Les Feux de Shôhei Ôoka : l’humain à l’épreuve de la guerre

1945, l’armée japonaise est en pleine débâcle aux Philippines. Le soldat Tamura, atteint de la tuberculose, est un poids pour son régiment et se retrouve rapidement à errer entre plaines et monts à la recherche de nourriture pour survivre. C’est le récit de ces mois d’errance que l’auteur nous livre avec un réalisme saisissant, jusqu’à la nausée. Mais c’est également des pages magnifiques où l’horreur se mêle à la poésie, où l’homme poussé au bord de la mort croit retrouver la vallée de son enfance dans une vallée philippine, où il réfléchit à la présence de Dieu lorsqu’il repère la croix d’une église dans un petit village au bord de la mer.

Ce n’est pas un livre facile, on a souvent envie de fermer, de dire stop, on n’en peut plus de sa souffrance, de la folie qui le guette, de la soif, de la faim, des sangsues qu’il mange pour survivre, des mouches qui s’immiscent dans les moindres muqueuses des soldats pas encore morts, des cadavres gonflés et de l’odeur qui s’en dégage, des amis dont il faut se méfier, des ennemis qu’on n’a pas choisis …

Un récit halluciné, écrit avec les tripes, douloureux mais indispensable !

Ce livre devrait être lu partout et par tous, il montre la guerre dans sa plus totale absurdité. Des soldats qui n’ont jamais demandé à arriver sur ce territoire tropical hostile, qui ne comprennent pas où ils doivent aller, qui souffrent du Béri béri et autres maladies qui en laissent bon nombre sur le bord de la route, la tête plongée dans une rigole où ils cherchaient quelques gouttes d’eau à boire. Et lorsqu’un point de ralliement est nommé, le rejoindre ressemble à un parcours piégé, entre ennemi philippin et ennemi américain. Un jeu de massacre terrible et des vies fauchées par milliers.

Tamura essaie de survivre. Il a bien rencontré quelques soldats qu’il pourrait nommer amis, Yasuda dont le fils de 17 ans est pilote et avec lequel il aimerait mourir, Nagamatsu fils illégitime d’une bonne (on se confie quand on n’a rien d’autre à faire), souffrant du Béri béri, qu’il retrouvera à plusieurs reprise. Mais dans ce bourbier, c’est au final chacun pour soi, la survie autant que possible.

C’est dans les collines qu’il apprend à se nourrir de ce qu’il trouve, maïs, patates douces crues (le feu est un luxe difficile à trouver), sel (le plus précieux des aliments), et eau … mais aussi toutes sortes de plantes et d’insectes.

Mais quand la nourriture manque, jusqu’où sera-t-il prêt à aller ? Perdra-t-il ce qu’il lui reste d’humanité ?

Plutôt que d’entrer dans le détail du livre (qui est un « journal d’un fou » comme le dit le narrateur, écrit lorsque, survivant, il a enfin pu poser ses mots en sécurité dans un hôpital), je préfère vous citer des passages pour que vous vous rendiez compte de la force de ce texte (qui vous hantera longtemps après sa lecture).

La beauté malgré l’horreur :

« Il faisait sombre dans le bois, et le chemin était étroit. Des buissons de plantes inconnues, recouverts de vrilles de lierre entremêlés, comblaient l’espace délimité par de grands arbres dressés semblables à des chênes. Les feuilles mortes des tropiques qui tombent indépendamment des saisons et qui recouvraient le chemin étaient souples sous mes chaussures. Dans le calme ambiant, les feuilles qui venaient de tomber craquaient comme sur les chemins de Musashino. Je marchais tête baissée.
Une étrange pensée me traversa l’esprit. J’empruntais ce chemin pour la première fois de ma vie, et je ne l’emprunterais sans doute jamais plus. Je m’arrêtai, regardai autour de moi.
Ce n’était pas extraordinaire. Il n’y avait là que de paisibles arbres à larges feuilles qui ressemblaient en tout point à ceux de mon pays – tronc élancé, branches épanouies, feuilles pendantes -n, et la seule différence était que je ne connaissais pas leur nom. Ils s’étaient toujours trouvés là, bien avant mon passage, et ils y resteraient sans doute toujours, indépendamment du fait qu eje passe ou non. »

Vivre et mourir :

« S’il y avait la moindre parcelle de vérité dans l’hypothèse selon laquelle les émotions de la vie quotidienne plongeraient leurs racines dans la possibilité qu’ont les choses de « pouvoir se répéter » à l’infini, sentir que j’avais déjà fait ce que je faisais alors n’était-il pas en quelque sorte une perversion de l’esprit de le « refaire encore une fois » ? Une vie placée dans des conditions telles qu’il n’existe aucun espoir de « répétition » dans l’avenir ne rejette-t-elle pas ces possibilités dans le passé ?
Que la « fausse réminiscence » fût le fait de la fatigue ou d’un quelconque malaise, ce n’était pas parce que la vie avait cessé d’avancer. N’était-ce pas plutôt parce qu’on avait perdu tout intérêt à la vie quotidienne et qu’au contraire l’espoir de répétition inhérent à la vie se révélait à cette occasion ?
Je ne pensais pas que cette métaphysique improvisée fût fondée, mais en tout cas, cette découverte me satisfaisait. Elle me rendait même fier, en ce sens qu’elle me confirmait que j’étais vivant.

