Happa no ko, le peuple des feuilles – Karin Serres : le pouvoir des mains vertes

Voici un beau roman pour ados (et adultes) mĂŞlant Ă©cologie, futur orwellien et belle histoire entre deux ados. Bien ficelĂ©, il se lit d’une traite grâce aux rebondissements qui tiennent le lecteur en alerte et aux voyages dans l’espace et le temps.

Il faut se placer dans ce monde du futur. Le rĂ©chauffement climatique a entraĂ®nĂ© une forte montĂ©e des eaux, les villes se sont donc construites en hauteur, pour ne plus former qu’une Ă©norme ville-monde divisĂ©e en secteurs. Madeleine habite donc le quartier France 45-67 tandis que Kenjiro habite le Japon secteur 23-58. La vie de ces adolescents est rĂ©glĂ©e par les machines : machines-Ă©cole, machines-repas, machines-police qui veillent au respect du couvre-feu la nuit. Chaque humain doit ĂŞtre rentrĂ© chez lui, doit mettre son bracelet accumulateur d’Ă©nergie sur un socle, en Ă©change de quoi tout est fourni gratuitement. Les gens ne travaillent donc pas dans ce monde artificiel, ils jouent, se dĂ©tendent dans des dĂ´mes parcs aux arbres artificiels, aux odeurs artificielles, au ciel artificiel dans lequel les nuages sont gĂ©nĂ©rĂ©s alĂ©atoirement. Tout est bien organisĂ© et les lampadaires camĂ©ras surveillent tout cela. Un monde qui fait penser Ă  celui d’Orwell. Qui fera peut-ĂŞtre rĂŞver au dĂ©part (passer ses journĂ©es Ă  jouer !) mais qui deviendra vite inquiĂ©tant.

En effet, la jeune Madeleine, une ado sans problème, aux parents aimants, qui va Ă  l’Ă©cole pour apprendre tout ce qui tourne autour du jeu, se retrouve un jour avec les mains vertes. Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ça ne s’en va pas ? Lorsqu’elle rencontre comme par magie Kenjiro (qui vit au Japon avec sa sĹ“ur et ses deux neveux dans une maison en bois et tatami coincĂ©e entre les immenses tours) qui a lui aussi les mains vertes, sa vie change. Elle va dĂ©couvrir un monde qu’elle ne soupçonnait pas. Le monde d’avant la DĂ©couverte (qui gĂ©nère de l’Ă©nergie et permet aux gens de vivre sans travailler), un monde avec de vraies forĂŞts, de vrais lacs, de vrais cieux Ă©toilĂ©s. Tout cela grâce au pouvoir des mains vertes que Kenjiro a dĂ©couvert dans une lettre laissĂ©e par son grand-père adorĂ© Jiji, qui Ă©tait garde forestier.

Ils rencontrent les Happa no ko, enfants de feuilles, crĂ©atures transparentes parcourues d’Ă©clairs bleus, qui se couvrent de feuilles pour se protĂ©ger. Comment ont-ils survĂ©cu dans le nouveau monde, pourquoi communiquent-ils avec les deux adolescents par tĂ©lĂ©pathie ? Grâce au pouvoir des mains vertes qui permet Ă  Madeleine et Kenjiro de voyager dans l’espace et le temps, le mystère va s’Ă©claircir petit Ă  petit, et les problèmes arriver, de plus en plus gros. Leur duo courageux et les happa no ko qui les guideront arriveront-ils Ă  changer ce monde artificiel terrifiant ?

Un livre qui fait voyager entre Japon des lacs, parcs, forĂŞts, ponts de bois et Japon ultra moderne des grandes tours, des lumières artificielles, des arcades de jeu. Une rĂ©flexion sur notre monde en devenir, nos choix de vie, l’avenir de la planète, la destruction de la nature.

Un livre qui pourra donc toucher un large public, du fan de jeu vidĂ©o et de manga Ă  l’amoureux de la nature, des crĂ©atures fantastiques, sans oublier ceux qui aiment les belles histoires mĂŞlant action et romance.

Karin Serres a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une bourse de l’Institut français pour s’imprĂ©gner du Japon, et on ressent dans ce livre son Ă©merveillement face aux saisons, Ă  la beautĂ© de la nature, aux lumières, aux odeurs, et bien d’autres Ă©lĂ©ments que ce sĂ©jour japonais a fournis pour alimenter l’Ă©criture de ce roman.

Une belle réussite à découvrir ou faire découvrir !

Des idĂ©es cadeaux pour les enfants, les ados (et les plus grands) : tout le monde peut dessiner !

MĂŞme si nous sommes encore loin de NoĂ«l, il n’est jamais trop tĂ´t pour chercher des idĂ©es cadeaux originales. Offrir des livres pour apprendre aux enfants Ă  dessiner sans complexe, c’est une idĂ©e chouette et il y a vraiment beaucoup de livres bien faits pour cela. Je vous propose donc ma petite sĂ©lection.

Rilakkuma pour les plus petits

Il y a déjà toute une collection de mallettes kawaï qui existent autour de ce célèbre ourson, pour découper, colorier, lacer, pailleter. Vous pourrez les découvrir dans cet article pour Journal du Japon.

