et les synagogues, j’ai d’abord trouvé le calme et la sérénité dont je me trouvais dépossédé et cela me rendait assez heureux. Et puis, en découvrant le bouddhisme et le bouddhisme zen, j’ai senti que je pouvais continuer à éprouver des sensations comparables, mais sous une forme qui me correspondait mieux. Je n’avais plus à passer par l’entremise d’un être supérieur, on ne m’imposait plus quoi que ce soit.

Le Geste :
À l’instar de la posture des arts martiaux, le geste de cuisine est un geste souple, qui se pratique en veillant à ce que toute tension soit évacuée des épaules. À son poste de travail, il importe de se délier tout en restant suffisamment droit.

Japon, l’évidence :
« Oui, c’est là ! ». Nous avons tous, à un moment de notre vie, ressenti cette sensation étrange à l’égard d’une personne, d’un lieu, d’un livre ou d’une idée, le sentiment, comment dire ? de l’évidence, que cette personne, ce lieu, ce livre, cette idée aurait existé dans notre esprit avant même de le rencontrer. Comme si nous les avions rêvés. Eh bien, c’est ce qui m’est arrivé à 27 ans, quand, parti à la quête d’un travail en Australie, je fis une escale au Japon. Oui, tout ce que j’avais rêvé était là ! Le dojo, l’ambiance, l’homogénéité d’un peuple, la calligraphie, l’exiguïté du pays. Faute d’argent, je ne pouvais y rester mais je savais que je reviendrais. Aujourd’hui, j’y passe trois à quatre mois par an. Oui, je mets bien le Japon au-dessus de tout, comme la synthèse de ce qui peut être le meilleur.

Nagori de Ryoko Sekiguchi : nos temporalités …

J’attends toujours avec impatience les ouvrages de Ryoko. Je sais qu’elle me surprendra, me fera réfléchir, sentir, respirer, saliver … Je sais que je me poserai beaucoup de questions sur mon rapport au temps, à la nature, à la nourriture, aux autres.

La temporalité est au cœur de son travail depuis des années : le temps de l’attente de l’autre ou le temps suspendu dans la chaleur estivale, dans ses magnifiques poèmes ; le temps de l’après-Fukushima dans Ce n’est pas un hasard. Elle étudie le sujet sous un angle différent cette fois : le temps des saisons et la façon dont il « s’intègre » dans le temps humain. L’un est cyclique, l’autre est linéaire.

Quand on pense saisons, on pense souvent Japon : les haïkus et leurs mots de saison (dont il existe des dictionnaires entiers), le Hanami, pour se délecter de l’observation des cerisiers en fleur, mais aussi les cloches furin qui tintent dans le vent estival, les feuilles d’érables qui rougissent et la lune d’automne …  Toujours des mots japonais uniques que nous jalousons en occident, pour exprimer des notions que pourtant nous sentons ! Ainsi Nagori, qui donne son nom au titre du livre (d’ailleurs initialement suivi de sa définition sur la couverture : la nostalgie de la saison qui s’en va).

Son étymologie se rapporte à nami-nokori, « reste des vagues », l’empreinte laissée par les vagues après qu’elles se sont retirées de la plage … Comme j’aimais cela quand j’étais petite, cela me fascinait, je pouvais passer des heures à regarder ces ondulations sur le sable normand, noter leurs différences, toucher les bosses formées, y laisser la trace de mon doigt. Peut-être ma façon de vouloir arrêter le temps ?

Si l’on connaît bien ici le hashiri, l’équivalent de « primeur » et le sakari, « pleine saison » pour nos fruits et légumes, nagori est plus difficile à appréhender, ou en tous cas moins présent dans notre culture, notre vocabulaire. On imagine pourtant bien un fruit nagori : « peut-être pas aussi juteux que le fruit de sakari, ni aussi croquant que le fruit de primeur, de hashiri, mais il a gagné en gravité et en profondeur. »

Nous sommes de plus en plus sensibilisés et sensibles aux « fruits et légumes de saison ». Mais qu’est-ce vraiment qu’une saison ? Dans certains pays, elles n’existent pas, dans d’autres elles sont différentes. Chacun a une expérience personnelle des saisons, et donc un attachement, une nostalgie différente en fonction de l’endroit où il vit. Chaque voyage est ainsi une découverte d’autres saisons.

