L’astringent de Ryoko Sekiguchi

J’avais beaucoup apprécié Ryoko Sekiguchi lors des conférences au Salon du Livre. C’est pourquoi j’ai acheté et lu son dernier essai L’astringent qui vient de sortir chez Argol.

Ce livre pourra vous sembler très petit si vous l’avez entre les mains, mais il est très dense. On y apprend tout sur ce mot très utilisé au Japon : son histoire, ses déclinaisons (du kaki aux vêtements, en passant par le traitement du bois). Ce livre est une vraie mine d’information sur ce sujet passionnant qui nous fait entrer dans le quotidien des japonais.

Pour les cuisiniers, Ryoko a eu la très bonne idée de glisser à la fin du livre des recettes de kaki (en fonction de leur degré de maturation) qui ont l’air délicieuses !

Vous trouverez donc un découpage très bien fait qui nous permet de ne pas nous perdre : Prologue – L’esthétique de l’astringent au Japon – Le kaki, fruit national – Au fait, qu’est-ce que l’astringence – Le goût astringent – Astringent, amer, âpre – L’astringent, accompagnateur de repas – Epilogue – Recettes

Une lecture très « revigorante » et un essai très réussi !

 

Cinquante titres pour découvrir le Japon – Albin Michel

Les éditions Albin Michel (qui publient Amélie Nothomb) ont eu la très bonne idée pour les lecteurs toujours à la recherche de nouveaux livres de sortir un petit catalogue de 50 titres pour découvrir le Japon.
On y trouve beaucoup d’oeuvres de Yasunari Kawabata, des recueils de poèmes (Bashô, maître Dôgen, Ikkyû), de nombreux ouvrages de maîtres zen et sur le zen et différents écrits sur la civilisation japonaise (arts martiaux, thé, Nô). A chaque fois un petit résumé et un prix pour nous guider.
Une mine d’idées de lecture à demander à votre libraire ou à télécharger sur le site des éditions Albin Michel.

Lettres au Japon (30 cartes à poster)

Certes, je vous le concède, ce n’est pas de la littérature, mais le Seuil a eu la belle idée de sortir ce carnet de cartes postales du Japon (et reverse un euro à la croix rouge japonaise par carnet acheté).
Si ce n’est pas lire le Japon, c’est voir, admirer le Japon : les peintures connues de grands maîtres (Hiroshige, Utamaro et Hokusai), d’autres moins connues voire « anonymes », des photographies également, de la fin du XIXème et début du XXème de ce Japon sublimé.
Un beau voyage et l’occasion également d’écrire à vos amis et de leur envoyer un peu de Japon.

Les petites bêtes de Tatsu Nagata

Avis aux plus jeunes, Tatsu Nagata, scientifique de renom vivant au Japon, déborde d’humour pour faire aimer les petites bêtes aux enfants.
Mon fils adore et tous les soirs c’est des fous rires en lisant une de ces histoires (avec une préférence pour l’araignée car il y a une grosse surprise !).
Le graphisme est simple mais très efficace ! Et les textes sont faits pour faire passer des messages simples aux enfants et leur faire aimer ces petites bêtes souvent mal aimées.
Bref, que vous soyez papa, maman ou grands-parents à la recherche de lectures printanières, dégustez ce recueil … et ensuite peut-être aurez-vous envie d’en acheter d’autres (il fait à peu près tous les animaux …) !

Bonne lecture avec vos enfants !

Le goût des haïku au Mercure de France

Peut-être connaissez-vous cette charmante collection Le goût de … sur de nombreuses villes du monde (il existe Le goût de Tokyo), mais aussi Le goût du chocolat, du thé, de la lecture, et même du football.

Le principe est de rassembler dans un même recueil et pour quelques euros une anthologie des plus beaux textes sur le sujet (évidemment la sélection dépend de la personne qui la fait).

Vous trouverez donc ici dans un premier temps un historique très bien fait de la naissance des haïku à leur diffusion dans le monde contemporain, avec également des écrivains non japonais qui s’y sont essayés (dont Kerouac). Très pédagogique et très instructif.

Viennent ensuite les haïku qui sont classés en quatre parties thématiques : saisons, vie humaine, Eros et nature, avec pour chaque partie une introduction très bien faite.

Du grand Bashô à Masaoka Shiki en passant par Issa, mais aussi Calaferte, Kerouac, une sélection très riche et parfois surprenante !

Une lecture très agréable donc, à prendre et à reprendre au fil des saisons, au fil des émotions.