Le petit dernier est un livre ardoise, en carton épais bien solide. Tout est fourni pour passer de bons moments : de vraies craies colorées, des encarts tableaux noirs pour écrire, et de beaux modèles.

La première double page est consacrĂ©e aux lettres : alphabet en majuscule en modèle, puis lignes sur tableau noir pour Ă©crire son prĂ©nom, espace carrĂ© pour recopier les voyelles. La deuxième est consacrĂ©e aux formes, rond, carrĂ©, triangle, cĹ“ur. Sur la page noire, il faut les tracer entre deux lignes, d’abord en repassant sur les pointillĂ©s, puis juste avec le point de dĂ©marrage. Ensuite, Rilakkuma apparaĂ®t dessinĂ© sur un quadrillage en page de gauche, il suffit alors de repasser sur les pointillĂ©s. En page de droite, c’est plus difficile, il y a juste le quadrillage, et l’enfant devra s’appliquer pour tracer l’ourson. Enfin, la dernière double page est faite pour que le petit artiste se lance : il peut colorier Rilakkuma et ses amis qui sont en bas de la grande page ardoise, avec un champignon (Ă  colorier lui aussi), et au-dessus d’eux, beaucoup il aura beaucoup d’espace pour dessiner des nuages, un soleil, des oiseaux, ou tout ce qui lui passera par la tĂŞte.

Un livre mignon et une bonne initiation au dessin Ă  la craie.

Des licornes, des lamas et autres animaux kawaĂŻ Ă  partir de formes simples !

Peut-ĂŞtre que votre enfant (ou vous-mĂŞme) aimerait dessiner mais qu’il se trouve « nul ». En fait, il suffit juste de trouver le bon livre qui permettra Ă  tout le monde de dessiner « très bien » sans difficultĂ©. C’est possible. Par exemple avec l’excellent Doodling crĂ©atif de Julie Adore (des fleurs en bouquets, en couronnes, des branches et plein d’autres choses très simples Ă  faire, et qui donnent des rĂ©sultats bluffants). Ici c’est des animaux trop mignons qu’il est possible de dessiner vraiment facilement grâce Ă  Lulu Mayo.

Le principe est de partir de formes très simples, d’ajouter des Ă©lĂ©ments tout aussi simples et d’obtenir un animal rigolo et adorable.

Prenons le lama (un peu partout cette année) : dessinez un L majuscule aux contours frisés et voilà son corps, ajoutez ensuite un cercle frisé pour son visage, puis un nez en forme de cœur, placez deux oreilles bananes et des pattes triangles, décorez avec un motif inca (ou tout autre motif issu de votre imagination), vous obtiendrez un superbe lama et serez surpris par la simplicité de la chose !

Pour le paresseux, le corps est un rond avec un rectangle, les bras sont des saucisses, les pattes de petits triangles Ă©troits et le visage un cĹ“ur. La licorne dodue est dessinĂ©e Ă  partir d’un gros haricot … Au total, une trentaine d’animaux prennent vie sous le crayon de toute personne qui ouvre le livre ! Une simplicitĂ© bluffante !

Ajoutez Ă  cela une belle couverture Ă  paillettes, des prĂ©sentations aĂ©rĂ©es (modèle Ă©tape par Ă©tape en page de gauche, page de droite pour dessiner soi-mĂŞme, avec en bas de page des petites scènes mignonnes de l’animal en question, seul, en couple ou en famille) et enfin un prix tout petit … et voilĂ  le cadeau parfait pour les petits comme pour les grands !

Dessiner les mangas : des livres simples Ă  petit prix !

Si votre ado adore dessiner et veut se lancer dans les dessins manga, les Ă©ditions Eyrolles ont des petits livres pas chers pour qu’il se lance sans prise de tĂŞte. Il existe en version Dessiner les mangas et en version Dessiner les combats mangas. Les deux ouvrages ont toutes les pages du dĂ©but en commun, les dessins changent ensuite et ils peuvent se complĂ©ter pour les modèles et l’inspiration.

Pour dĂ©marrer, il est rappelĂ© qu’il est important d’apprendre Ă  regarder, Ă  voir, Ă  s’inspirer en visitant des musĂ©es, en regardant des artistes pratiquer, mais aussi de multiplier les croquis dans un carnet, de griffonner, d’expĂ©rimenter. S’imprĂ©gner du monde qui nous entoure et dessiner encore et encore. Le matĂ©riel est prĂ©sentĂ© (quels crayons, feutres, pinceaux, plumes pour quels usages). Les bases sur les perspectives sont expliquĂ©es. Et surtout le commencement avec des formes simples, des silhouettes qu’on apprend Ă  mettre en mouvement.

Ensuite il faut savoir dessiner les tĂŞtes (profil, face, partir d’une forme simple, ajouter les yeux, le nez, la bouche), leur donner des expressions (et le conseil tout bĂŞte de se regarder dans un miroir !), dessiner les cheveux (diffĂ©rentes coupes, diffĂ©rents mouvements).

Puis les personnages arrivent : samouraï, combattant (arts martiaux, mouvement de jambe, de pied), guerrier, robot (travailler les ombres sur le métal), fille en kimono (les plis du tissu), action explosive, tortue robot sur laquelle est assise une jeune fille.

Une grande diversité et plein de conseils simples pour se lancer sans crainte.