Dans l’angoisse de notre temporalité linéaire, nous tentons parfois d’arrêter le temps, nous cuisinons en salaison, en confit, en fermentation. Nous pouvons alors ralentir le temps, jouer à l’alchimiste, chercher une forme d’immortalité dans ces méthodes de conservation. Nous faisons cohabiter différentes temporalités dans nos assiettes.

Les saisons en cuisine, c’est le bonheur pour les cuisiniers. Et Ryoko nous fait une fois de plus saliver en évoquant de délicieux plats de saison (que je vous laisserai découvrir dans le livre).

Mais comment concilier saisons et radioactivité ? L’ombre de Fukushima, d’Hiroshima, modifie le rapport au temps. Depuis Hiroshima, l’été est irradié, depuis Fukushima, le printemps l’est aussi. Mais ils ne peuvent pour autant devenir des « mots de saison » !

Les saisons commencent et finissent, ce sont des rencontres, des moments de notre vie. On les regarde partir avec tendresse, comme on regarde partir un être cher. Il y a aussi un mot pour cela en japonais : Omiokuri, raccompagner du regard. Si vous êtes allés au Japon, vous avez peut-être vécu cette scène à la sortie d’un restaurant ou d’une boutique, la personne qui vous accompagne jusqu’au seuil de la porte puis vous salue encore et encore, vous regarde partir, vous couve de son regard bienveillant. Mais cela existe aussi chez nous. Ainsi, quand je me rends chez mes parents, ils restent toujours devant la maison quand la voiture s’éloigne et agitent la main jusqu’à ce que la voiture disparaisse.

Les saisons reviennent, mais entre temps, nous avons changé, nous avons vieilli d’une année … Un an, c’est le temps de passage des quatre saisons, c’est aussi le temps que Ryoko a passé à la Villa Médicis, et elle y a vécu chaque instant de chaque saison en sachant qu’il serait unique. Une sensation étrange qui lui a permis de nous offrir ce livre délicat et merveilleux.

Chaque ligne nous parle, chaque mot nous touche. Je prends souvent des notes en lisant, et pour celui-ci, j’avais envie de noter chaque phrase !

Je ne peux que vous inviter à plonger dans cette bulle temporelle ; elle a toutes les couleurs des saisons, toutes les saveurs, toutes les odeurs … Puis allez marcher dans la nature, allez manger ce qui vous fait plaisir, un plat de saison, un plat d’enfance, un plat qui vous est cher …

Les secrets du saké de Siméon Molard : simple et efficace pour tout savoir sur le saké

Peut-être avez-vous déjà bu du saké japonais (pas le chinois qui décape !) …

C’est une expérience déroutante la première fois, on ne sait pas comment définir ce goût, cette saveur, on ne peut se raccrocher à rien de connu pour le décrire. Mais petit à petit, en goûtant différentes bouteilles, on en apprécie les arômes, la finesse, ça devient un plaisir de découvrir la richesse de cet univers.

Pour en apprendre plus sur cet alcool fermenté à base de riz, rien ne vaut un bon livre écrit par un expert. Siméon Molard est formateur et importateur de sakés en France. Il va régulièrement voir les brasseurs pour sélectionner les meilleurs sakés de l’archipel et pour brasser avec eux. Il est donc un grand connaisseur mais aussi un très bon pédagogue, comme nous le prouve ce livre à la fois simple et complet.

En 26 secrets, vous en apprendrez beaucoup sur cette boisson et n’aurez qu’une envie, la découvrir par vous-même.

Le livre est très aéré, avec de nombreux dessins adorables, mais également des schémas et des kanji (tout le vocabulaire du saké est écrit en japonais et expliqué signe par signe, il est même regroupé dans une précieuse annexe).

 

Le livre raconte une histoire de plus de 2000 ans, des ingrédients simples (riz, eau, Koji-Kin le précieux champignon, et des levures) et une fabrication détaillée étape par étape : sélection du riz, polissage, lavage, immersion, cuisson, koji, shubo (levures), moromi (mélange du tout), presse et filtration, clarification, puis de la pasteurisation (jusqu’à deux fois), éventuellement un vieillissement, un ajout d’alcool, une réduction (ajout d’eau pour faire descendre le niveau d’alcool), et enfin l’embouteillage.