Je n’avais plus vraiment peur de la clarté de la plaine qui m’entourait. Les gens comme mon moi passé répétaient leur vie. Mais mon moi présent se dirigeait vers la mort et ne répétait rien. Cette certitude m’emplit d’une certaine audace. »

Les cadavres partout :

« Il y avait des cadavres partout. Du sang et des viscères tout frais brillaient sous le soleil succédant à la pluie. Des bras et des jambes déchiquetés avaient roulé dans l’herbe comme les morceaux d’un pantin désarticulé. De vivant et qui bougeait, il n’y avait que des mouches. »

Manger :

« La faim comme la difficulté à trouver de la nourriture ne me posaient pas de problème. L’homme peut manger n’importe quoi. J’arrachais pour les manger toutes sortes d’herbes, qu’elles fussent amères ou coriaces, dans la mesure où des traces de morsures d’insectes m’indiquaient qu’elles n’étaient pas vénéneuses.
Il plut, et les parties exposées de mon corps alors que je dormais sous les arbres furent la proie des sangsues de montagne. Je mangeai donc les jolies petites bêtes couleur d’herbe et à la tête aplatie qui s’étaient gorgées de mon sang. »

Et une phrase qui dit tout de l’épreuve vécue :

« Les hommes qui n’ont pas connu la guerre sont encore des enfants. »

Courrez acheter ce livre en librairie … La guerre est absurde et cruelle où qu’elle se passe … Ce livre en est le meilleur témoignage !

Souvenirs de la mer assoupie de Shin’ya Komatsu : mer et imaginaire

Voici le livre idéal pour les vacances : la mer, les petits villages méditerranéens, la sieste, et le surréalisme avec de magnifiques histoires de phares qui marchent, de billes de verre créées par les vagues, de parapluie sauteur pour voler dans le ciel, de siestacés (des coquillages qui projettes leurs rêves sous forme de mirages).

Ce manga dans les dégradés de bleu met en scène la charmante Lisa (qui fait penser à Alice aux pays des merveilles) qui habite à Cap Vendredi. Ses aventures se succèdent au fil des chapitres.

Elle a trouvé un violon de verre sur la plage d’Aoûtia, là où viennent échouer les objets du monde entier. Elle vit avec sa grand-mère et a pour amie Monako. Elle adore aller boire de la limonade (ramune avec une bille dedans) chez le vendeur magicien qui lui raconte que ces billes sont les gouttes des vagues qui se figent les jours de pleine lune. Et rien qu’en regardant à travers sa bille de verre, Lisa se met à rêver qu’elle nage dans la mer.

Elle s’émerveille devant le parapluie sauteur d’un jeune garçon (qui l’appelle son Jet Swallow). Le garçon offre aux fillettes des vents trouvés au distributeur automatique de vent. Et il poursuit son tour du monde sur son drôle d’engin.

Quand Lisa prend le tram pour rendre un livre à la bibliothèque et rate son arrêt, elle arrive à l’île du Roupillon. Les siestacés projettent leurs mirages dans la ville, et un peintre les met sur ses toiles.

Lorsqu’elle va au phare avec son amie, elle joue du violon, ce qui réveille le phare qui se met à bouger. Avec ses pieds, il se promène, prend même une passagère sur le chemin. Puis il se perd … et demande de l’aide à un confrère pour finalement retrouver son cap et éclairer la mer à la nuit tombée.

Un jour, la lune s’approche très près de la terre, l’eau monte et les habitants doivent quitter Cap Vendredi. Ils se réfugient dans les falaises. Dans la ville submergée, Lisa rencontre Silaria, une jeune fille avec un masque de plongée. Elle est venue pour récupérer son violon grâce à un sous-marin. Elle habite en effet Apollinaris, une ville au fond de la mer (une légende bien réelle finalement … Lisa en a tellement entendu parler !). Silaria lui offre des animaux marins sculptés dans des perles de mer.

Un vrai voyage dans un univers merveilleux qui ravira les adultes et les enfants rêveurs !

En fin de livre, de drôles et poétiques chroniques de la colline aux étourdis raconte le quotidien burlesque des habitants d’une colline : une fenêtre qui rêve et qui permet à l’habitant de la maison de découvrir un monde inconnu, des papillons qui prennent le train et descendent tous dans un arrêt en plein champ, un petit pilote d’abeille qui demande un ravitaillement en miel, le martin-pêcheur d’un tableau qui en sort pour manger des poissons dans un bocal, un professeur qui fait des expériences étranges (il crée un téléviseur végétal, fait grossir et exploser une brioche de viande et se retrouve à goûter les atomes), une fleur qui vogue sur la rivière et parfume les rêves des riverains. Des perles de poésie à contempler et savourer encore et encore !

Un livre ravissant à découvrir d’urgence !

La petite goutte de trop de Shinsuke Yoshitake : on a tous nos petits secrets embarrassants !

Une fois de plus, Shinsuke Yoshitake fait rire les enfants en dédramatisant les petits soucis du quotidien, qui peuvent parfois prendre des proportions énormes dans leur tête.

En l’occurence, le petit garçon qui raconte son histoire a un soucis : « J’ai comme qui dirait un léger problème de fuite ». Il fait toujours une petite goutte de trop quand il va aux toilettes. Il voit bien que ça énerve sa maman, mais une fois le pantalon remis, ça ne se voit pas … et puis ça finit par sécher. Il va donc se promener le temps que ça sèche.

Et comme souvent avec Yoshitake, le petit garçon réfléchit : les autres qu’il croise dans la rue ont-ils le même soucis que lui ? Mais lorsqu’il demande à un monsieur en costume de baisser son pantalon pour vérifier s’il a le même problème que lui, celui-ci est très agacé et part fâché. Mais pourquoi s’en cacher, pourquoi ne pas brandir fièrement son slip avec sa petite goutte en étendard ?

Le petit garçon poursuit sa quête. Il interroge une petite fille qui se tortille, mais elle a un autre problème, sa robe qui gratouille. Le garçon qu’il rencontre ensuite a un problème de chaussette qui pendouille, un autre a une tige d’épinard coincée entre les dents, une autre fillette a les manches de sa robe remontées sous son gilet. Et que dire de celui qui a « une crotte de nez qui gigote tout au fond de ses narines sans vouloir sortir » ! Tout le monde a son petit problème agaçant … mais personne ne semble avoir ce problème de petite goutte.