Le volume consacrĂ© aux combats insiste sur la façon de donner du mouvement avec diffĂ©rents types de traits, montre un guerrier bondissant, un robot gĂ©ant, explique comment reprĂ©senter les coups de pied, les personnes sur la dĂ©fensive, les chutes, les scènes d’action, avec un combat contre un vampire pour finir !

Des ouvrages clairs, des conseils, des dessins nombreux, des heures de dessin en perspective !

3 minutes, 7 secondes de SĂ©bastien Raizer : le soleil et l’acier

J’ai dĂ©couvert SĂ©bastien Raizer dans son petit Ă©loge du zen, un petit livre prĂ©cieux, une quĂŞte spirituelle et une arrivĂ©e au Japon, qu’il ne quittera plus. Un vrai coup de cĹ“ur ! Depuis, je me suis plongĂ©e dans sa trilogie inclassable, noire et lumineuse, percutante et perturbante. Une plongĂ©e dont je ne suis pas encore sortie, qui donne le vertige, qui pousse le lecteur très loin dans ses rĂ©flexions, dans sa façon de penser, d’ĂŞtre … Je pense qu’il me faudra encore du temps pour finir cette lecture, la digĂ©rer et Ă©crire quelque chose dessus. C’est passionnant et difficile … Mais n’est-ce pas le but de la lecture ?

Si vous voulez en savoir plus sur l’auteur, j’avais eu la chance de lui poser quelques questions pour Journal du Japon.

Je pense que pour découvrir la pensée, la plume à la fois tranchante et surnaturelle de Sébastien, ce nouveau court roman est idéal.

L’histoire est simple : un avion qui fait la liaison ShanghaĂŻ-Osaka va ĂŞtre percutĂ© par un missile nord-corĂ©en au-dessus de la mer de Chine. L’information est transmise au pilote, puis au personnel de bord. Deux voyageurs l’apprennent Ă©galement : un concepteur de jeux vidĂ©o et un photographe baroudeur qui voyage d’Ouest en Est et veut finir ce pĂ©riple au Japon.

C’est un roman choral, chacun a sa façon d’encaisser la nouvelle, d’en faire quelque chose … Le pilote plonge dans un dĂ©lire patriotique qui l’emmène en images et en chants de la crĂ©ation du Japon Ă  sa propre mort qu’il rĂŞve hĂ©roĂŻque, en passant par la guerre et ses bombes, l’après-guerre et la soumission. Il y a les hĂ´tesses, les stewards, des relations, des non-dits, de l’amour, du sexe, mais que devient tout cela quand il ne reste plus que quelques minutes Ă  vivre ? La mort imminente … Le concepteur de jeu vidĂ©o rĂ©flĂ©chit Ă  un jeu psychique total, la mort elle-mĂŞme en faisant partie. Le voyageur qui pensait jusqu’alors Ă  ce qu’il voulait voir, capter au Japon, la mort approchant, imagine le texte qu’il aimerait Ă©crire, replonge dans son passĂ©. Il a perçu, enfant, seul, entourĂ© de neige, l’inexistence absolue du monde. Il tente de vivre dĂ©sormais dans celui de son invention.

Chacun rĂ©agit en fonction de ce qu’il a Ă©tĂ©, ce qu’il est. Les mots se percutent dans la tĂŞte du lecteur : Vie / mort / temporalitĂ©. Univers / espace-temps / cosmos. Esprit / perception du temps. Jeu psychique / rĂ©el. Voyage / fuite. Sexe / amour. Individu / nation.

Et l’avion dans le ciel comme une bulle hors de l’espace et du temps …

« Je me demande même si une part de moi ne souhaite pas secrètement que ce cinglé ait raison et qu’un missile nord-coréen vienne bel et bien annuler le vol Shangaï-Osaka. Le rayer de la carte du ciel – nous ne sommes déjà plus sur terre, de toute façon. Mourir sur terre serait manifestement plus tragique et plus douloureux. Mais ici ? Nous ne sommes déjà plus nulle part, endormis dans un long et monotone et interminable flottement, en apesanteur de nous-mêmes. »

Un livre qui, en une centaine de pages, vous arrache du sol, vous secoue, puis vous laisse retomber au milieu de vos réflexions, désorienté, hagard mais terriblement vivant !

La StratĂ©gie de la libellule de Thierry Marx : abĂ©cĂ©daire de vie

Thierry Marx sur mon blog ? Ceux qui connaissent un peu ce grand cuisinier savent qu’entre le Japon et lui, il y a une très belle et très ancienne histoire d’amour. Cette histoire, il nous la retrace mot après mot dans ce très beau livre, entre arts martiaux, bouddhisme et cuisine.

Il m’avait dĂ©jĂ  surpris avec un polar coĂ©crit avec Odile Bouhier, On ne meurt pas la bouche pleine, que vous pouvez dĂ©couvrir dans ma chronique pour Journal du Japon : https://www.journaldujapon.com/2018/01/14/deux-polars-releves-pour-demarrer-lannee/

Il revient donc ici avec un abĂ©cĂ©daire passionnant qui aborde aussi bien sa jeunesse (nĂ© dans un « mauvais quartier », il a une volontĂ© de fer, l’envie de s’en sortir, et part donc chez les Compagnons, puis Ă  l’armĂ©e, dĂ©couvre les arts martiaux, la boxe, le bouddhisme zen, des sources de motivation et d’inspiration qui le guideront tout au long de sa vie) que son travail de chef (des pages très intĂ©ressantes sur le management), sa philosophie de vie, sa cuisine, et donc son Japon. Des clefs qu’il transmet au lecteur avec simplicitĂ© et humilitĂ©.

