le magazine Planète Japon : une mine d’informations …

Pour tous ceux qui se passionnent pour le Japon, ce magazine très bien construit est indispensable.

Les sujets abordés sont très variés : pour exemple le contenu de celui d’avril à juillet 2012 en kiosque actuellement traite aussi bien du saké que du tamagotchi qui fête ses 15 ans, en passant par l’art théâtral du Nô et du Kyôgen, une interview de l’ambassadeur du Japon en France, et surtout pour vous lecteurs, des pages très riches sur l’actualité littéraire !

Vous trouverez dans ces pages lecture les dernières sorties : le livre 3 de 1Q84 de Murakami, Louange des mousses (ouvrage très original sur les mousses au Japon chez Picquier), le livre du Tanka francophone … et des pages spécifiques pour les enfants (ce qui est très intéressant car les auteurs japonais pour enfants font des choses très belles mais souvent noyées dans la masse des ouvrages qui sortent chaque mois !), et enfin pour les ados et les adultes, des mangas pour tous les âges !

C’est un magazine que j’ai découvert récemment et qui vaut vraiment le détour : beaucoup beaucoup de thèmes et une mise en page très agréable qui en font un très bon moment de découverte et de dépaysement !

Pays de neige – Yasunari Kawabata : éblouissant !!!

paysneigeSi vous ne connaissez pas Kawabata, ce prix Nobel japonais, plongez dans la neige de ce roman-poème !

C’est simplement beau !

Shimamura se rend par trois fois dans ce pays de neige. Après un voyage en train qui est déjà le début de la communion avec le paysage, il rencontre Komako, jeune geisha qui lui joue du shamisen, lui parle et admire la beauté de la nature avec lui. Il retournera la voir à deux reprises.

Trois saisons différentes donc, pour une relation qui est décrite par touches comme pour une peinture, et non pas décortiquée comme nous le voyons parfois dans les romans occidentaux.

Pas d’action au sens classique du roman, mais une découverte permanente de la beauté de la nature, que ce soit au début du printemps, à l’automne avec les érables flamboyants, ou en décembre au début de l’hiver blanc.

Shimamura savoure ces séjours en compagnie de Komako. La jeune geisha lui explique son quotidien, ses lectures, sa musique, son pays avec son ciel étoilé, sa voie lactée.

Tout cela donne des pages d’une somptueuse poésie, on s’imprègne totalement de ce pays de neige et on y reste agréablement blotti près du kotatsu à regarder le ciel changer de couleur et la neige changer de reflet.

Même l’incendie final, malgré son caractère dramatique, est magnifié par la poésie.

Le beau à l’état pur !

le ciel …
« Il n’y avait pas de lune. Les étoiles, par contre, apparaissaient presque trop nombreuses pour qu’on crût à leur réalité, si scintillantes et si proches qu’on croyait les voir tomber et se précipiter dans le vide. Le ciel se retranchait derrière elles, toujours plus profond et plus lointain, là-bas, vers les sources enténébrée de la nuit. »

la neige, le miroir (très présent) …
« Shimamura se demanda si le soleil était levé, car la neige avait pris soudain un éclat plus brillant encore dans le miroir : on eût dit un incendie de glace. Le noir même des cheveux de la jeune femme, dans le contre-jour, paraissait moins profond, secrètement habité par un jeu d’ombres d’une teinte pourprée. »

la voie lactée …
« En la regardant lui aussi, Shimamura eut l’impression d’y nager, tant sa phosphorescence lui parut proche, comme si elle l’eût aspiré jusque-là … Image pure et proche d’une volupté terrible, sous laquelle Shimamura, un bref instant, se représenta sa propre silhouette découpée en une ombre aussi multiple qu’il y avait d’étoiles, aussi innombrablement multipliée qu’il y avait là-haut de particules d’argent dans la lumière laiteuse et jusque dans le reflet miroitant des nuages, dont chaque gouttelette infime et rayonnante de lumière se confondait avec son infinité, tant le ciel était clair, d’une limpidité et d’une transparence inimaginables. Cette écharpe sans fin, ce voile infiniment subtil, subtilement tissé dans l’infini, Shimamura ne pouvait plus en détacher son regard. »

 

Il y a un an Hiroshima – Hisashi Tôhara : petit livre bouleversant !

Hisashi Tôhara est un lycéen de 18 ans le 6 août 1945 à Hiroshima. Un an plus tard, il raconte ce qu’il a vécu et vu dans ces pages enfiévrées. Il ne parlera ensuite plus jamais de ce sujet douloureux.

C’est grâce à sa femme et à l’amitié qui la lie à la traductrice que ce texte nous est parvenu. Sa femme l’a trouvé dans les affaires d’Hisashi trois ans après son décès (après 42 ans de vie commune) : ces notes étaient parmi les journaux intimes. Elle décide alors de les faire publier (postface d’avril 2010) « en souhaitant que le coeur du jeune Hisashi Tôhara parvienne tel quel à ceux qui daigneront le lire ».

