Mains d'herbes de Benoît Reiss : lire le jardin …

Voici encore un magnifique livre publié par les éditions esperluète ! On retrouve Benoît Reiss, l’écrivain des Notes découpées du Japon, qui brossait un portrait en petits papiers de ce pays aux multiples facettes. J’avais écrit sur ce beau livre dans mon article rentrée littéraire en septembre 2018 pour Journal du Japon (https://www.journaldujapon.com/2018/09/11/cest-la-rentree-litteraire-venez-decouvrir-les-nouveautes-japonaises/).

Il nous revient pour évoquer un jardin qu’il a découvert un peu par hasard lors d’une promenade à vélo avec sa fille. S’étant posé dans un parc minuscule (la mégapole de Tokyo arrive à en coincer entre les maisons, dans le moindre insterstice), il découvre un jardin merveilleux et décide de revenir pour le filmer.

« Je ne veux pas faire une photographie parce que je sais par avance que le résultat n’aura aucun intérêt : le jardin est un corps envahi de courants, de respirations, sans arrêt effleuré de taches de lumière, en tous sens fendu de vols d’oiseaux et d’insectes, partout cela frissonne et tremble, le vent fait parler les tiges, les branches et les feuilles. »

Le film ne « rend » pas toutes les sensations qu’il éprouve. C’est alors qu’il découvre que Madame Oda, la propriétaire, l’attend sur un des bancs du parc et l’invite à visiter son jardin ! Madame Oda est elle-même un jardin, elle porte toujours des motifs floraux et semble être une parcelle de son jardin. Elle l’invite à prendre un thé. Elle n’a pas de famille qui vient la visiter, mais des chats, visiteurs exigeants en terme de jardin ! Elle travaille et ne travaille pas son jardin. Elle l’accompagne, l’écoute (elle a une très mauvaise vue et apprend à tout faire dasn le noir, elle ferme les yeux dans la journée pour mieux percevoir les présences, chaque son ayant sa lumière propre !).

« Un jardin arrangé avec art, c’est cela que désirent les chats. Et ils sont exigeants, il faut que tout soit parfait : la disposition des végétaux, la taille, la distribution de l’ombre et de la lumière. C’est un art de travailler et de ne pas travailler son jardin. Il est aussi difficile de savoir quelle tige couper, quel plant tailler, que de savoir lesquels laisser à leur croissance à leurs débordements. Une chose est certaine, le jardinier ne décide de rien, il ne sait rien. »

Le jardin vit sous les yeux et les oreilles des deux personnes, qui entrent en communion avec lui, un thé à la main.

Madame Oda a un très bon ami photographe. Elle invite le narrateur à l’accompagner chez lui. Elle s’y régale, comme à chaque visite, de vin d’or et de gâteaux soufflés de riz. Maître Sato est un très vieux photographe du quartier de Shinjuku. Il n’en a jamais fait son métier (il a eu beaucoup de métiers qu’il a enfilé comme des costumes), mais il a toujours aimé photographier le mouvement, celui des humains comme celui de la nature, à tel point qu’on ne sait distinguer si ce sont des humains ou des herbes qui bougent sous son regard affûté. La seule photo « à l’arrêt » présente dans son appartement a été prise en mars 2011, du bois sur des eaux noires.

Madame Oda aime organiser des cueillettes d’herbes avec ses amis artistes qui les disposent ensuite sur des planches, créant des fenêtres ouvertes sur des champs, des jardins, qui changent au rythme des saisons, qui semblent avoir des lumières différentes, des cieux changeants.

Le livre s’achève sur le départ du narrateur, il quitte le Japon et va une dernière fois saluer Madame Oda. L’hiver s’est installé, Madame Oda ramasse des herbes sèches, des branches auxquelles elle semble ressembler lorsqu’elle marche dans ce jardin d’hiver ! Et c’est le souvenir de sa grand-tante Henriette dans les fleurs qui lui vient sous forme de photo à son retour en France … Deux femmes, deux figures qui le guident dans l’apprentissage de la vie, du savoir être au monde, du savoir voir, sentir … et écouter.