L’ouvrage est agrĂ©mentĂ© de photographies et de dessins malicieux de Pierre Delorme.

Le tout donne un livre très agréable à lire, à la fois touchant, apaisant, inspirant. Une philosophie de vie qui motive et donne envie de se poser, faire le point, remettre en ordre ses objectifs et ses priorités, prendre le temps de méditer, agir calmement, sans colère.

Avec comme ligne de conduite, « mettre du temps entre l’Ă©motion et l’action ».

Bushido, voie du thĂ©, ryokan, kodawari, tatemae, zen … Cet abĂ©cĂ©daire est très japonais et enchantera les amoureux de ce pays, qui sentiront dans ces lignes une passion commune !

Sa découverte du bouddhisme :
Je cherchais des lieux de spiritualitĂ© … Dans les Ă©glises et les synagogues, j’ai d’abord trouvĂ© le calme et la sĂ©rĂ©nitĂ© dont je me trouvais dĂ©possĂ©dĂ© et cela me rendait assez heureux. Et puis, en dĂ©couvrant le bouddhisme et le bouddhisme zen, j’ai senti que je pouvais continuer Ă  Ă©prouver des sensations comparables, mais sous une forme qui me correspondait mieux. Je n’avais plus Ă  passer par l’entremise d’un ĂŞtre supĂ©rieur, on ne m’imposait plus quoi que ce soit.

Le Geste :
Ă€ l’instar de la posture des arts martiaux, le geste de cuisine est un geste souple, qui se pratique en veillant Ă  ce que toute tension soit Ă©vacuĂ©e des Ă©paules. À son poste de travail, il importe de se dĂ©lier tout en restant suffisamment droit.

Japon, l’Ă©vidence :
« Oui, c’est lĂ  ! ». Nous avons tous, Ă  un moment de notre vie, ressenti cette sensation Ă©trange Ă  l’Ă©gard d’une personne, d’un lieu, d’un livre ou d’une idĂ©e, le sentiment, comment dire ? de l’Ă©vidence, que cette personne, ce lieu, ce livre, cette idĂ©e aurait existĂ© dans notre esprit avant mĂŞme de le rencontrer. Comme si nous les avions rĂŞvĂ©s. Eh bien, c’est ce qui m’est arrivĂ© Ă  27 ans, quand, parti Ă  la quĂŞte d’un travail en Australie, je fis une escale au Japon. Oui, tout ce que j’avais rĂŞvĂ© Ă©tait lĂ  ! Le dojo, l’ambiance, l’homogĂ©nĂ©itĂ© d’un peuple, la calligraphie, l’exiguĂŻtĂ© du pays. Faute d’argent, je ne pouvais y rester mais je savais que je reviendrais. Aujourd’hui, j’y passe trois Ă  quatre mois par an. Oui, je mets bien le Japon au-dessus de tout, comme la synthèse de ce qui peut ĂŞtre le meilleur.

Nagori de Ryoko Sekiguchi : nos temporalitĂ©s …

J’attends toujours avec impatience les ouvrages de Ryoko. Je sais qu’elle me surprendra, me fera rĂ©flĂ©chir, sentir, respirer, saliver … Je sais que je me poserai beaucoup de questions sur mon rapport au temps, Ă  la nature, Ă  la nourriture, aux autres.

La temporalitĂ© est au cĹ“ur de son travail depuis des annĂ©es : le temps de l’attente de l’autre ou le temps suspendu dans la chaleur estivale, dans ses magnifiques poèmes ; le temps de l’après-Fukushima dans Ce n’est pas un hasard. Elle Ă©tudie le sujet sous un angle diffĂ©rent cette fois : le temps des saisons et la façon dont il « s’intègre » dans le temps humain. L’un est cyclique, l’autre est linĂ©aire.

Quand on pense saisons, on pense souvent Japon : les haĂŻkus et leurs mots de saison (dont il existe des dictionnaires entiers), le Hanami, pour se dĂ©lecter de l’observation des cerisiers en fleur, mais aussi les cloches furin qui tintent dans le vent estival, les feuilles d’Ă©rables qui rougissent et la lune d’automne …  Toujours des mots japonais uniques que nous jalousons en occident, pour exprimer des notions que pourtant nous sentons ! Ainsi Nagori, qui donne son nom au titre du livre (d’ailleurs initialement suivi de sa dĂ©finition sur la couverture : la nostalgie de la saison qui s’en va).

Son Ă©tymologie se rapporte Ă  nami-nokori, « reste des vagues », l’empreinte laissĂ©e par les vagues après qu’elles se sont retirĂ©es de la plage … Comme j’aimais cela quand j’Ă©tais petite, cela me fascinait, je pouvais passer des heures Ă  regarder ces ondulations sur le sable normand, noter leurs diffĂ©rences, toucher les bosses formĂ©es, y laisser la trace de mon doigt. Peut-ĂŞtre ma façon de vouloir arrĂŞter le temps ?