Il nous raconte la bombe : l’explosion (« En un instant, les alentours s’éclairèrent au point que j’en fus aveuglé »), les personnes brûlées, la ville en feu à perte de vue : « Mais enfin, qu’est-ce qui nous avait attaqués ainsi avec une telle violence ? Où était le centre de l’explosion ? Jusqu’où s’étendaient les dégâts ? »
Il y a toutes ces personnes à sauver, mais aussi la peur de mourir, la réaction d’un jeune adolescent face à la mort, la peur. Il sauve une petite fille mais ne sauve pas un homme coincé dans sa maison en feu : il veut fuir avant tout, se sauver lui-même, mais du coup se sent faible et laid …
Après un périple apocalyptique, il arrive dans un centre de secours : « Les visages gonflés et violacés étaient méconnaissables. Les cheveux grillés et tirebouchonnés, les lèvres boursoufflées au point que la distinction entre homme et femme devenait impossible … Je reconnus une nouvelle fois la chance que mon corps avait eue ». Il finira par arriver chez sa mère, avec sa brûlure dans la nuque qui n’en finit pas de cicatriser.

Puis il parle pudiquement du « syndrome de la bombe atomique » : « Ceux qui perdaient leurs cheveux étaient abandonnés même des médecins. J’ai vécu en tirant chaque matin sur mes cheveux pour me convaincre que je tenais encore le coup ».

Un témoignage très fort sur « Pikadon » : pika=éclair, don=détonation, nom donné par les enfants à l’explosion atomique.

Une lecture douloureuse et nécessaire pour savoir et ne pas recommencer …

 

Le japonais dans votre poche : un peu de Japon avec soi …

Bon, je ne parle pas et ne lis pas (encore) le japonais mais je le « regarde » … et ce petit livre me permet d’avoir un peu de cette langue avec moi.
Il est tout petit (13X10 cm) et ressemble un peu aux imagiers de notre enfance : beaucoup de petites photos, les mots en japonais, phonétique et français.
J’adore particulièrement la page sur les arbres et les fleurs, où l’on découvre que chrysanthème se dit « kiku » et chêne « ôku » … Il y a aussi la cuisine, les vêtements, et autres objets du quotidien, ainsi que les chiffres, jours de la semaine, mois etc.

Très pratique également pour votre voyage au Japon bien sûr !

Eloge de l’ombre – Junichirô Tanizaki : un classique indispensable !

Publié en 1933, cet ouvrage que le traducteur René Sieffert tient pour le chef-d’oeuvre de Tanizaki nous livre ses réflexions sur la conception japonaise du beau. Et le traducteur de préciser : « Jamais pareil sujet n’avait été traité, sous une forme apparemment désinvolte, avec autant de bonheur ».

Ce livre est en fait un parcours dans la beauté du Japon : de la maison où l’on apprend comment concilier esthétique japonaise et équipements modernes (éclairage et chauffage électrique, toilettes, vitrages) au repas, avec la soupe misô qui ne peut se servir que dans un bol de laque, et les yôkan sur un plat à gâteaux lui aussi en laque, en passant par le rôle de l’ombre au théâtre ou à la maison (femmes aux tenues sombres, se noircissant les dents pour se fondre dans l’ombre).

Un texte aux accents parfois très modernes sur les inconvénients de l’éclairage abusif qui empêche de profiter pleinement de la lune d’automne, surchauffe les pièces en été et attire de nombreux insectes !

On appréciera également la recette des sushi aux feuilles de kaki !

Je vous place ici quelques passages pour que vous puissiez découvrir et apprécier ce livre culte !

Sur les yôkan :
« Et quand enfin vous portez à la bouche cette matière fraîche et lisse, vous sentez fondre sur la pointe de votre langue comme une parcelle d’obscurité de la pièce, solidifiée en une masse sucrée, et ce yôkan somme toute assez insipide, vous lui trouvez une étrange profondeur qui en rehausse le goût ».

Le bol de laque :
« Le bol de laque au contraire, lorsque vous le découvrez, vous donne, jusqu’à ce que vous le portiez à la bouche, le plaisir de contempler, dans ses profondeurs obscures, un liquide dont la couleur se distingue à peine de celle du contenant et qui stagne, silencieux, dans le fond ».

Et une très belle définition du beau :
« Je crois que le beau n’est pas une substance en soin, mais rien qu’un dessin d’ombres, qu’un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. De même qu’une pierre phosphorescente qui, placée dans l’obscurité émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l’on supprime les effets d’ombre ».

L’adieu du samouraï – Bertrand Petit et Keiko Yokoyama (calligraphies) : poésies masculines

Les jiseiku qui constituent ce recueil ont été écrits par des samouraïs du XVème et XVIème siècle, durant la période dite des « Royaumes combattants », violente époque des guerres féodales au Japon. La plupart de ces poèmes sont des tanka. Ecrits par des hommes dont la fin est proche (mort au combat, suicide voire vieillesse), ils sont donc particulièrement forts et bouleversants.