Il se rappelle alors son copain qui avait « la grosse goutte de trop », mais il a déménagé. Ils rigolaient bien ensemble de leur problème de goutte.

Lorsqu’il se décide enfin à rentrer car sa goutte a séché, il a tout de suite envie de faire pipi … et voilà, une nouvelle goutte !

Le petit garçon énervé va voir son papi, il lui fait part de son soucis. Le papi dédramatise : il suffit d’attendre que ça sèche, et puis ça ne se voit pas avec le pantalon … il lui avoue même que ça lui arrive aussi d’avoir une petite goutte de trop !

Quel soulagement ! Il repart tout joyeux avec son papi.

On retrouve tous les ingrédients qui font le succès des livres hilarants de cet auteur : les dessins simples mais très expressifs, le petit soucis d’un enfant qui le travaille beaucoup, ses réflexions, ses questions … et un humour qui permet de relativiser, de réaliser que chacun est différent, que chacun a ses soucis, mais surtout que rien de tout cela n’est vraiment grave et que les adultes ne sont pas sans soucis et petits défauts non plus.

C’est très drôle, ça décomplexe … Bref, ça fait du bien !

Adieu, mon utérus … de Yuki Okada : émotions

Je lis relativement peu de mangas, mais les éditions Akata ont toujours des choix hors des sentiers battus et souvent très touchants. Quand j’ai vu en librairie Adieu, mon utérus, j’ai immédiatement voulu le lire. Peut-être parce que je suis une femme, peut-être parce que la femme d’un collègue est morte d’un cancer du col de l’utérus, peut-être parce que c’est une angoisse qui rôde autour de beaucoup de femmes … En tous cas, je voulais voir comment un sujet aussi lourd pouvait être traité dans un manga.

Je voudrais vous dire …. Foncez, allez lire cette histoire difficile mais traitée avec émotion, sensibilité, et beaucoup d’humour (indispensable pour rendre la lecture moins pesante) ! Vous passerez des larmes au rire, de la douleur à la douceur.

Tout commence plutôt bien dans ce manga autobiographique : la jeune femme de 33 ans est mariée, a une adorable petite fille de 2 ans, exerce, comme son mari, le métier qu’elle aime, mangaka. C’est juste parce que ses cycles sont anarchiques qu’elle va consulter son gynécologue. Et immédiatement, les examens s’enchaînent, et le mot tombe : cancer. Un choc, une impression de flottement, d’absence. Heureusement, elle peut compter sur sa maman pour l’accompagner aux examens, pour gérer sa petite fille, pour faire en sorte que tout ne s’écroule pas. Elle, elle tente de ne pas trop réfléchir, elle joue sur ses consoles en attendant les prochaines échéances.

L’opération est planifiée, de médecin en médecin (caricaturés de façon rigolote, celui qui a le visage qui brille, celle qui est rondelette, franche, directe et finalement une alliée précieuse dans la lutte), d’examen en examen, le cancer devient concret : stade, taille etc. Le parcours est décrit très précisément, même les examens sont dessinés, les sensations, les douleurs décrites, toujours avec un humour bienvenu ! La douleur post-opératoire est là elle aussi, très forte, qui tord le corps et l’esprit. Le dessin parle de lui-même. Rien n’est mis de côté, on voit les tuyaux, le masque à oxygène, la sonde urinaire … et même l’utérus retiré qui est montré à la famille !

Le manga est aussi passionnant dans la description des personnes qui entourent la jeune femme. Il y a son amie admirable qui l’encourage, lui fait voir plus loin, la vie d’après l’opération, qui appelle le cancer « pitchoune ». Il y a les autres femmes hospitalisées, chacune avec son parcours, son histoire, ses opérations, ses traitements, entre nausées, pertes de cheveux, douleurs, récidives. Elles ont chacun leur caractère, et au final forment une tribu qui se soutient dans les épreuves. Et il y a la famille : la maman omniprésente (mamounette, parfois accompagnée de son mari), la tante toujours sur le côté pratique (réflexe d’infirmière), et bien sûr le mari mangaka qui prend des congés quand elle est hospitalisée, pour se consacrer totalement à sa fille (autre personnage important du manga, tout en rondeur, en douceur, en pleurs parfois). Au début, comme tout papa qui s’occupe peu de sa fille au quotidien (il reste souvent dormir au bureau pour finir ses planches de manga), il est un peu perdu, mais il s’adapte et comprend la charge de travail que cela représente pour sa femme. La petite fille, elle aussi, grandit, s’adapte. Au final, c’est un parcours difficile, mais qui se vit plus facilement grâce à l’entraide, au soutien entre toutes ces personnes, avec beaucoup d’amour et de bienveillance.

Côté dessin, j’ai adoré le graphisme. L’héroïne, avec ses cheveux noirs coupés au carré, ses grands yeux qui la font ressembler à une poupée, a un côté très enfantin dans ses postures et ses réactions. Les autres personnages sont très facilement identifiables et on s’attache à eux également. L’univers hospitalier est dessiné avec précision : lits, rideaux, plateaux repas, couloirs, salles d’attente, salle d’opération (scène mémorable quand elle la découvre !). Les textes sont très nombreux : les dialogues bien sûr, mais aussi beaucoup de bulles souvent cerclées de traits noirs pour les émotions, les pensées de la narratrice, ses doutes, ses angoisses, ses interrogations. Et le contraste entre ce qu’elle dit et ce qu’elle pense est parfois saisissant. Il permettra aux lecteurs de se mettre à la place de la malade, de comprendre par quelles angoisses elle passe … C’est très éclairant et inspirant pour tous ceux qui accompagnent des proches dans la maladie !