Ce livre est un voyage dans l’univers du jardin, on y glisse doucement, pieds nus, on regarde danser les herbes, traverser les chats et les oiseaux, on admire les branches, leur feuillage qui s’agite, on se perd dans un coin sombre, on ferme les yeux, on écoute. On respire le silence avec Madame Oda, on met l’oeil dans l’appareil photo de Maître Sato … On est présent au monde, là, dans ce jardin aimé, dans ce prolongement de l’âme de cette petite femme à la robe fleurie.

Offrez-vous ce petit bout de jardin, cette respiration au milieu du tumulte, vous en ressortirez vivifié, les sens en éveil, à la recherche d’un petit coin de nature, que vous soyez en ville ou à la campagne ! Il est facile de s’imprégner de nature où que l’on soit, il suffit de prendre le temps de regarder, écouter, sentir …

Bonne promenade !

Tokyo : deux guides et un livre pour enfants

Si vous envisagez d’aller bientôt à Tokyo, je vous propose une petite sélection d’ouvrages pour vous accompagner dans votre découverte, seul, en couple, en famille ou entre amis. Des livres pour les curieux, les gourmands, les enfants …

Soul of Tokyo, guide des 30 meilleures expériences

Dès les premières pages, le cadre est posé : on ne trouvera pas dans ce guide le 06 de l’office du tourisme de Tokyo, ni la traduction japonaise de « prendre un ticket de métro », et encore moins la liste des médicaments à emporter, mais on trouvera le 06 du meilleur sushi de Tokyo, la traduction japonaise de « prendre un bain de forêt », le cocktail de notre vie, le meilleur massage de tête, la plus petite librairie et bien d’autres adresses originales.

« Car ce guide n’est pas fait pour ceux qui viennent pour la première fois à Tokyo, mais la deuxième. Ceux qui veulent pousser ses portes secrètes, capter les battements de son cœur, phosphorer ses moindres recoins pour atteindre son âme. »

Les fondatrices de My Little Paris emmènent en effet le lecteur futur voyageur dans des lieux originaux, colorés, animés, où nourrir corps et esprit.

On aime ou on n’aime pas le style un peu bobo, mais on trouve au final de chouettes adresses qui donnent envie d’aller se perdre au fil des pastilles parsemées sur la carte.

Les trente (et une secrète) « expériences » sont décrites et surtout photographiées (ce que j’apprécie particulièrement car les photos sont très belles, on arrive à sentir l’atmosphère du lieu rien qu’en les regardant). Les informations pratiques sont données : adresse en français et en japonais, horaires, téléphone et mail, site internet, avec des petits symboles pour avoir une fourchette de prix, savoir si les interlocuteurs parlent anglais ou non, si c’est une adresse « traditionnelle » et si c’est « encore mieux en amoureux ». Les textes sont courts mais efficaces et quelques interviews complètent agréablement ces descriptifs.

Il y a vraiment de quoi satisfaire toutes les bourses et toutes les envies. Des lieux où dormir, où manger, où boire, des musées, des librairies, papeterie, des onsen. Du traditionnel, du moderne, du minimalisme, de l’exubérant … du beau.

Je sais que j’irai dans ce salon de thé au milieu des fleurs lors de mon prochain séjour à Tokyo !

Un livre qui se feuillette comme on fait une promenade. Et qui donne envie de découvrir Tokyo autrement … et de partir dès que possible !

En fin d’ouvrage, d’autres adresses shopping, beauté et kawaii complètent le tout.

Tokyo, le voyageur affamé : les adresses gourmandes de Laurent Feneau

J’ai beaucoup aimé les livres de Laurent Feneau, Sakés (si cette boisson vous intéresse, je vous conseille son excellent ouvrage sur le sujet) et Paris-Tokyo dialogue des sens. J’étais donc ravie d’apprendre qu’il avait écrit avec Anne Jeandet-Feneau, le guide sur Tokyo dans la très belle collection du voyageur affamé chez Menu Fretin.

Si vous ne connaissez pas cette collection (qui a de très nombreuses villes à son catalogue), je vous explique le concept : un guide-carte bourré de bonnes adresses pour manger, qui s’ouvre d’abord sur une présentation de la ville, de son ambiance culinaire, avec ses mots de cuisine (pour Tokyo, vous trouverez des noms de quartiers, mais aussi Junmai, nori, ramen, tinkerbell, wagyu, yuzukosho, chawanmushi et bien d’autres).