Si l’on connaĂ®t bien ici le hashiri, l’Ă©quivalent de « primeur » et le sakari, « pleine saison » pour nos fruits et lĂ©gumes, nagori est plus difficile Ă  apprĂ©hender, ou en tous cas moins prĂ©sent dans notre culture, notre vocabulaire. On imagine pourtant bien un fruit nagori : « peut-ĂŞtre pas aussi juteux que le fruit de sakari, ni aussi croquant que le fruit de primeur, de hashiri, mais il a gagnĂ© en gravitĂ© et en profondeur. »

Nous sommes de plus en plus sensibilisĂ©s et sensibles aux « fruits et lĂ©gumes de saison ». Mais qu’est-ce vraiment qu’une saison ? Dans certains pays, elles n’existent pas, dans d’autres elles sont diffĂ©rentes. Chacun a une expĂ©rience personnelle des saisons, et donc un attachement, une nostalgie diffĂ©rente en fonction de l’endroit oĂą il vit. Chaque voyage est ainsi une dĂ©couverte d’autres saisons.

Dans l’angoisse de notre temporalitĂ© linĂ©aire, nous tentons parfois d’arrĂŞter le temps, nous cuisinons en salaison, en confit, en fermentation. Nous pouvons alors ralentir le temps, jouer Ă  l’alchimiste, chercher une forme d’immortalitĂ© dans ces mĂ©thodes de conservation. Nous faisons cohabiter diffĂ©rentes temporalitĂ©s dans nos assiettes.

Les saisons en cuisine, c’est le bonheur pour les cuisiniers. Et Ryoko nous fait une fois de plus saliver en Ă©voquant de dĂ©licieux plats de saison (que je vous laisserai dĂ©couvrir dans le livre).

Mais comment concilier saisons et radioactivitĂ© ? L’ombre de Fukushima, d’Hiroshima, modifie le rapport au temps. Depuis Hiroshima, l’Ă©tĂ© est irradiĂ©, depuis Fukushima, le printemps l’est aussi. Mais ils ne peuvent pour autant devenir des « mots de saison » !

Les saisons commencent et finissent, ce sont des rencontres, des moments de notre vie. On les regarde partir avec tendresse, comme on regarde partir un ĂŞtre cher. Il y a aussi un mot pour cela en japonais : Omiokuri, raccompagner du regard. Si vous ĂŞtes allĂ©s au Japon, vous avez peut-ĂŞtre vĂ©cu cette scène Ă  la sortie d’un restaurant ou d’une boutique, la personne qui vous accompagne jusqu’au seuil de la porte puis vous salue encore et encore, vous regarde partir, vous couve de son regard bienveillant. Mais cela existe aussi chez nous. Ainsi, quand je me rends chez mes parents, ils restent toujours devant la maison quand la voiture s’Ă©loigne et agitent la main jusqu’Ă  ce que la voiture disparaisse.

Les saisons reviennent, mais entre temps, nous avons changĂ©, nous avons vieilli d’une annĂ©e … Un an, c’est le temps de passage des quatre saisons, c’est aussi le temps que Ryoko a passĂ© Ă  la Villa MĂ©dicis, et elle y a vĂ©cu chaque instant de chaque saison en sachant qu’il serait unique. Une sensation Ă©trange qui lui a permis de nous offrir ce livre dĂ©licat et merveilleux.

Chaque ligne nous parle, chaque mot nous touche. Je prends souvent des notes en lisant, et pour celui-ci, j’avais envie de noter chaque phrase !

Je ne peux que vous inviter Ă  plonger dans cette bulle temporelle ; elle a toutes les couleurs des saisons, toutes les saveurs, toutes les odeurs … Puis allez marcher dans la nature, allez manger ce qui vous fait plaisir, un plat de saison, un plat d’enfance, un plat qui vous est cher …

Tu rentres quand ? de Nagako Suzuki : la douceur de l’automne

Voici un livre idĂ©al pour ces vacances d’automne, Ă  lire en famille après une promenade en forĂŞt !

La petite NoĂ©mie a dĂ©cidĂ© de prĂ©parer un gâteau au potiron avec sa maman, car aujourd’hui c’est l’anniversaire de papa ! Elle est très appliquĂ©e et le gâteau orange est vite enfournĂ©. Elle part ensuite chercher dans la montagne juste Ă  cĂ´tĂ© de la maison de quoi le dĂ©corer : kaki, myrtilles, glands, noisettes, et mĂŞme un joli bouquet de feuilles mortes de toutes les couleurs. Une fois le gâteau dĂ©corĂ© et placĂ© sur la table du kotatsu, la petite fille attend patiemment (avec son petit chien, prĂ©sent dans chaque illustration).

Mais papa tarde Ă  rentrer. La petite fille vĂ©rifie la chaleur du gâteau en mettant ses doigts dedans … oups, deux petits trous ! Elle pose deux glands pour les cacher. Dès qu’elle entend un bruit, elle se prĂ©cipite pour voir, mais ce n’est que le facteur ou la voisine ! Papa tĂ©lĂ©phone, son train a eu du retard. NoĂ©mie ne rĂ©siste pas, elle mange quelques petits bouts du dĂ©licieux gâteau. Il est plein de trous ! Heureusement, maman l’aide Ă  rĂ©parer les dĂ©gâts, et voilĂ  le gâteau lune transformĂ© en visage de papa !