« Même en connaissant bien l’instant
où il faudra tomber,
au milieu de ce monde
une fleur reste une fleur
un homme reste un homme. »

Le tout magnifiquement accompagné par les calligraphies de Keiko Yokoyama.

L’Amour-Poème / Bertrand Petit et Keiko Yokoyama (calligraphies) / charmant !

Un petit livre très beau, à mi-chemin entre le recueil de poèmes et le livre d’art.

De superbes calligraphies de Keiko Yokoyama illustrent en effet ces poèmes extraits du Kokinshû. Ce recueil de poèmes achevé en 920 va définir les canons de la poésie japonaise classique jusqu’au XIXème siècle.

Vous ne trouverez ici que des poèmes issus des chapitres relatifs à l’amour (qui représentent environ un tiers du Kokinshû).

Ces poèmes (waka en japonais) sont des tanka (dont je vous ai déjà parlé pour l’anniversaire de la salade) : 31 syllabes réparties en 5/7/5 et 7/7.

Les poèmes sont présentés en trois versions : japonais, phonétique (pour en apprécier la musicalité) et français, et certaines subtilités sont expliquées par des notes en bas de page. Il s’agit parfois d’échanges amoureux : un poème écrit par l’homme auquel répond un poème écrit par la femme. On y évoque souvent la « manche » car les larges manches des vêtements japonais y sont associés aux larmes, ces manches jouant le rôle de nos mouchoirs occidentaux.

Je tiens à souligner la beauté des calligraphies qui jouent pour moi un rôle aussi important que les textes dans ce petit livre d’art ! De plus, ces calligraphies sont « traduites » (un petit mot ou groupe de mots français explique ce que signifient le ou les signes calligraphiés).

Appel du pied de Risa Wataya – lecture pour adolescent(e)s

Risa Wataya a écrit ce livre alors qu’elle était à l’université et a reçu pour ce roman le prestigieux prix Akutagawa à l’âge de 19 ans !

C’est l’histoire d’Hatsu, une lycéenne en première année, solitaire, mal intégrée dans sa classe malgré la présence de son ancienne amie de collège Kinuyo. Mal dans ses baskets, elle fait connaissance avec Ninagawa, garçon de la classe lui aussi solitaire. Entre les cours, les pauses déjeuner, le club d’athlétisme, la vie n’est pas très gaie. Ninagawa l’invite chez lui mais n’a d’yeux que pour une mannequin Oli Chang qu’il vénère … Relation amoureuse naissante, incompréhension, vide ?

Ce roman au style très enlevé et très visuel (« Il me vient la même impression de malaise qu’avec des grains de sable sous la dent dans la soupe au miso quand les pétoncles sont mal rincés ») parle de la période délicate de l’adolescente, pleine de paradoxes :

« Mais, si je m’efforce de m’effacer ainsi le plus possible, en même temps j’ai peur de m’apercevoir que j’ai complètement disparu ».

« Je veux être reconnue. Je veux qu’on m’accepte. Je veux que quelqu’un délie un à un tous les fils noirs qui sont pris dans mon coeur comme on détache un à un les cheveux pris dans un peigne, et les jette à la corbeille. Je voudrais que les autres répondent à mon attente, mais je ne suis même pas capable de penser à faire quelque chose pour quiconque ».

 

La bénédiction inattendue de Yoko Ogawa – mots et fantômes

Un recueil de sept récits qui nous permet d’approcher l’alchimie de l’écriture de Yoko Ogawa.

De la petite fille qui reçoit un magnifique stylo plume et découvre sa passion solitaire pour l’écriture à la jeune mère avec son bébé et son chien Apollo qui tient un rôle important dans plusieurs des récits, la poésie est partout, l’amour des mots aussi, et les êtres fantomatiques rôdent dans la forêt des disparus, font surgir des mots, des histoires.

Beaucoup de poésie, de magie aussi, des personnages attachants.
Une très belle lecture.

Le Magazine Littéraire de mars – Dossier La littérature japonaise – très complet

Une fois de plus, le Magazine Littéraire nous offre un très bon dossier sur la littérature japonaise.

Très fouillé, toutes les dimensions de cette littérature sont abordées :
– de façon « historique » en découpant cette littérature en grandes périodes (jusqu’à la fin du XIXème siècle, le poids de l’après-guerre, le Nobel, les écrivains de l’an 2000 et évidemment l’après 11 mars 2011),
– mais aussi avec des approches différentes (les romancières, la langue, le théâtre, les haïkus, Philippe Picquier, et même le succès spectaculaire du Bateau-Usine de Takiji Kobayashi),
– et pour les inconditionnels un long entretien avec Haruki Murakami.

Une lecture indispensable …

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