Puis vous tournez et tombez sur un origami ! D’abord quatre petites cases pour quatre originalités de la ville. Ici c’est Tokyo d’en haut (avec les meilleurs spots pour admirer la ville depuis différentes hauteurs, accompagnés d’adresses de café, bar et restaurant), Tokyo côté jardins (les plus beaux jardins, avec un salon de thé et une maison de thé), Tokyo sur l’eau (Meguro, Odaiba, mais aussi un café à Kamakura) et enfin Villas d’exception (pour découvrir de superbes maisons traditionnelles ou plus modernes (et le café restaurant du parc Teien Art Museum).

En dépliant encore cet origami façon cocotte en papier, vous tomberez sur une succession d’adresses repérées par des numéros. Les adresses de gauche sont sur le plan que vous découvrez en ouvrant le côté droit, et vice versa … Pas besoin de se contorsionner, de fermer et ouvrir en permanence pour repérer les pastilles sur le plan, chaque moitié peut se lire indépendamment et donc permettre de se repérer tout en lisant le descriptif du lieu qui vous intéresse. C’est pratique et malin.

Côté adresses, vous aurez l’embarras du choix : cafés, izakaya où déguster une cuisine de saison, udon, ramen, gyoza, cuisine d’inspiration italienne ou du sud du Japon, sushi et bien d’autres … Une diversité intéressante pour varier les plaisirs dans cette ville gastronome où se croisent toutes les cuisines, pour mieux se réinventer, se revisiter.

Bon voyage et bon appétit !

Emma à Tokyo : découvrir la ville avec de grandes photographies animées de petits personnages adorables

Les livres pour enfants sur le Japon ne sont pas très nombreux et parfois un peu trop classiques.

J’ai vraiment craqué pour cet album grand format dans lequel le jeune lecteur pourra découvrir Tokyo grâce à Emma la petite moinelle (qui a déjà visité New York, Rome et Paris dans d’autres albums).

L’intérêt de cet album est sa conception : de grandes photographies très belles en double page, dans laquelle l’illustratrice a intégré des petits personnages (animaux). Le mélange surprenant est très réussi et permet de visiter des lieux en douceur.

Emma arrive donc à Tokyo alors qu’elle était dans une montgolfière entre Rome et New York. La faute à un énorme ouragan. Elle découvre émerveillée le Gotoku-ji, temple aux multiples statuettes de chat maneki neko, et madame Maneki-Neko, adorable chatte en kimono qui l’accompagnera dans son périple tokyoïte. Celle-ci l’accompagne dans une ruelle de petits restaurants éclairée de lanternes colorées pour la guider vers un hôtel. Lorsqu’Emma s’allonge confortablement sur son futon sur le sol en tatami, des yokai viennent lui demander de l’aide. Ce sont des objets abandonnés qui, au bout de cent ans, se transforment en yokai. Il y a un petit bol, un parapluie, un balai, une lanterne et une théière. Dessinés au crayon blanc et d’une transparence blanchâtre, ils sont adorables et se détachent légèrement du décor photographique, un effet très réussi ! Pour les aider, Emma doit retrouver et réparer les objets. Après avoir traverser une charmante ruelle fleurie et une bambouseraie, elle arrive dans le jardin d’un temple et trouve les objets au pied d’un arbre. Ce jardin moussu est une splendeur à admirer (avec trois moines animaux qui se fondent merveilleusement bien dans le décor !). Les objets dans son sac à dos, Emma va admirer les cerfs-volants au-dessus de l’eau qui entour le château. De retour dans sa chambre (une chambre traditionnelle dont on peut admirer chaque élément), elle répare les objets et les yokai la remercient et l’aident pour son retour chez elle : c’est la fête des enfants le lendemain, et les carpes volent dans le ciel. C’est sur une carpe volante qu’elle pourra reprendre son voyage ! Un bain dans un onsen, une visite au magasin de cerfs-volants, une carte à ses parents écrites dans un parc devant un parterre d’iris, un kashiwa-mochi avalé, et la voilà qui décolle sur sa magnifique carpe rouge ! Elle décolle sur un passage-piéton géant, survole un plan d’eau couvert de lotus qui fleurissent. Le lecteur profite ensuite d’une superbe vue de Tokyo (avec sa tour et tous ses immeubles) puis du Mont Fuji.