Un livre très émouvant, avec beaucoup de tendresse et d’humour, à mettre entre toutes les mains !

Le shintô, la source de l’esprit japonais d’Emiko KIEFFER : un livre simple pour comprendre le shintô et son imprégnation dans la vie quotidienne des Japonais

Il existe quelques livres sur le shintô, mais il est parfois difficile de rentrer dans des explications très intéressantes mais compliquées.

Donc si le shintô vous intéresse mais que les livres d’experts vous font peur, celui-ci vous permettra de comprendre cette religion ancestrale du Japon avec clarté et accessibilité.

Emiko Kieffer, qui est japonaise et vit en France depuis 1999, vous expliquera ce qu’est le shintô, ses origines, ses rituels, ses implications dans la vie quotidienne des Japonais. C’est simple, limpide, tout en étant complet et très instructif. Vivre dans un monde « non shintô » (en France), lui a permis de comprendre comment l’expliquer au plus grand nombre.

Le livre est une succession de petits paragraphes, chacun expliquant une notion importante du shintô. Chaque notion, chaque mot est expliqué en toute simplicité et tout devient beaucoup plus clair pour celui qui ne connaît du shintô que le nom, voire un ou deux sanctuaires visités lors d’un voyage au Japon.

Avant tout, le shintôt n’a pas de doctrine. Et Emiko de citer Jean Herbert : « J’ai rencontré plus d’un millier de prêtres shintô et de shintôïstes, et aucun ne m’a dit la même chose. Dans le shintô, les gens ne tiennet pas tous le même discours. Ils n’éprouvent ni le besoin ni l’obligation de parler de la même façon. »

Le shintô est né de peuplades amalgamées, d’une biodiversité très riche. Une foi native dont le mot signifie « Voie des kami ». Traduit vulgairement par « dieu », le kami n’est pas un dieu absolu, il ne nous ordonne rien, il nous protège généreusement, mais peut également se montrer effrayant. Les kami sont innombrables (on dit huit millions). Un humain ordinaire peut devenir un kami, un animal aussi. Un kami est une âme-esprit, élément de la nature, ancêtre.

Beaucoup de chapitres sont consacrés aux lieux sacrés, aux jinja (sanctuaires). Le principe est que le kami vient puis repart. Le lieu sacré peut être une roche, un arbre. On fait des offrandes, il existe des objets pour attirer le kami. Emiko explique également le torii, le chemin sur les bords duquel il faut cheminer, les cordes et les papiers, les prêtres qui officient. Elle évoque les forêts sacrées, les montagnes sacrées.

Les rituels sont expliqués : dans les jinja, mais aussi à l’extérieur (lors des matsuri), à différentes périodes (nouvel an, printemps pour la bonne fertilité, automne pour la gratitude pour les récoltes), Obon pour le retour des ancêtres. Elle explique même qu’il existe des rituels pour les animaux de laboratoire morts dans les universités, pour les termites (par une entreprise d’insecticides). Et il est même question d’espace avec la sonde spatiale japonaise dont vous découvrirez l’histoire dans ce livre !

Il est ensuite question de morale shintô. Tsumi (qui peut être maladroitement traduit par notre péché, envers la nature ou à l’intérieur de la société), kegare (souillure, impureté), harae (nettoyage, purification par le sel, le feu, la baguette de bois et papier tenue par le prêtre), misogi (ablutions). Quatre éléments moraux se trouvent dans le shintô : la pureté (jô), la luminosité, la gaieté (myô), la justice, la droiture (sei) et la naïveté, l’honnêteté (choku).

Dans cet ouvrage, le lecteur découvre également les kami les plus connus, le sanctuaire d’Ise, l’île sacrée de Okino-shima. Une brève histoire de l’origine du shintô est livrée au lecteur (Kojiki), les éléments de base que le lecteur pourra ensuite approfondir dans d’autres ouvrages dédiés.

Des informations pratiques permettent au futur voyageur de savoir comment se comporter dans un sanctuaire, quels gestes faire.

Le livre se finit sur l’évolution du shintô dans un monde qui change : mondialisation, destruction de la nature, catastrophes naturelles …

Un livre très accessible qui permettra au plus grand nombre de comprendre les bases du shintô qui intrigue et fascine, qui est essentiel pour comprendre la culture et le peuple japonais.

Les jours heureux d’Antoine Dole et Seng Soun Ratanavanh : fleurs de cerisier et manque d’un être cher

Attention, vous allez tomber amoureux de ce livre !

Il réunit deux grands talents : Antoine Dole qui avait déjà écrit de très belles histoires autour de Hanami (contemplation des fleurs de cerisier au printemps) dans Ueno Park (à lire et faire lire à vos ados !). Je le présentais il y a quelques temps dans Journal du Japon. Nous retrouvons ici cette même sensibilité, cette approche de l’humain entre fragilité et force, entre tristesse et capacité à rebondir, aller de l’avant. Les mots sont réunis en haïkus : frère et sœur, danse et cœur, pétales et nuages, l’instant comme maison, rêves dans les branches … L’émotion en quelques mots. Le blanc entre les haïkus, le silence du recueillement.

Si le texte seul est une splendeur, les illustrations de Seng Soun Ratanavanh le subliment, le magnifient, l’entourent d’amour et de beauté, de rose, de vert, de vie ! J’adore cette illustratrice depuis que je me suis plongée dans ses Miyuki, une petite Poucette qui vit avec son grand-père dans un royaume végétal merveilleux. Ces grands livres sont toujours avec moi, bien que mes enfants soient maintenant très grands (en âge et en taille !). Plus que des livres, ce sont des compagnons, des remèdes à la morosité, à la grisaille, des feux d’artifice pour les yeux et le cœur. Si vous les connaissez pas, foncez chez votre libraire ! J’en ai parlé sur le blog et sur Journal du Japon si vous voulez vous faire une idée … mais le mieux est d’aller les voir en librairie !