La neige commence Ă  tomber. Papa arrive enfin … L’heure d’un gros câlin !

Les illustrations automnales sont superbes, chaque page nous ramène au cĹ“ur de cette belle saison. On n’a qu’une envie après l’avoir lu : aller dans la forĂŞt admirer les couleurs et ramasser de quoi dĂ©corer un bon gâteau au potiron !

Les dessins sont doux, ronds, le crayonné appuyé renforce le côté enfantin et donne une dimension intemporelle et universelle à cette  tendre histoire.

Un petit concentré de bonheur à partager sans modération !

Les dĂ©lices de Tokyo de Durian Sukegawa : sucrĂ© et tendre …

Si vous cherchez un livre mĂŞlant poĂ©sie, douceur, partage, gourmandise … et bien d’autres mots qui font du bien, celui-ci est fait pour vous. Et si vous avez vu le film et vous demandez si le livre mĂ©rite la lecture, lĂ  encore, foncez !

J’avais vu le superbe film de Naomi Kawase (avec la formidable regrettĂ©e Kiki Kirin), j’avais Ă©tĂ© très Ă©mue, mais je ne m’Ă©tais pas plongĂ©e dans le livre, prĂ©fĂ©rant garder mes Ă©motions intactes. Puis il y a quelques semaines, une amie m’a offert le livre et je me suis dit « pourquoi pas ? ». J’avais « digĂ©rĂ© » le film et j’estimais que je pouvais dĂ©sormais me lancer dans la lecture. Et j’ai Ă©tĂ© enchantĂ©e ! Toute la poĂ©sie, la finesse, la dĂ©licatesse, la lumière de Naomi Kawase se retrouvent dans les mots de Durian Sukegawa. On s’attache avec autant de plaisir Ă  SentarĂ´, qui fait ses dorayaki  dans son tout petit commerce, suant sur sa plaque, utilisant de la pâte de haricots industrielle, prenant peu de plaisir Ă  son travail, essayant juste de rembourser une dette (dont on comprend l’origine petit Ă  petit, au fil de la lecture). Et on est touchĂ© par la « petite » Tokue, une vieille dame qui sait « Ă©couter la voix des haricots » et dĂ©barque pour aider SentarĂ´ dans son entreprise. Elle travaille beaucoup, sa pâte est dĂ©licieuse, les clients sont ravis, les lycĂ©ennes (qui y ont leurs habitudes) adorent ! Mais Tokue a un secret, une maladie qui a dĂ©formĂ© ses mains … Comment rĂ©agiront SentarĂ´, Wakama, la jeune lycĂ©enne curieuse et attachante, la propriĂ©taire (qui surveille les comptes et Ă©coute tout ce qui se dit dans le quartier), et les clients de la boutique ?

Tout en dĂ©licatesse, l’auteur peint deux univers qui se rencontrent, deux personnes qui apprennent Ă  se connaĂ®tre : SentarĂ´ qui a fait de la prison, boit trop et garde des blessures familiales ouvertes, Tokue qui a vĂ©cu des choses très dures pendant une très grande partie de sa vie. Au fil des jours, des saisons, des cerisiers qui fleurissent, verdissent, perdent leurs feuilles, c’est la vie qui dĂ©file, entre passĂ©, prĂ©sent … et futur ?

Un livre très touchant, qui ravira les gourmands par ses descriptions tellement fines de la fabrication de la pâte de haricots rouges, mais qui pose aussi beaucoup de questions sur l’exclusion, l’intĂ©gration, la gestion des maladies contagieuses, mais surtout la rĂ©intĂ©gration des personnes touchĂ©es une fois le risque passĂ© … Et il y a du travail Ă  faire dans ce domaine !

Resteront le chant d’un canari, le goĂ»t d’un dorayaki et le vol des pĂ©tales de cerisier …

Kokoro de Delphine Roux : une nouvelle Ă©dition illustrĂ©e

Kokoro est sorti il y a trois ans dĂ©jĂ . C’est un roman intime, touchant, que j’avais particulièrement apprĂ©ciĂ© et dont j’avais parlĂ© sur Journal du Japon. Voici ce que j’avais Ă©crit Ă  l’Ă©poque :

« Kokoro est le journal-dictionnaire intime de Koichi, un jeune homme qui « observe le monde en proximitĂ© »Â . Chaque chapitre s’ouvre sur un mot japonais, comme une Ă©tiquette sur un joli cadeau. (koke qui signifie mousse, matsu-attendre, ou negai-voeu le plus cher), pour Ă©voquer un moment, une sensation, un souvenir.