Quelques extraits pour vous donner envie de lire …

(Bashô)
Au printemps qui s’en va
les oiseaux crient –
les yeux des poissons en larmes

(Louis Calaferte)
Soir calme
Seul avec la femme aimée
je connais l’étendue de la douceur

Le Jour de la Gratitude au Travail d’Akiko ITOYAMA

Voici un petit livre sympathique à lire dans le métro ou lors de sa pause déjeuner …
Deux nouvelles dans ce petit Picquier poche.

La première raconte la vie de Kyoko, trentenaire célibataire et au chômage, à qui une voisine propose une rencontre avec un homme : « Mme Hasegawa s’était changée en vieille marieuse ». Cette rencontre avec un homme qui n’est ni séduisant, ni beau parleur et qui ne vit que pour et par son entreprise tourne au fiasco et Kyoko quitte la table et le repas préparé par Mme Hasegawa pour l’occasion. Elle va parler de tout et de rien avec une amie puis finit dans un bar pour « acheter de la nuit ».

La deuxième, « J’attendrai au large », raconte l’amitié qui unit la jeune Oikawa et son collègue de travail Futo. Elle contient un petit côté fantastique que l’on retrouve dans les nouvelles de Murakami.

Mais ces deux nouvelles sont surtout très intéressantes pour nous faire découvrir le monde du travail au Japon côté femme. Le style est très vif, piquant même et les détails du quotidien sont brossés sans fioritures mais toujours de façon très juste.

Un bon plongeon dans cet univers, mais pas d’intrigue digne d’un roman … Ce petit livre se lit vite et bien, le temps d’un trajet pour aller au bureau !

Pierre Gagnaire et Ryoko Sekiguchi : moment de gourmandise au Salon du Livre

En plus du grand choix de livres proposé par la librairie Joseph Gibert au stand Japon du Salon du Livre, j’ai eu la joie de découvrir Ryoko Sekiguchi.

Sourire, joie de vire, cette poétesse et essayiste japonaise installée en France depuis 15 ans est un peu pour moi une Véronique Ovaldé du Japon : très dynamique, rieuse, gourmande !
La rencontre organisée entre cette gourmande de la vie et le chef étoilé Pierre Gagnaire fut un régal.

Ryoko vient de sortir deux essais sur la nourriture chez Argol : L’astringent et Manger fantôme. Elle nous avoue lors de cet échange son amour de la cuisine et son émotion devant un repas (elle a particulièrement apprécié un repas chez Pierre Gagnaire, elle a trouvé de la douceur dans sa cuisine).

Pierre Gagnaire s’est, quant à lui, rendu au Japon à plusieurs reprises, et pour la première fois en 1984. Il avoue ne pas tout comprendre de la culture japonaise, mais avoir trouvé là-bas des partenaires de jeu qui fonctionnent comme lui : très délicats, très soignés, de vraies connexions dans la façon attentive, précise, judicieuse d’amener les différents ingrédients. Il avoue une fascination pour les tempuras. Qu’ils soient créés à partir de feuilles, de légumes, de langoustines, ils sont aériens et montent très haut, comme des nuages. Par contre, s’ils sont blancs au Japon, il les préfère bruns et croustillants !

Ryoko aborde lors de cet échange un thème dont elle a fait un livre : l’astringent. Ce mot n’est pas courant en français mais très utilisé au Japon. Il n’y a d’ailleurs pas la même signification : L’astringent y est défini comme le goût tanin des kakis (fruit national utilisé aussi bien dans les plats salés que sucrés). Pour une personne, il représente le bon goût, le contraire du « bling bling » (mot utilisé par Ryoko qui connaît bien la France !). C’est le côté patiné du cuir … Pierre Gagnaire explique que chez nous ce serait un peu le contraire : plutôt un côté neuf, une saveur d’agrumes, et donc pour une personne le contraire de la définition japonaise : pas une personne agréable ! Mais entre parenthèses, il trouve le kaki séché extraordinaire pour la cuisine !

Je ne transcrirai pas ici l’ensemble du dialogue mais je souhaiterais finir sur la question « si vous étiez transformé en plat, quel serait ce plat ? »

Pierre Gagnaire a répondu l’eau car tout est un peu eau. Il est effaré d’ailleurs par le gaspillage qui en est fait alors qu’elle manque et manquera encore plus dans les années qui viennent !

Ryoko avec un immense sourire a répondu « une tarte tatin » car elle veut être aimée et tout le monde aime la tarte tatin ! Elle aimerait aussi être un plat de Pierre Gagnaire, un peu comme une belle femme indienne ou iranienne dont elle apprécie particulièrement la beauté.

Je n’ai pas encore lu les essais culinaires de Ryoko, mais je ne manquerai pas de vous en faire part lorsque ce sera fait.

Moi, d’un Japon ambigu de Kenzaburô Ôé

Kenzaburô Ôé était l’un des écrivains japonais invités au Salon du Livre.