Comme vous pouvez le voir avec tous les éléments que j’ai mis en gras, les éléments de Tokyo et de la culture japonaise que ce livre permet de découvrir sont très nombreux et c’est un bonheur de les découvrir aussi joliment mis en scène. De quoi ravir les petits, mais aussi les grands qui ont gardé une âme d’enfant. Le grand format rend le livre vraiment très agréable à feuilleter et permet de s’immerger totalement dans cette ville fascinante !

En fin de livre, vous trouverez une page bricolage pour fabriquer une carpe koinobori en papier. Il y a également un petit lexique pour apprendre ses premiers mots en japonais (bonjour, merci, bonne nuit etc.).

Une très très belle découverte que je vous conseille vivement !

Vous pouvez feuilleter un extrait du livre sur le site de l’éditeur (en cliquant sur la couverture ci-dessus).

 

Japon Express : le Japon dans l’objectif de Raymond Depardon

Les éditions Points ont eu la très bonne idée de publier un livre de photos du grand Raymond Depardon en format poche, donc à petit prix, mais de grande qualité. C’est l’occasion de découvrir le Japon de Tokyo à Kyoto mais vu par ce photographe hors norme.

Pourtant le Japon ne fait pas partie des pays qu’il photographie souvent. On le voit plutôt traîner ses appareils en Afrique ou en Amérique. Mais savez-vous qu’il a couvert les jeux Olympiques d’été à Tokyo en 1964 puis ceux d’hiver en 1972 à Sapporo ?

L’entretien qui ouvre le livre permet de comprendre son rapport au Japon et c’est passionnant.

« Je fais partie de cette génération à qui l’on a expliqué qu’il était obligatoire de tout savoir sur le Japon avant de faire la moindre photo.
Or, ce n’est pas vrai. On peut s’y rendre sans avoir une grande connaissance de la civilisation et de la culture de ce pays. C’est devenu très facile d’y séjourner, même sans parler le japonais. »

Il en aime les couleurs :

« Le Japon est un enchantement quand on photographie en couleur. Les tons pastel sont uniques et je me régale là-bas ! »

Il évoque aussi ce qu’il a pu voir et sentir : mariages dans les grands hôtels, facilité pour faire des photos de rue, la foule compacte mais la bienveillance. Il aimerait y rester plusieurs mois pour se rendre à la campagne ou dans les îles … On en rêve pour pouvoir les découvrir et les redécouvrir à travers ses photos !

En attendant, le livre est une grande promenade urbaine.

Béton, rails, escalators, escaliers, ponts et passages piétons qui s’entrecroisent.

Ombres et reflets, les humains sont partout : en haut d’une tour pour admirer un coucher de soleil, en costume cravate et en groupe à la sortie des bureaux, en pleine lecture dans une librairie ou jouant avec un smartphone dans un train, en tenue traditionnelle pour visiter Kyoto …

Autant d’instantanés de vie qui passent à la vitesse du shinkansen et laissent dans l’œil du lecteur une empreinte colorée.

On reconnaît ce quelque chose de Depardon, si difficile à définir mais si facile à repérer.

On l’imagine déambulant dans les villes, cherchant un angle, captant une atmosphère.

Même le cimetière semble habité !

La densité et la multiplicité des visages, des silhouettes, des lieux, des petits détails font de ce livre un portrait urbain très complet et fascinant.

Un petit livre pour un grand bonheur visuel !

Du kawaï pour mes nièces et autres jeunes demoiselles …

Aujourd’hui j’avais envie de mettre un peu de légèreté sur le blog … Et j’ai pensé à mes nièces amoureuses du Japon, de kawaï et de dessin. Je leur dédie donc cet article.

Pour commencer, un livre pour apprendre à dessiner du mignon partout ! 

Dessiner des choses mignonnes d’Angela Nguyen est très bien conçu : des explications simples, pas à pas, en démarrant par des ronds à superposer, et un résultat adorable car les personnages et animaux sont présentés dans différentes positions : éléphant qui dort, qui pleure, qui sourit, qui se lève pour attraper une pomme par exemple.

