Eh oui, je n’avais pas encore parlé de ce livre de Ryoko Sekiguchi.
Peut-être qu’il fallait que le spectre de Fukushima soit moins présent pour en parler sereinement.
En quelques mots : je vous le conseille car il est plus vrai, plus intelligent que tout ce que vous avez pu voir, lire et entendre au moment de la catastrophe ! Mais là encore, elle ne juge pas et fait preuve d’une grandeur d’âme impressionnante vis-à-vis de nos compatriotes si prompts à caricaturer le japonais qui ne pleure pas, se tient droit comme un i sur la plage dévastée …
Cette chronique tenue du 10 mars au 30 avril 2011 aborde les événements sous différents angles : la temporalité (la veille dont on ne sait pas qu’elle est la veille, le présent et la suite, mais pas la fin car il n’y a pas de fin même si on le souhaite très fort !), les images qui se superposent, la mémoire qui joue un rôle important … et les noms propres qui surgissent et deviennent plus que des noms … Hiroshima, Fukushima …
Ryoko Sekiguchi aborde aussi la question des mots, de l’écriture et surtout de la lecture : qu’a-t-on envie de lire, a-t-on envie de lire après de telles catastrophes ? Certains liront de la poésie, d’autres ne pourront tout simplement pas lire, d’autres préfèreront la musique …
Sans avoir été touchée dans mon être et dans ma vie « quotidienne » par ces événements, j’ai cherché à comprendre, pas à « voir » (de cette pornographie du désastre qu’elle évoque si bien), et elle est celle qui a réussi à me donner une vision intelligente et « parlante » de ce qui s’est passé … N’en pouvant plus de nos ingénieurs français champions du nucléaire (chez nous c’est pas pareil), de nos experts « post-traumatisme », de nos journalistes fans de godzilla, j’ai trouvé les mots de Ryoko Sekiguchi simplement justes et me parlant bien mieux que tous les médias réunis.
Certes la douleur est là, « C’est la première fois que l’intensité de l’écriture n’est pas pour moi un bonheur mais une douleur que je m’impose », mais les questions posées sont les bonnes et les éléments de réponse sont fins et sensibles, sans jugement à l’emporte-pièce, mais sans mièvrerie non plus (« putains » de centrales nucléaires, « sacré bordel » si un tremblement de terre survenait en France, « les japonais ne sont ni polis ni disciplinés ; simplement, nous avons peut-être retenu quelque chose des erreurs du passé » …).
Ryoko Sekiguchi s’étant rendue au Japon peu après la catastrophe, on y retourne aussi avec elle, avec sa « légère angoisse, non pas tant des radiations que de trouver Tokyo changée, abîmée, usée sous le discours des autorités devenues folles ». Et on partage avec elle des petits moments précieux, des repas avec des amis, une promenade dans le quartier de son grand-père mort avant la catastrophe, ce quartier des éditeurs où elle a appris à lire.
Un bel ouvrage qui, comme elle le regrette, n’a pas de « fin heureuse » puisque la fin n’existe pas !
Indispensable !!!!