Mais revenons à ce beau livre débordant de fleurs ! Dès l’ouverture, on tombe sur une pluie de fleurs et de pétales blancs sur fond rose … avec des fleurs couleur bois, car Seng Soun Ratanavanh a peint sur du bois, et tout au long du livre, des parties « brutes », non peintes, apparaissent, pour mieux montrer le manque « présent » au fil des pages. Un daruma accueille ensuite le lecteur avec ce titre « Les jours heureux ».

Nous découvrons Yuko, adorable petite fille aux cheveux noirs et qui a revêtu son plus beau kimono. Elle guette à sa fenêtre les premiers signes du printemps. Il arrive et se répand sur tout le Japon, avec ses myriades de fleurs roses. C’est un rendez-vous qu’elle ne manquerait pour rien au monde, tout comme son petit frère Sora qui saute sur son dos pour aller fêter Hanami ! Ils sortent et les rues dévoilent une belle plaque d’égout (si vous êtes allés au Japon, vous avez sûrement remarqué ces plaques décorées superbes !), une boutique de masques plus ou moins drôles ou effrayants. Puis ils arrivent au parc et s’installent sous un cerisier pour déguster leurs bentos : onigiri panda, hanami dango … petits plaisirs gourmands de saison ! Et le souvenir d’une famille heureuse sous les cerisiers. Yuko accroche une bandelette de papier à une branche, un rêve de revoir celle qui n’est plus. L’émotion est forte, et pour que le chagrin ne soit pas trop lourd, on le dépose dans une petite barque faite de feuilles, qui partira au loin. Un jizo, une pensée pour la disparue, une larme, une photo près d’une kokeshi. Et une pluie de pétales et de papillons pour sentir l’amour et la vie qui est partout !

Ce livre permet d’évoquer en douceur le deuil, le manque. C’est à travers toutes les petites touches de bois brut qui parcourent le livre, comme un vide, un espace creux, une blessure, une douleur, que cette absence est évoquée … C’est parfois un objet, un insecte, un oiseau, même l’ombre des deux enfants qui « manque », mais ce n’est pas noir, ça ne déteint pas, n’abîme pas, c’est là, c’est tout. Il faut apprendre à vivre avec, à ne pas le laisser envahir tout l’espace. Comme le dit l’auteur lorsqu’il parle de ce livre : « Ceux qui nous quittent nous laissent leur force et leur amour. C’est là, au-dessus de nos têtes. Un bonheur à saisir. Une chance à se donner. C’est l’idée que demain, comme les fleurs d’Hanami, et malgré ses douleurs, notre cœur pourra recommencer à battre et éclore à nouveau. »

Un livre à offrir ou à s’offrir, à lire en famille, à admirer page après page (et une belle occasion de découvrir beaucoup d’éléments de la culture japonaise magnifiquement dessinés), une ode au printemps et à la vie !

L’esprit du haïku suivi de Retour sur les années avec le maître Sôseki de Torahiko TERADA

Voici un petit livre charmant qui permet de comprendre l’esprit du haïku et plus profondément l’esprit japonais dans ce court poème, mis en mots et en explications par Torahiko Terada pour que les Occidentaux tentent de l’approcher et de le comprendre … un peu.

Car le pouvoir évocateur des mots présents dans ces poèmes est plus fort chez les Japonais. Ainsi les kigo, expressions clés, mots de saison, « loin d’être de simples termes de météorologie, sont des essences qui résument et condensent en elles à l’extrême d’innombrables phénomènes qui s’étendent à l’infini dans l’espace et dans le temps, et aussi bien toutes sortes de strates de l’activité humaine, physique ou spirituelle, qui sont liées à ces phénomènes. Et quand nous voyons ou entendons ces expressions, cette formidable substance se trouve comme convoquée et rendue, d’un seul coup, dans toute sa présence, comme sous l’effet de formules incantatoires. »

Cela s’explique probablement par le sens de la nature : « ce sens fait que notre subjectivité entre en symbiose avec les éléments de la nature, s’absorbe en eux, et que de là naît un agencement, un entrelacs entre la nature et l’homme. Sans un tel agencement, une telle magie serait impossible. » Et ces mots que l’on trouve dans les recueils de poésie les plus anciens ont « le pouvoir de mettre le feu à l’imagination et à son réseau d’associations, en ranimant toutes les traditions dont nous sommes héréditairement porteurs. »

Il livre aussi des explications passionnantes sur la structure 5,7,5 du haïku : « Le premier vers étant court, il marque une pause qui donne le temps de réfléchir et de goûter le sens de ce qui se forme, pour ensuite, comme par une sorte de fermentation, laisser deviner ce qui va suivre. »

Un simple haïku de Bashô

Averse printanière
des gouttes suintent par le toit
là où s’étaient nichées les guêpes

prend sous la plume de TERADA une toute autre dimension (humain, animal … je vous laisse découvrir cela dans le livre).

La pratique du haïku permet une distance de soi avec soi et prend une dimension spirituelle.

Apprendre à composer des haïkus, c’est aussi une façon de faire sien l’esprit propre au peuple japonais.

