Voici un beau roman pour ados (et adultes) mĂŞlant Ă©cologie, futur orwellien et belle histoire entre deux ados. Bien ficelĂ©, il se lit d’une traite grâce aux rebondissements qui tiennent le lecteur en alerte et aux voyages dans l’espace et le temps.
Il faut se placer dans ce monde du futur. Le rĂ©chauffement climatique a entraĂ®nĂ© une forte montĂ©e des eaux, les villes se sont donc construites en hauteur, pour ne plus former qu’une Ă©norme ville-monde divisĂ©e en secteurs. Madeleine habite donc le quartier France 45-67 tandis que Kenjiro habite le Japon secteur 23-58. La vie de ces adolescents est rĂ©glĂ©e par les machines : machines-Ă©cole, machines-repas, machines-police qui veillent au respect du couvre-feu la nuit. Chaque humain doit ĂŞtre rentrĂ© chez lui, doit mettre son bracelet accumulateur d’Ă©nergie sur un socle, en Ă©change de quoi tout est fourni gratuitement. Les gens ne travaillent donc pas dans ce monde artificiel, ils jouent, se dĂ©tendent dans des dĂ´mes parcs aux arbres artificiels, aux odeurs artificielles, au ciel artificiel dans lequel les nuages sont gĂ©nĂ©rĂ©s alĂ©atoirement. Tout est bien organisĂ© et les lampadaires camĂ©ras surveillent tout cela. Un monde qui fait penser Ă celui d’Orwell. Qui fera peut-ĂŞtre rĂŞver au dĂ©part (passer ses journĂ©es Ă jouer !) mais qui deviendra vite inquiĂ©tant.
En effet, la jeune Madeleine, une ado sans problème, aux parents aimants, qui va Ă l’Ă©cole pour apprendre tout ce qui tourne autour du jeu, se retrouve un jour avec les mains vertes. Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ça ne s’en va pas ? Lorsqu’elle rencontre comme par magie Kenjiro (qui vit au Japon avec sa sĹ“ur et ses deux neveux dans une maison en bois et tatami coincĂ©e entre les immenses tours) qui a lui aussi les mains vertes, sa vie change. Elle va dĂ©couvrir un monde qu’elle ne soupçonnait pas. Le monde d’avant la DĂ©couverte (qui gĂ©nère de l’Ă©nergie et permet aux gens de vivre sans travailler), un monde avec de vraies forĂŞts, de vrais lacs, de vrais cieux Ă©toilĂ©s. Tout cela grâce au pouvoir des mains vertes que Kenjiro a dĂ©couvert dans une lettre laissĂ©e par son grand-père adorĂ© Jiji, qui Ă©tait garde forestier.
Ils rencontrent les Happa no ko, enfants de feuilles, crĂ©atures transparentes parcourues d’Ă©clairs bleus, qui se couvrent de feuilles pour se protĂ©ger. Comment ont-ils survĂ©cu dans le nouveau monde, pourquoi communiquent-ils avec les deux adolescents par tĂ©lĂ©pathie ? Grâce au pouvoir des mains vertes qui permet Ă Madeleine et Kenjiro de voyager dans l’espace et le temps, le mystère va s’Ă©claircir petit Ă petit, et les problèmes arriver, de plus en plus gros. Leur duo courageux et les happa no ko qui les guideront arriveront-ils Ă changer ce monde artificiel terrifiant ?
Un livre qui fait voyager entre Japon des lacs, parcs, forĂŞts, ponts de bois et Japon ultra moderne des grandes tours, des lumières artificielles, des arcades de jeu. Une rĂ©flexion sur notre monde en devenir, nos choix de vie, l’avenir de la planète, la destruction de la nature.
Un livre qui pourra donc toucher un large public, du fan de jeu vidĂ©o et de manga Ă l’amoureux de la nature, des crĂ©atures fantastiques, sans oublier ceux qui aiment les belles histoires mĂŞlant action et romance.
Karin Serres a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une bourse de l’Institut français pour s’imprĂ©gner du Japon, et on ressent dans ce livre son Ă©merveillement face aux saisons, Ă la beautĂ© de la nature, aux lumières, aux odeurs, et bien d’autres Ă©lĂ©ments que ce sĂ©jour japonais a fournis pour alimenter l’Ă©criture de ce roman.
Une belle réussite à découvrir ou faire découvrir !