Koichi a une soeur, Seki, qu’il adore, mais qui a arrêté de sourire depuis que leurs parents sont morts alors que les deux enfants étaient en pleine adolescence. Seki s’est glacée. Elle s’est lancée dans les études, s’est maquillée, est partie à l’étranger, puis s’est mariée et a eu deux enfants. Elle noie son chagrin dans le travail, l’éducation des enfants, une image de façade qu’elle entretient jour après jour. Koichi, lui, a arrêté ses études, a vécu avec sa grand-mère adorée qui est maintenant en maison de retraite, n’a plus toute sa tête, mais adore les petites friandises que lui apporte son petit-fils chéri. Koichi vit entouré de souvenirs qui éclatent comme des bulles au fil des pages. Il les regarde de côté, comme pour ne plus avoir à souffrir. Son voeu le plus cher (il a peint en noir l’oeil d’un daruma pour qu’il se réalise) est que Seki retrouve le sourire. Lorsqu’il apprend que celle-ci ne va pas bien, il met toute son énergie et son envie, tapies au fond de lui, pour leur faire prendre un nouveau départ. Les mots ne seront pas nécessaires pour qu’ils se comprennent, se retrouvent.

Delphine Roux utilise des petites phrases sans fioritures, dans lesquelles l’émotion explose comme une boisson pétillante. Douceur et douleur se mêlent délicatement dans l’amour infini que porte Koichi à sa sœur et à sa grand-mère. Les souvenirs sont brillants comme la laque, moelleux comme un mochi. Les mots sont comme des poignées de sucreries semées au fil des pages, ces petits konpeitos qu’on fait rouler sous la langue. Au final, un tas de petites billes dans lesquelles se reflètent des moments précieux, et qui roulent de page en page pour arriver sur une île du sud du Japon.

Un livre doudou, un livre bonbon, un livre comme les wagashi, ces dĂ©licates pâtisseries japonaises : beau Ă  regarder, doux en bouche, pas trop sucrĂ©, juste fin, dĂ©licat … »

C’est un livre qui se suffit Ă  lui-mĂŞme, un livre dans lequel on plonge, mot après mot, ligne après ligne, page après page. Lorsque j’ai appris qu’il sortait cet automne en version illustrĂ©e, j’Ă©tais donc très mĂ©fiance, sceptique. Pour moi, des illustrations gâcheraient ces mots dĂ©licats, ces phrases minutieusement sculptĂ©es … Mais j’ai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surprise. QU Lan a offert au roman un habillage dĂ©licat, une tenue de dentelle aĂ©rienne, une esthĂ©tique douce, un charme un peu ancien, qui conviennent parfaitement Ă  l’univers de Delphine.

Les illustrations ne sont pas prĂ©sentes lourdement Ă  chaque page, elles prennent diffĂ©rentes formes et crĂ©ent une ambiance douce, qui fait Ă©cho aux mots de façon très harmonieuse. Ce sont parfois des peintures de scènes du quotidien (un homme face Ă  son frigo, une fille qui se maquille, une famille heureuse partageant un bain), parfois de très beaux paysages extĂ©rieurs (deux silhouettes sous les Ă©rables, au bord de la mer, un homme en vĂ©lo dans la ville ou sous la pluie Ă  la campagne), parfois simplement des petits Ă©lĂ©ments parsemĂ©s au fil des pages (un daruma, une pâtisserie), et mĂŞme des traces de vĂ©lo ou des oiseaux le long d’un fil ou s’envolant dans le ciel.

Une nouvelle façon de découvrir ou redécouvrir ce livre délicat !

Presto et Mollo explorent la grotte Ronzzz : l’imaginaire sous la couette !

Voici un livre qui va emmener vos petits très loin tout en restant bien au chaud sous leur couette !

Presto est un chien qui aime le mouvement, aller de l’avant, explorer … tandis que son ai Mollo le singe est plus mou, timorĂ© et aime surtout dormir.

Les deux amis sont ensemble, probablement pour une sorte de soirĂ©e pyjama (comme on peut les voir sur la première page du livre, oĂą figure le titre, l’un en tenue rayĂ©e, l’autre avec des pois, et chacun un oreiller sous le bras). On les dĂ©couvre au dĂ©part dans le noir total, avec juste deux paires d’yeux qui brillent (comme dans les dessins animĂ©s, vous voyez sĂ»rement très bien la scène). Presto est tout excitĂ©, il essaie de faire peur Ă  Mollo en jouant avec la lampe torche. Mais Mollo n’a pas peur, il trouve juste que la lumière donne Ă  la couette une allure de grotte.

Il n’en fallait pas plus pour que Presto commence Ă  imaginer une histoire autour de cette grotte ! Il la dĂ©crit : au fin fond d’une rĂ©gion sauvage, cachĂ©e derrière les lierres et le feuillage … Et voilĂ  le paysage qui prend vie sous les yeux du lecteur. Les deux amis revĂŞtus de leur tenue d’aventurier (avec chapeau et sac Ă  dos) y entrent. Mollo traĂ®ne des pieds. Il fait noir mais ils avancent en longeant les parois Ă©troites. Monter, descendre, escalader, tourbillonner.

Puis ils arrivent au bord d’une rivière souterraine. Mollo n’attendait que cela pour rebrousser chemin. Presto trouve qu’il manque cruellement d’imagination. Car mĂŞme s’il ne sait pas nager, il peut imaginer qu’ils ont emportĂ© un canot … Mais c’est trop dur d’en porter un dans cette grotte, non ? Et si c’Ă©tait un canot gonflable ? VoilĂ  l’histoire relancĂ©e. Ils naviguent sur la rivière dans ce fameux canot, mais le courant s’accĂ©lère et ils tombent Ă  l’eau. Mollo est emportĂ© par le courant, Presto se retrouve seul, il a perdu sa lampe, tout est noir. Quand soudain : Ronzzz Ronzzz … Quel grondement terrible ! Pour la première fois depuis le dĂ©but de l’aventure, Presto a peur, il ferme les yeux. Puis il prend son courage Ă  deux mains et se dirige vers la source du bruit. C’est Mollo qui s’est endormi et ronfle Ă  pleins poumons. La suite de l’histoire sera donc pour un autre soir !