Les différentes méthodes de production (sokujo, kimoto, yamahai) et qualités de sakés sont expliquées (junmai ginjo ou daiginjo, honjozo ginjo ou daiginjo).

Le lecteur trouvera également des éléments sur la dégustation, avec souvent les traditionnels contre les modernes (à quelle température boire, comment chauffer, dans quoi le boire, comment le conserver, le faire éventuellement vieillir, quand le consommer et avec quoi).

Mais comme le dit Hayashida san, maître brasseur à Wakatakeya shuzo brewery : « L’important n’est tant avec quoi le déguster … mais avec qui. »

Partez à la découverte de cette boisson emblématique, puis dégustez-la !

Portrait d’une passionnée : Marine et les Gotochi Cards

Connaissez-vous les Gotochi Cards ? Ce sont de grandes cartes dessinées représentant des lieux, des plats, des objets d’artisanat de chaque préfecture du Japon. On les trouve dans les bureaux de poste et c’est un souvenir joyeux, coloré et peu encombrant à rapporter. Marine de Let’s Gotochi peut vous les envoyer depuis le Japon (avec un emballage très soigné et des autocollants mignons en cadeau) !

Portrait de cette passionnée qui met le Japon dans des enveloppes …

Pouvez-vous vous présenter, expliquer d’où vient votre amour pour le Japon et depuis combien de temps vous y vivez ?

Bonjour, enchantée ! Je m’appelle Marine, j’ai 28 ans et j’habite à Kôbe depuis 3 ans et demi. J’ai une passion pour le Japon depuis que je suis enfant. J’ai toujours adoré l’écriture japonaise (les kanji en particulier) puis j’ai eu plus d’intérêt à travers les mangas etc.

Comment avez-vous découvert les Gotochi cards ?

Il y a environ de 6 ans, quand j’habitais en France, j’avais une grosse passion pour le « Postcrossing ». Le principe : envoyer des cartes à des inconnus du monde entier, et en recevoir à son tour. C’est une sorte de Penpal à usage unique… ! Et via ce site, j’ai reçu pour la première fois une Gotochi Card du Japon. Quand je suis venue au Japon en 2013 pour un stage, j’en ai acheté dans chaque préfecture que je visitais, et ma collection a vraiment débuté.

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce que c’est ?

Une Gotochi Card peut être traduit par « carte postale régionale ». Ces cartes sont éditées et vendues par la Poste japonaise et ne sont pas vendues en magasin, seulement en bureau de Poste. Ces cartes représentent les spécialités régionales de chaque préfecture du Japon (46 préfectures). Autre particularité : on ne peut acheter les cartes que dans certaines régions précises : les cartes de Tokyo ne peuvent pas être achetées ailleurs qu’à Tokyo. Il en va de même pour Osaka, Hiroshima etc… Il faut donc voyager pour acquérir des cartes différentes !

Dans les classements régionaux, avez-vous une région qui vous tient particulièrement à cœur ? Quelle est la région la mieux représentée pour vous dans les Gotochi cards ?

J’habite à Kôbe donc la collection du Hyôgo est celle qui me touche le plus. Mais de manière objective, je pense que la région la mieux représentée est Kyôto : il y a bien sûr des éléments connus (la Maiko-san, la Tour de Kyôto, le château de Ni-jô …) mais aussi Amanohashidate, une ile loin du centre de Kyôto et également le gâteau japonais Yatsuhashi encore méconnus je pense.

Il y a de nombreuses cartes de spécialités culinaires. Avez-vous une spécialité que vous adorez particulièrement et que vous souhaitez faire découvrir aux lecteurs du blog ?

Oui, oui oui !

Grâce aux Gotochi Cards j’ai pu goûter à pas mal de choses, et mon plat préféré est sans doute le hitsumabushi, une anguille grillée posée sur du riz. On peut l’apprécier de plusieurs manières, si bien qu’on divise plat en 4 part :

  • On met le premier quart dans un bol, et on mange tel quel, sans assaisonnement
  • On met le second quart dans le bol et on mélange avec des assaisonnement (wasabi, oignon vert…)
  • On met le troisième quart dans le bol, et on y verse du thé vert ou une petite soupe de dashi. Le riz se gonfle avec l’eau et devient très tendre, c’est délicieux !
  • Le dernier quart se mange de la façon que vous préférez ! Personnellement c’est clairement avec du thé vert !