Retour sur les années avec le maître Natsume Sôseki est un témoignage intéressant d’un ancien élève (qui a connu Sôseki comme professeur au lycée) qui se prit de passion pour cette forme de poésie et se mit à en écrire et à les envoyer au maître (qui parfois joignait les siens à ceux de son élève pour envoyer le tout à un des grands noms du haïku, Shiki). C’est voir des années d’amitié défiler  entre correspondances quand Sôseki est à Londres, réunions animées dans la maison du maître, arrivée brutale de la célébrité avec la parution de Je suis un chat. C’est aussi évoquer un Sôseki féru de sciences, passionné de peinture, calligraphe de talent. Puis un homme affaibli par la maladie mais toujours curieux et passionné. Un récit tout en émotion, partage, passion, humour … un portrait qu’aurait probablement apprécié le maître !

Une lecture mêlant légèreté et profondeur, un petit livre très agréable à lire !

Tokyo : deux guides et un livre pour enfants

Si vous envisagez d’aller bientôt à Tokyo, je vous propose une petite sélection d’ouvrages pour vous accompagner dans votre découverte, seul, en couple, en famille ou entre amis. Des livres pour les curieux, les gourmands, les enfants …

Soul of Tokyo, guide des 30 meilleures expériences

Dès les premières pages, le cadre est posé : on ne trouvera pas dans ce guide le 06 de l’office du tourisme de Tokyo, ni la traduction japonaise de « prendre un ticket de métro », et encore moins la liste des médicaments à emporter, mais on trouvera le 06 du meilleur sushi de Tokyo, la traduction japonaise de « prendre un bain de forêt », le cocktail de notre vie, le meilleur massage de tête, la plus petite librairie et bien d’autres adresses originales.

« Car ce guide n’est pas fait pour ceux qui viennent pour la première fois à Tokyo, mais la deuxième. Ceux qui veulent pousser ses portes secrètes, capter les battements de son cœur, phosphorer ses moindres recoins pour atteindre son âme. »

Les fondatrices de My Little Paris emmènent en effet le lecteur futur voyageur dans des lieux originaux, colorés, animés, où nourrir corps et esprit.

On aime ou on n’aime pas le style un peu bobo, mais on trouve au final de chouettes adresses qui donnent envie d’aller se perdre au fil des pastilles parsemées sur la carte.

Les trente (et une secrète) « expériences » sont décrites et surtout photographiées (ce que j’apprécie particulièrement car les photos sont très belles, on arrive à sentir l’atmosphère du lieu rien qu’en les regardant). Les informations pratiques sont données : adresse en français et en japonais, horaires, téléphone et mail, site internet, avec des petits symboles pour avoir une fourchette de prix, savoir si les interlocuteurs parlent anglais ou non, si c’est une adresse « traditionnelle » et si c’est « encore mieux en amoureux ». Les textes sont courts mais efficaces et quelques interviews complètent agréablement ces descriptifs.

Il y a vraiment de quoi satisfaire toutes les bourses et toutes les envies. Des lieux où dormir, où manger, où boire, des musées, des librairies, papeterie, des onsen. Du traditionnel, du moderne, du minimalisme, de l’exubérant … du beau.

Je sais que j’irai dans ce salon de thé au milieu des fleurs lors de mon prochain séjour à Tokyo !

Un livre qui se feuillette comme on fait une promenade. Et qui donne envie de découvrir Tokyo autrement … et de partir dès que possible !

En fin d’ouvrage, d’autres adresses shopping, beauté et kawaii complètent le tout.

Tokyo, le voyageur affamé : les adresses gourmandes de Laurent Feneau

J’ai beaucoup aimé les livres de Laurent Feneau, Sakés (si cette boisson vous intéresse, je vous conseille son excellent ouvrage sur le sujet) et Paris-Tokyo dialogue des sens. J’étais donc ravie d’apprendre qu’il avait écrit avec Anne Jeandet-Feneau, le guide sur Tokyo dans la très belle collection du voyageur affamé chez Menu Fretin.

Si vous ne connaissez pas cette collection (qui a de très nombreuses villes à son catalogue), je vous explique le concept : un guide-carte bourré de bonnes adresses pour manger, qui s’ouvre d’abord sur une présentation de la ville, de son ambiance culinaire, avec ses mots de cuisine (pour Tokyo, vous trouverez des noms de quartiers, mais aussi Junmai, nori, ramen, tinkerbell, wagyu, yuzukosho, chawanmushi et bien d’autres).

Puis vous tournez et tombez sur un origami ! D’abord quatre petites cases pour quatre originalités de la ville. Ici c’est Tokyo d’en haut (avec les meilleurs spots pour admirer la ville depuis différentes hauteurs, accompagnés d’adresses de café, bar et restaurant), Tokyo côté jardins (les plus beaux jardins, avec un salon de thé et une maison de thé), Tokyo sur l’eau (Meguro, Odaiba, mais aussi un café à Kamakura) et enfin Villas d’exception (pour découvrir de superbes maisons traditionnelles ou plus modernes (et le café restaurant du parc Teien Art Museum).

En dépliant encore cet origami façon cocotte en papier, vous tomberez sur une succession d’adresses repérées par des numéros. Les adresses de gauche sont sur le plan que vous découvrez en ouvrant le côté droit, et vice versa … Pas besoin de se contorsionner, de fermer et ouvrir en permanence pour repérer les pastilles sur le plan, chaque moitié peut se lire indépendamment et donc permettre de se repérer tout en lisant le descriptif du lieu qui vous intéresse. C’est pratique et malin.

Côté adresses, vous aurez l’embarras du choix : cafés, izakaya où déguster une cuisine de saison, udon, ramen, gyoza, cuisine d’inspiration italienne ou du sud du Japon, sushi et bien d’autres … Une diversité intéressante pour varier les plaisirs dans cette ville gastronome où se croisent toutes les cuisines, pour mieux se réinventer, se revisiter.

Bon voyage et bon appétit !