Un livre qui met en scène deux amis dans une chambre, avec une couette et une lampe de poche … Le dĂ©but d’une grande aventure superbement illustrĂ©e, avec des couleurs sombres, Ă©paisses, qui donnent de la profondeur Ă  la grotte, du corps, de la puissance Ă  l’histoire que les deux compères se racontent.

Un livre qui rappelle que l’imagination est infinie et que le bonheur se trouve dans « on dirait qu’on serait … ». Chacun peut s’inventer un univers, des aventures merveilleuses, juste en se cachant sous la couette, avec une lampe torche, un ami, ou un bon livre !

N’hĂ©sitez pas Ă  lire se livre Ă  deux, et Ă  lancer ensuite une idĂ©e, un mot, un dĂ©but d’aventure … Votre enfant sera alors ravi de poursuivre et de vous emmener dans son univers fantastique ! (Mais peut-ĂŞtre qu’en fermant le livre, ce sera lui qui commencera une aventure en lançant quelques mots).

Un livre qui fait du bien et qui rappelle qu’il suffit de presque rien pour s’Ă©vader très loin !

La maison sous-marine aux 100 Ă©tages de Toshio IWAI : une poupĂ©e chez les animaux marins

Après La maison aux 100 étages qui faisait visiter au jeune lecteur le monde aérien, puis La maison souterraine aux 100 étages qui le faisait creuser sous la terre pour y découvrir tous les animaux qui y vivent, Toshio IWAI emmène cette fois son lecteur curieux dans le monde sous-marin.

Le format est toujours le mĂŞme : bien grand, tout en longueur, et qui s’ouvre Ă  la verticale pour plonger de plus en plus profondĂ©ment dans un univers merveilleux ! Un format et une prĂ©sentation qui sortent de l’ordinaire et plairont beaucoup aux petits.

Tout commence sur un grand bateau. Une petite fille tient contre elle sa poupĂ©e, Ten, et donne Ă  manger Ă  une mouette. Celle-ci donne un grand coup d’aile et la poupĂ©e tombe Ă  l’eau. Pendant qu’elle s’enfonce dans l’eau, ses vĂŞtements, collier, bracelet, sac, nĹ“ud dans les cheveux, et mĂŞme cheveux sont emportĂ©s dans le tourbillon qui l’attire de plus en plus loin. Ten n’est plus qu’un corps de chiffon, mais elle est bien dĂ©cidĂ©e Ă  retrouver tous ses vĂŞtements et accessoires puis Ă  remonter Ă  la surface si possible !

Sous les bulles du tourbillon, elle découvre une maison. Une famille de loutres y habite. Chaque pièce permet de découvrir une scène de leur vie quotidienne : loutre aux toilettes, loutre qui fait la cuisine, loutres qui mangent, et même maman loutre qui berce un bébé loutre blotti dans les cheveux de Ten ! Bébé est tellement heureux que Ten échange bien volontiers ses cheveux contre des algues. Les 10 étages de la maison des loutres visités, la poupée descend dans les étages suivants.

Dizaine d’Ă©tages après dizaine d’Ă©tages, elle dĂ©couvrira tour Ă  tour la maison des dauphins, des Ă©toiles de mer, des pieuvres, des hippocampes, des murènes, des mĂ©duses, des crabes, des grandgousiers (vous savez, ses poissons des fonds marins qui ont comme une lanterne qui pend devant leur tĂŞte), et enfin les bernard-l’ermite.

Chaque univers est merveilleux, colorĂ©, fantastique … La poupĂ©e y dĂ©couvre toujours un de ses objets utilisĂ© par un membre de la famille, et chaque fois elle le laisse en Ă©change d’autre chose. Elle finit donc par avoir une panoplie complète faite d’algues, de coquillages, d’Ă©cailles, de voile de mĂ©duse. Elle est une vĂ©ritable princesse des mers !

Et tout est bien qui finit bien : aidée par ses amis aquatiques, elle remontera retrouver la petite fille qui sera émerveillée de la retrouver ainsi métamorphosée !

C’est un livre d’une richesse infinie, chaque maison, chaque Ă©tage, chaque pièce, pourra donner lieu Ă  des Ă©changes entre parents et enfants, aussi bien sur le monde marin que sur le quotidien en famille. Les maisons sont pleines d’objets, de personnages mis en scène dans des situations tendres ou drĂ´les. Autant de petits dĂ©tails Ă  explorer lecture après lecture (sĂ»re que le petit lecteur dĂ©couvrira Ă  chaque fois des dĂ©tails nouveaux).

Cet univers coloré sera assurément parfait pour accueillir les rêves des enfants juste après la lecture !

Un classique Ă  dĂ©couvrir dans ses diverses dĂ©clinaisons, pour renouveler l’Ă©merveillement dans l’eau, la terre ou le ciel !

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