On peut acheter de quoi faire un hitsumabushi chez soi dans des magasins d’omiyage (de cadeaux).

Il y a aussi de très beaux sites et monuments présentés en Gotochi cards. Avez-vous un site préféré ?

J’aime beaucoup la nature, et je dois dire que la beauté du torii avec le ciel bleu et le bois de Aojima-jinja (à Miyazaki) et la figure imposante de Sakura-jima (à Kagoshima) sont mes préférés ! Il y a beaucoup de cartes qui représentent les cerisiers, mais peu qui montrent l’automne du Japon, j’espère qu’on en aura bientôt !

Et pour les objets artisanaux, un coup de cœur ?

La carte du daruma est adorable, c’est une de mes préférées ! Le sarubobo de Gifu (une petite poupée en forme de singe rouge) et la poterie de Banko en forme de cochon (de Mie) sont aussi adorables !

Qui sont vos clients ? De quels pays commandent-ils ?

Ils viennent surtout d’Europe et des Etats-Unis, mais j’ai de plus en plus de commandes d’Asie également. Ce sont en majorité des femmes entre 25 et 60 ans, bien que quelques hommes aussi commandent des cartes. Il est impossible de dresser un profil particulier car ils sont bien trop différents ! Certaines personnes sont de grands collectionneurs qui ont pour objectif de toutes les obtenir, et dans ce cas il y a des commandes de classeurs de rangement. D’autres achètent les cartes qu’ils trouvent belles, d’autres des cartes des endroits où ils sont allés. Dans tous les cas, c’est toujours un plaisir de préparer ces commandes et d’imaginer ce que les gens vont faire avec leurs cartes… !

Quels sont vos projets ?

Au niveau des cartes, je souhaite en premier lieu finir les traductions de l’envers des cartes en français, puis les faire traduire en anglais.

J’aimerais également que le site serve de ressource pour les gens qui vont voyager au Japon, j’aimerais apporter des informations touristiques des lieux représentés par les cartes, mais aussi conseiller sur les meilleurs restaurants où manger chacune des spécialités locales.

Mes projets sont nombreux, mais cela prend un peu de temps, alors je me laisse quelques années devant moi !

MERCI Marine pour ces réponses passionnantes !

N’hésitez pas à aller faire un tour sur son site, il y a également les très belles cartes « Boîte postale » à découvrir !

La cuisine japonaise sans sushi … ou presque : un coffret pour découvrir et cuisiner

Que vous connaissiez un peu la cuisine japonaise ou que vous croyiez que « c’est que des sushis » … ce coffret paru chez Kana devrait vous plaire.

Pourquoi ?

D’abord parce qu’il est illustré par la talentueuse Julie Blanchin Fujita (si vous ne la connaissez pas, je vous conseille de lire cet article et d’aller feuilleter … et acheter J’aime le nattô chez votre libraire !).

Ensuite, parce que le coffret est très bien fait : des fiches qui se déplient avec des recettes variées et qui offrent une très bonne approche de ce qu’est vraiment la cuisine japonaise.

Comment ça marche ?

Une première fiche présente ce qu’est la cuisine japonaise : son histoire, son évolution. Avec une phrase de Tanizaki que toute personne qui a voyagé au Japon comprend : « La cuisine japonaise n’est pas chose qui se mange, mais chose qui se regarde ».

Puis 12 plats présentés en 12 fiches combinent culture générale et recette détaillée en fonction du thème abordé : cuisine de sumo, de salaryman, de samouraï, d’otaku, de fan de mangas, de yakuza, de ninja, de geisha, de lolita, zen, déjeuner sur le pouce, et régime d’Okinawa. Pour chaque fiche, un beau dessin du plat (franchement ça fait saliver !), avec en-dessous le nombre de personnes, le temps de préparation et le temps de cuisson. En ouvrant la fiche, on trouve la liste détaillée des ingrédients (vraiment très précise, avec des dessins de Julie pour reconnaître ces ingrédients en boutique), et du matériel nécessaire. Ensuite la recette est expliquée de façon vraiment très précise, petite étape par petite étape, même les débutants peuvent y arriver ! Enfin, en refermant la fiche, on trouve au dos des éléments de culture générale sur le thème abordé, des variations possibles pour le plat, et des conseils d’accompagnements (à manger, mais aussi des boissons qui vont bien avec).