Je n’ai pas eu la chance de le rencontrer, mais je l’ai écouté de façon attentive lors de sa venue sur le plateau de La Grande Librairie sur France 5.

La traduction m’a paru laborieuse et je pense que l’on a perdu beaucoup de la richesse de ses propos, c’est pourquoi j’ai acheté et lu « Moi, d’un Japon ambigu ».

Cet ouvrage rassemble quatre textes de ce grand romancier lauréat du prix Nobel en 1994 : le discours qu’il a prononcé à l’occasion de la remise du Nobel, et trois conférences sur la culture japonaise, la littérature contemporaine et le problème politique de la prise de position des écrivains japonais depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans ces textes, il évoque sa passion pour la littérature et son amour pour le merveilleux livre de Selma Lagerlöf (Le merveilleux voyage de Nils Holgerson à travers la Suède) qui l’a fasciné quand il était petit. Il évoque aussi les deux « phares littéraires » du Japon que sont pour lui le Roman de Genji « que l’on peut considérer comme la plus grande fierté du Japon » et l’écrivain Natsume Sôseki, « le plus grand écrivain qu’ait produit le Japon au cours de sa modernisation de l’époque de Meiji. »

Il décrit également le Japon ambigu : ambiguïté entre passé militariste et Hiroshima, entre culture périphérique et culture de Tokyo, lui qui est né en 1935 dans un village de l’île de Shikoku, au sud-ouest du Japon.

Il se pose aussi la question du rôle du romancier dans un monde qui change.

Je cite ici sa définition du rôle de la littérature, qui me paraît très forte :
« Le rôle de la littérature est de créer un modèle pour les hommes vivant dans leur temps qui – dans la mesure où l’homme est un animal historique – contienne également son passé et son avenir. »

Il évoque aussi la littérature contemporaine qui, d’après lui, « est en train de perdre sa force d’évocation du réel et de la culture pour le Japon et les Japonais. »

Je pense qu’après Fukushima la littérature japonaise se transforme et que ce jugement un peu sévère évoluera lui aussi !

En tous cas ce recueil permet de mieux connaître cet écrivain et de mieux appréhender son oeuvre, dont je vous parlerai dans les semaines qui viennent.

Lisez Books !

Avant qu’il ne disparaisse des rayons des marchands de journaux, je vous invite à lire le Books du mois de mars.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas cet excellent magazine, c’est un peu le « courrier international » mais avec les livres.
Dans ce numéro, un dossier spécial sur le Japon, « Un an après, le Japon se réinvente ».
Vous y trouverez les réflexions de nombreux écrivains japonais sur l’avant et l’après Fukushima, sur l’évolution que cela peut entraîner dans le Japon actuel, avec une comparaison avec le Japon d’après-guerre.
Ryôchi Wagô né en 1968 à Fukushima explique comment son écriture de poète a évolué vers des tweets lors de la catastrophe.
Yoshikichi Furui, écrivain né en 1937 et Keiichirô Hirano, écrivain né en 1975 explorent dans un échange très riche les pistes pour comprendre ce que la catastrophe a changé tant pour les romanciers qu’ils sont que pour les Japonais, avec en arrière plan les bombardements vécus par Yoshikichi Furui.
Natsuki Ikezawa quant à lui nous fait part de son témoignage très fort et de son envie d’un nouveau modèle social pour le Japon.
Et pour finir les réflexions d’un sociologue qui a travaillé sur le nucléaire au Japon et d’un anthropologue qui donne des pistes de réflexion pour l’avenir du Japon.

Une lecture très enrichissante et qui permet de voir la catastrophe et les mouvements de pensée qui sont en train d’émerger à travers le regard des écrivains et penseurs du Japon, ce qui a pu nous manquer en France !

Haïkus de Sôseki

Si Sôseki est surtout connu pour ses romans, les éditions Picquier ont eu la très belle idée de publier en format poche un choix de 135 haïkus de ce grand écrivain, magnifiquement illustrés de peintures et calligraphies de l’auteur.

Ces haïkus apparaissent par ordre chronologique. Le tout premier date de 1889, les derniers sont de 1916, année de sa mort.

La mise en page est très aérée et agrémentée d’illustrations qui réjouiront les amateurs d’art graphique. J’ai particulièrement aimé les chats !

Bref, un plaisir de lecture et de rêverie sous le soleil de printemps !

Jeunes pousses de fougère
Ouvrant leurs petits poings
Enfin le printemps

Et pour les entomologistes …

Sous mes yeux près de mon pinceau
Une libellule rouge s’est posée
Quelle âme accompagnait-elle ?

 

 

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