Le livre se décompose ainsi :
– un premier chapitre « premiers pas » pour savoir quels outils et supports utiliser, les techniques de base pour dessiner des choses de façon mignonne
– un deuxième chapitre consacré aux personnages : apprendre à dessiner les visages, les postures, les expressions, les vêtements et les accessoires. On y trouve l’astronaute, le ninja, la sorcière ou la policière.
– le chapitre trois est très grand : il est consacré aux animaux. De la ferme, sauvages, qui volent dans le ciel (les chauves-souris sont adorables !), qui nagent, et même des animaux fantastiques (dragons, licornes, phénix, monstre du Loch Ness et loup-garou … qui ne font plus peur !)
– le quatrième chapitre permet de rendre TOUT mignon : des bâtiments, des meubles, et surtout de la nourriture (glaces, sushis par exemple).

Même pour les personnes pas très douées, le dessin devient simple et source d’amusement et de plaisir !

Une belle idée cadeau pour les enfants (de quoi les occuper pendant les vacances qui arrivent fin octobre !). Avec tous les modèles, ils pourront créer de véritables histoires si vous leur offrez en même temps un beau carnet aux pages blanches.

Le voyage de Hana : un roman mignon pour découvrir le Japon et sa culture à travers les yeux émerveillés d’une fille de 13 ans

Vous connaissez peut-être Rosalys, cette créatrice qui dessine de belles jeunes filles aux grands yeux brillants. Elle a illustré de nombreux livres et créé un univers kawaï que l’on peut retrouver sur son site et sur sa chaîne Youtube (elle y parle voyages, bonnes choses à manger, vous apprend le japonais et le dessin).

Elle sort cet automne un roman qui plaira aux collégiennes qui rêvent de partir pour le Japon.

Le voyage de Hana est en effet le récit du voyage de la jeune Hana, 12 ans, au pays du Soleil Levant. Elle part pour y apprendre le japonais et habite à Tokyo au sein d’une famille japonaise. Ce séjour linguistique est l’occasion de rencontrer d’autres élèves de tous âges (avec des caractères, des cultures et des envies très différents), et de découvrir Tokyo à travers sa cuisine, ses sites emblématiques et ses fêtes. Chaque chapitre raconte un événement marquant : l’entrée dans l’école de japonais (se présenter, apprendre, ne pas avoir peur), la découverte de la maison japonaise où elle loge, une cérémonie du thé, un plat de ramen, un concert, une visite de la Tour de Tokyo … et comme cela se passe en été, un feu d’artifice avec kakigori (glace pilée) et choco banana.

Un roman léger et sucré pour une découverte tout en douceur ! Une belle idée cadeau pour une jeune fille qui rêve de partir pour le Japon.

En bonus, des illustrations de l’univers de Rosalys, des coloriages, un glossaire des références culturelles (le livre regorge de références à des mangas, anime, séries télé, chanteuses), un glossaire des lieux visités par Hana et ses amis (cafés à thème, quartiers de Tokyo, boutiques, stades, tours et ponts), un glossaire des plats et aliments (un volet essentiel pour découvrir le Japon) et un glossaire de japonais (quelques mots de base).

La tentation de Kyoto de Jean Sarzana : une déclaration d’amour

sarzanaVoici un livre charmant, loin des clichés d’un récit de voyage. Jean Sarzana nous livre un « carnet de voyage recomposé, amoureux ». De Tokyo à Kyoto, il se promène dans les rues, observe les gens, les petits riens de leur quotidien, l’harmonie collective et l’individu qui s’y positionne.

Une réflexion pleine de curiosité, de tendresse, de fraîcheur, de volonté de comprendre ou du moins d’approcher ce pays si différent du nôtre mais au final si humain. L’éloge, comme il le dit si bien en fin d’ouvrage, de la fragilité. J’ai été très touchée par cette lecture car c’est comme si cet auteur talentueux, qui illustre ses propos de références littéraires et cinématographiques (légèrement, sans faire le chien savant), avait réussi à mettre en mots ce que j’ai vécu lors de mon voyage au Japon. Je ne peux que vous inviter à suivre ses pas pour toucher d’un peu plus près un pays qui me touche.