Emma à Tokyo : découvrir la ville avec de grandes photographies animées de petits personnages adorables

Les livres pour enfants sur le Japon ne sont pas très nombreux et parfois un peu trop classiques.

J’ai vraiment craqué pour cet album grand format dans lequel le jeune lecteur pourra découvrir Tokyo grâce à Emma la petite moinelle (qui a déjà visité New York, Rome et Paris dans d’autres albums).

L’intérêt de cet album est sa conception : de grandes photographies très belles en double page, dans laquelle l’illustratrice a intégré des petits personnages (animaux). Le mélange surprenant est très réussi et permet de visiter des lieux en douceur.

Emma arrive donc à Tokyo alors qu’elle était dans une montgolfière entre Rome et New York. La faute à un énorme ouragan. Elle découvre émerveillée le Gotoku-ji, temple aux multiples statuettes de chat maneki neko, et madame Maneki-Neko, adorable chatte en kimono qui l’accompagnera dans son périple tokyoïte. Celle-ci l’accompagne dans une ruelle de petits restaurants éclairée de lanternes colorées pour la guider vers un hôtel. Lorsqu’Emma s’allonge confortablement sur son futon sur le sol en tatami, des yokai viennent lui demander de l’aide. Ce sont des objets abandonnés qui, au bout de cent ans, se transforment en yokai. Il y a un petit bol, un parapluie, un balai, une lanterne et une théière. Dessinés au crayon blanc et d’une transparence blanchâtre, ils sont adorables et se détachent légèrement du décor photographique, un effet très réussi ! Pour les aider, Emma doit retrouver et réparer les objets. Après avoir traverser une charmante ruelle fleurie et une bambouseraie, elle arrive dans le jardin d’un temple et trouve les objets au pied d’un arbre. Ce jardin moussu est une splendeur à admirer (avec trois moines animaux qui se fondent merveilleusement bien dans le décor !). Les objets dans son sac à dos, Emma va admirer les cerfs-volants au-dessus de l’eau qui entour le château. De retour dans sa chambre (une chambre traditionnelle dont on peut admirer chaque élément), elle répare les objets et les yokai la remercient et l’aident pour son retour chez elle : c’est la fête des enfants le lendemain, et les carpes volent dans le ciel. C’est sur une carpe volante qu’elle pourra reprendre son voyage ! Un bain dans un onsen, une visite au magasin de cerfs-volants, une carte à ses parents écrites dans un parc devant un parterre d’iris, un kashiwa-mochi avalé, et la voilà qui décolle sur sa magnifique carpe rouge ! Elle décolle sur un passage-piéton géant, survole un plan d’eau couvert de lotus qui fleurissent. Le lecteur profite ensuite d’une superbe vue de Tokyo (avec sa tour et tous ses immeubles) puis du Mont Fuji.

Comme vous pouvez le voir avec tous les éléments que j’ai mis en gras, les éléments de Tokyo et de la culture japonaise que ce livre permet de découvrir sont très nombreux et c’est un bonheur de les découvrir aussi joliment mis en scène. De quoi ravir les petits, mais aussi les grands qui ont gardé une âme d’enfant. Le grand format rend le livre vraiment très agréable à feuilleter et permet de s’immerger totalement dans cette ville fascinante !

En fin de livre, vous trouverez une page bricolage pour fabriquer une carpe koinobori en papier. Il y a également un petit lexique pour apprendre ses premiers mots en japonais (bonjour, merci, bonne nuit etc.).

Une très très belle découverte que je vous conseille vivement !

Vous pouvez feuilleter un extrait du livre sur le site de l’éditeur (en cliquant sur la couverture ci-dessus).

 

Aimer Kyoto : j’adore !

Sous-titré 200 adresses à partager, ce livre est à la fois un guide avec toutes les informations nécessaires pour voyager (adresses, horaires, sites internet, coûts etc.) mais surtout un livre pour rêver, préparer un voyage, se perdre dans les photographies très nombreuses qui le font sortir du lot des guides de voyage parfois austères.

Le but est donc de humer l’air de Kyoto : flâner, se promener au hasard et découvrir des merveilles. Kyoto est un patrimoine immatériel et culinaire. Il faut donc prendre le temps de la découvrir. Et ce guide permet de goûter des yeux avant d’y mettre les pieds.

Le sommaire donne déjà envie : aimer se régaler, aimer boire un verre, aimer faire les boutiques, aimer se balader, aimer découvrir les temples et jardins, aimer se cultiver, aimer se faire plaisir, aimer se loger confortablement, aimer amuser les enfants et aimer explorer la région.

Aimer se régaler de nouilles, de légumes d’Ohara, de bouchées délicates, d’oden, de tempura, de sushi, de tofu. Mais également manger coréen, laotien, italien ou français. Avec des photos des plats ou des salles pour se mettre dans l’ambiance.

Boire un verre, cela va du saké au thé, du café au cocktail, avec une pâtisserie japonaise ou de la musique, dans un cadre traditionnel ou moderne.

Faire les boutiques, c’est découvrir des objets beaux et de qualité, donc y mettre le prix. Encens, indigo, boîtes de thé, antiquités, laques, kimonos, papier, bambou, étain, couteaux, sacs … De quoi trouver son bonheur !

Aimer se balader regroupe les lieux incontournables de Kyoto : rivières, chemin de la philosophie, marché, forêt de bambou, jardins, matsuri et marchés aux puces.

Bien sûr, la partie temples et jardins regroupe les grands classiques présentés par quartier (ce qui est intéressant pour organiser ses journées). Avec un coup de cœur de Murielle Hladik pour le temple des mousses.

Pour se cultiver, là encore classique et moderne sont proposés dans les adresses de musées, théâtres, librairies et galeries.

Se faire plaisir permet de découvrir des adresses bien-être : onsen, yoga, massages, produits de beauté. Une rubrique originale et bienvenue.