Mais ce n’est pas tout ! Il y a également de nombreuses fiches pour compléter, accompagner ces plats : des salades (dont la fameuse potato salada, probablement ma salade préférée quand je vais au Japon !), des soba, des nouilles maison pour râmen, du riz (comment les préparer), des soupes, des condiments, des accompagnements et amuse-bouches (3 fiches, avec gyoza, frites de bardane, naruto maki, omelette japonaise, porc châshû indispensable, tuskemono – délicieux légumes macérés entre autres), et même les sauces et marinades (2 fiches).

C’est une belle idée cadeau pour les amoureux de la cuisine japonaise, ou pour ceux qui veulent la découvrir et la faire …

Thés de Louise Cheadle et Nick Kilby : tour du monde du thé !

thesSi vous me lisez depuis longtemps, vous connaissez probablement ma passion pour le thé (japonais mais aussi d’autres pays). Et voici un livre que j’ai trouvé foisonnant et passionnant : un voyage à travers le monde au fil du thé ! Les pays défilent avec leur « culture thé » : leur rapport à ce breuvage, la façon de le consommer, et petit plus très agréable pour les voyageurs, de bonnes adresses pour déguster un bon thé dans tous les pays du monde ou presque.

Le livre démarre avec des photos autour du thé : plantations, buveurs de tous pays, tasses, théières plus ou moins cabossées. Puis une carte du monde des buveurs de thé avec des informations originales : jusqu’au XIXème siècle des briques de thé servaient de monnaie en Sibérie, le secteur du thé indien emploie plus d’un million de personnes, les iraniens mettent un morceau de sucre dans leur bouche puis aspirent une gorgée de thé chaud. Des chiffres ensuite : le top 20 des buveurs de thé (par personne et par an, la Turquie arrive en tête avec 2,937kg, suivent l’Irlande, l’Ouzbékistan, le Royaume-Uni … le Japon arrive 13ème avec 0,978 kg), le top 20 par pays (la Chine avec 548 043 kg consommés par an, le Japon est 6ème avec 124 255 kg). Pour la production, la Chine arrive en tête avec 1700 tonnes, le Japon en produit 85,9 tonnes.

Mais assez de chiffres, l’intérêt du livre est culturel : comment boit-on le thé au Tibet, en Australie ou en Afrique du Sud ? Ce livre est un véritable recueil de coutumes, de moeurs, d’arts de vivre. Avec à chaque fois des photographies, mais aussi des citations et des « le saviez-vous », anecdotes rigolotes. Il y a même des encarts « faire un … » : thé tchaï indien, un thé à la menthe marocain, ou un thé matcha traditionnel bien sûr ! Les adresses proposées sont intéressantes car on sent qu’elles ont été testées, vécues, appréciées pour leur ambiance, leur cadre. Il faudra replonger dans ces adresses chaque fois que l’on préparera ses valises ! Les pages sur le Japon offrent des adresses à Tokyo et Kyoto, mais expliquent aussi le déroulement d’une cérémonie du thé.

Un chapitre est également consacré aux différents types de thé, avec de belles pages sur les thés verts japonais, une double page consacrée au matcha, et une rencontre avec Yoshio Sugita, un producteur de matcha interviewé par Louise.

Une double page rigolote vous donne des conseils : de quelle humeur êtes-vous ? les auteurs nous conseillent alors des thés à boire …

En fin d’ouvrage, des recettes alléchantes viennent compléter le tout : des saveurs originales, des thés différents à utiliser en fonction de vos goûts pour des recettes colorée et parfumées. Un boeuf mariné au thé avec une salade de papaye verte sauce wasabi, un bouillon de poulet au thé dans lequel un nid de soba au thé vert accueille des oeufs marbrés au thé, un tiramisu matcha-chocolat-gingembre, de nombreuses pâtisseries, des truffes au matcha, des glaces, des cocktails (le matcharita, version revisitée du célèbre Margarita), des Teashakes (matcha coco miam !!), le tchaï latte ou le matcha latte, de super-smoothies (au matcha … oui, j’ai un faible pour le matcha).

Vous pouvez lire un extrait du livre sur le site de l’éditeur.

Un indispensable pour tout amateur de thé voyageur !