Le livre est un peu un carnet d’observation. Il démarre dans le ballet très bien réglé du Tokyo des grandes artères, collé au Tokyo plus fantaisiste, plus charmant des quartiers résidentiels avec ses petites ruelles. L’auteur souligne l’harmonie collective, la contribution de chacun au bien-être de tous : civilité dans les rues, services multiples des konbini, entretien collectif des rues du quartier. Mais se pose ensuite la question de la place de l’individu dans ce grand tout : hiérarchie, étiquette, goût de l’uniforme. Et cette volonté d’aider les étrangers perdus dans les rues (chacun au Japon en fait l’expérience à un moment ou à un autre) mêlée à cette incapacité à laisser entrer un étranger dans leur monde (pas par xénophobie, mais par incapacité à situer cette personne dans leurs catégories bien établies). Ces réflexions « sociologiques » sont tout en retenue, en finesse, sans jamais marteler car en la matière qui peut avoir une réponse ?

Il y a aussi des pages excellentes sur la maison japonaise comparée à la maison occidentale. En occident le lieu se plie à la fonction, la maison reflète la personnalité de ses habitants, alors qu’au Japon chaque pièce est une boîte que l’on pourrait tourner dans tous les sens sans qu’elle ne soit modifiée. Seuls le tokonoma et l’autel des ancêtres montrent un peu de ses habitants. Et quel mystère de ne jamais savoir ce qu’il y a derrière la cloison : autre pièce, jardin, cour, couloir ? Le lecteur appréciera également les paragraphes sur la jouissance procurée par un bol de miso (en écho à L’éloge de l’ombre).

L’auteur cherche à poser des éléments de l’identité japonaise : simplicité voire nudité jointe à l’efficience ? Ce qui est certain, c’est que la nature en est un des piliers. Les jardins, qu’ils soient une interprétation subjective de la nature dans les temples, ou de minuscules et charmants entassements de pots devant les maisons sont des lieux fondamentaux et la nature s’immisce partout dans la ville (jusque dans ces outils à mi-chemin entre le râteau et le balai, tout en végétal et en délicatesse pour ramasser les feuilles mortes sur les tapis de mousse). La religion, elle, mêle bouddhisme vécu, à taille humaine, accessible, et shintô, où le sacré est diffus. Le Japon se définit aussi par son passé, son histoire : isolement puis ouverture, catastrophes naturelles plus nombreuses que les guerres.

Le plus remarquable dans ce livre est l’humilité de l’auteur, qui avoue sa peur de ne pas être à la hauteur de ce pays qui est plus pour lui une culture qu’une destination. Il avoue également ne pas avoir souhaiter développer les côtés négatifs du Japon, qui ressemblent un peu trop aux nôtres !

Un très beau témoignage.

Les fêlures de Michaël Ferrier

Michaël Ferrier a écrit plusieurs ouvrages sur le Japon, et même si j’ai parfois du mal à entrer dans son univers, je voulais évoquer deux de ses livres publiés chez Arléa (qui fait un travail remarquable sur le Japon).

kizuKizu (A travers les fissures de la ville) est à mi-chemin entre le roman et la nouvelle : une soixantaine de pages et un thème central, kizu, à savoir dans sa traduction française la blessure, la lésion légère, la plaie tranchante, la griffure, la fêlure, la coupure (aussi bien pour une âme que pour un objet).

Le narrateur est donc un salaryman un peu quelconque qui est dans une sorte de dépression : sa femme l’a quitté, sa mère a fait un AVC et il doit l’aider financièrement pour ses soins hospitaliers. Cette fêlure intérieure déteint littéralement sur son quotidien : il voit petit à petit les fissures se développer dans toutes les pièces de la maison, de la cuisine aux objets sans joie au salon où il n’allume plus la télévision, s’épuisant dans un « dialogue muet et impérieux avec le peuple des fissures ». Il note sur un carnet noir l’évolution de ses fissures. Puis ce sont les lézards (dont une lézarde, femelle qui évoque aussi la fissure, jeu de mot un peu trop facile) qui envahissent sa maison. Il aime la course de ces reptiles, pareille à une trace fantasque qu’ils dessinent sur la pierre.

A cette description kafkaïenne se greffe l’histoire d’une rencontre entre le narrateur et la jeune Yuko, lycéenne qu’il a rencontrée à l’Institut dans lequel il apprend le français. Elle est très belle, coquette, rêve d’être styliste. Ils mangent ensemble le soir, mais ça s’arrête là. Le lecteur reste un peu pantois car le livre s’arrête très vite quand le salaryman décide de reprendre sa vie en main, alors que la terre tremble.