Côté logement, il y a à la fois du petit budget avec plusieurs guest house, du design, du magique, du traditionnel, et même un temple zen !

La rubrique amuser les enfants met en avant des activités à partager en famille : musée du manga, du train, parcs et jardins, train romantique, descente de la rivière Hozu en bateau, aquarium, zoo et parc aux singes. Mais il existe d’autres activités plus originales : taiko center pour découvrir ce gros tambour japonais, atelier pour fabriquer des wagashi, des sucreries, prendre des cours de cuisine, acheter des boîtes bento, aller au samurai kembu theater ou dans un café à chats.

Et bien sûr on finit par une exploration de la région : Mont Hiei, Nara, Ohara, Uji, avec des adresses intéressantes (temples mais aussi boutiques de thé, restaurants, cafés, onsen).

Enfin, le livre se finit sur une série de cartes sur lesquelles les lieux cités sont reportés dans des pastilles numérotées.

Un livre très complet pour préparer son voyage, mais aussi flâner et rêver … Attention, il donne sérieusement très très envie de partir par le premier avion !

Confession japonaise de Sébastien Raizer : errements entre monde flottant et monde invisible

Sébastien Raizer est l’auteur d’une trilogie noire, L’alignement des équinoxes, mais également d’un brillant Petit éloge du zen.

C’est un ouvrage inclassable qu’il vient de publier : Confession japonaise. Un livre difficile à décrire, magnifique, troublant, dérangeant … Son titre fait immédiatement penser à Confession d’un masque de Mishima, et cet auteur rôde d’ailleurs dans les lignes du roman : violence, sexe, mort, mais également beauté des corps, puissance des couleurs.

Le Japon imprègne chaque page, entre femme yokai, jardins et sanctuaires, mais également konbini et love hotel. Comme une succession d’estampes de Kyoto, Osaka, Ôhara … Du rose, du vert, mais également du rouge sang et du noir.

Mais venons-en à l’histoire : Tetsuo Fujiwara est un jeune homme de vingt-trois ans. Il a perdu ses parents et sa petite sœur dans le tremblement de terre de Kobe, et a vécu depuis chez sa grand-mère à Ôhara, où elle vend des tsukemono devant sa porte. La mort de ses proches hante ce petit enfant, et sa grand-mère lui explique : « Il y a le monde visible, qui est un monde flottant, et puis il y a le monde invisible, là où vivent les esprits des morts ». Sa quête du monde invisible sera alors permanente : parler pendant des heures au jizô qui ressemble à sa petite sœur Naochan, se documenter à la bibliothèque sur le bouddhisme et le shinto, fréquenter les sanctuaires, puis pratiquer l’aviron sur le lac Biwa pour tenter d’atteindre le royaume de yomi (ce monde invisible où se trouvent les morts).

À la mort de sa grand-mère, il part s’installer à Kyoto dans une machiya et travaille dans un hôpital, au service de gériatrie. Et quand il tombe sur la belle Tsuchiya, il croit avoir peut-être enfin trouvé le bonheur, la paix. Mais qui est-elle vraiment, est-elle réelle ? Elle le hante, l’habite, entre rêve et réalité, entre monde invisible et monde flottant … Où l’emmènera cette femme qui semble avoir plusieurs formes, plusieurs corps ?

Le visage de Tsuchiya (on notera la magnifique écriture, ciselée, précise, qui donne puissance et charme aux descriptions des personnages et des paysages tout au long du livre) :

« Que l’on considère l’orbe de l’oreille, la finesse des sourcils, le front à peine bombé, le boisement des cheveux, l’arc du nez et des lèvres, la douce forme des yeux ou la courbe du menton, le regard glissait de l’un à l’autre sans pouvoir se fixer nulle part, comme les miroitements du soleil sur une eau agitée par le vent, et en somme la discrète rotondité de l’ensemble de ses traits rendait le visage de Tsuchiya à la fois invisible et merveilleux. Une poupée de la plus belle céramique de l’ère Heian, qui protégeait des mauvais esprits. »

L’auteur offre au lecteur un voyage au pays des couleurs, du rose pâle des fleurs de cerisier au violet des champs de shiso d’Ôhara en passant par le vert des jardins de Kyoto et le noir du vieux quartier fermé des exclus d’Osaka dans lequel les ombres des évaporés et des burakumin se croisent. Un tableau du monde flottant dans lequel le lecteur erre avec Tetsuo, ne sachant s’il doit fuir ou rester, mourir ou s’émerveiller.

Toutes les couleurs du lac Biwa :

« L’eau clapotait au pied du rocher sur lequel je m’étais hissé. Au loin, des bateaux de pêche traçaient de lents et longs sillons mats sur la surface de bronze du lac. Un couple de hérons bleus arriva depuis l’autre côté de la montagne, dans mon dos. Je les suivis du regard tandis qu’ils volaient plein est, vers Kusatsu, où les premières lumières commençaient à s’allumer dans l’après-midi bleuté. Il faisait assez doux, le vent avait délicatement étiré quelques nuages, jusqu’à les effiler comme une immense chevelure irréelle. Je les regardai lentement rosir tandis que le rivage opposé sombrait dans la nuit, puis contemplai avec une affection et une tendresse presque larmoyantes d’allégresse les côtes sombres et tourmentées qui se découpaient vers le nord-est et le parc Daini Nagisa, éclairé comme un parterre d’étoiles, qui marquait la pointe du détroit formé au sud du lac. » 

Un livre prenant, qui saisit le lecteur, lui offre des scènes d’une beauté fulgurante, d’une violence intense, et le laisse hagard, perdu lorsque le livre se refermer.

Une expérience japonaise intense et marquante !

 

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