Ce livre est trop court pour offrir un vrai portrait, c’est une impression grise et inachevée qui s’en est dégagée pour moi. La société japonaise réduite à sa plus simple et sombre expression, le couple semblable à un robinet d’eau tiède … Une fêlure qui laisse une amertume désagréable en plus d’un goût d’inachevé.

 

tokyoPuis j’ai lu Tokyo – Petits portraits de l’aube. Un voyage dans le Tokyo de la nuit, pas déplaisant mais inégal en fonction des récits qui composent ce livre.

Cela commence par un vol à destination de Tokyo. Puis nous partageons l’univers nocturne de cet universitaire (qu’est l’auteur à Tokyo) et de ses comparses. Il y a cette professeur, la quarantaine, qui fume et boit, qui délire sous les regards gênés ou condescendants de ses collègues. Cette femme qui se perd dans ses délires, ses hallucinations très japonisantes (insectes géants, fantômes japonais), qui écrit des lettres qu’elle n’envoie pas. Elle finira rapatriée en France dans une maison de repos. Un portrait étrange dont le manque de compassion au moins sur le papier peut susciter le malaise du lecteur …

Mais avec Syntaxe de Tokyo, c’est son ami Yo que le lecteur découvre. Ce linguiste brillant fréquente des bars et des curiosités nocturnes atypiques : près du métro poussent des asperges japonaises, dans un cabaret on fabrique un saké à la douceur incomparable. Ce Yo est très curieux et très sympathique ! Le lecteur apprend avec lui qu’il y a plusieurs soirées dans une seule nuit. Ce personnage donne vraiment envie de se perdre dans Tokyo avec lui !

Avec La chambre du fond – Quatre essais de kanjis malgré la nuit, c’est l’univers de la calligraphie qui s’offre tout en finesse avec un maître calligraphe aveugle qui vit tout au fond d’un appartement (derrière les fêtes, le saké, le gratin international qui refait le monde). La fin de cette nouvelle est très réussie, alors que la description de la fête s’avère très ennuyeuse (peut-être pour mieux préparer le lecteur à la beauté de ce qui suit ?).

Avec Cent ans de solitude (saké), l’auteur prend le lecteur par la main depuis la gare de Shinjuku, le guide par les ruelles pour l’emmener boire un verre. Original et intéressant.

Un sentiment de lecture mi-chaud mi-froid donc pour cet auteur que je tâcherai de lire encore pour essayer de trouver plus d’émotion, plus d’âme … Mais à vous de me donner votre avis car ce rapport à un écrivain est spécifique à chaque lecteur …

Miyako de Tokyo – Miho Yamada, illustrations Princesse Camcam : pour que les enfants découvrent le Tokyo moderne et traditionnel

miyako

Si vous avez prévu un voyage en famille au Japon, ou si vous souhaitez juste faire découvrir la vie quotidienne d’une petite fille au Japon à votre enfant, ce livre aux grandes images colorées sera l’outil idéal.

Miyako est une petite fille de 8 ans qui habite à Tokyo. Sur la première double page, elle survole Tokyo sur le dos d’une grue du Japon, animal emblématique, pour nous faire découvrir cette immense ville d’en haut : sa tour rouge et blanche, ses immeubles très hauts et sa verdure. Puis direction Asakusa et Ueno (et son zoo), quartiers que la petite fille aime beaucoup. Nous découvrons le quotidien de cette petite fille dont la mère enseigne la calligraphie et dont le père conduit des shinkansen (TGV japonais). Elle explique l’école, son instituteur, la cour de récréation, la couleur des cartables, les sports qu’elle aime pratiquer. Elle raconte aussi les fêtes pour les filles, pour les garçons, le repas en famille, et les vacances d’été près du lac Ashi, le nouvel an et bien sûr la floraison des cerisiers.

Un beau portrait de la ville, du Japon, avec des illustrations douces, colorées et dont il se dégage joie, bonheur partagé.miyako-22--

Les kimonos des fillettes et les poupées sont magnifiques, le temple sous la neige est simplement beau, et la chasse aux insectes au bord du lac Ashi avec le mont Fuji au fond donne envie d’aller rejoindre cette petite fille ! De quoi faire rêver les enfants voyageurs …

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Et en bonus sur le site de l’éditeur, votre enfant pourra écouter l’histoire page par page (avec les sons de la ville).