Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer

Encore un peu petite : un livre tendre pour apprendre à grandir … tout doucement

J’adore l’univers crayonné par Chiaki Okada, dans lequel elle met en scène d’adorables bambins aux joues rosées qui grandissent doucement, jouant avec leur doudou, leurs amis, se posant beaucoup de questions, le tout sous le regard bienveillant de leurs parents (surtout les mamans … on aimerait bien voir un peu plus de papas !).

Nous retrouvons donc dans ce nouvel album une petite fille de trois ou quatre ans dans différents moments de son quotidien. Comme classiquement dans les illustrations de Chiaki Okada, c’est à hauteur d’enfant que le lecteur suit la petite fille. Cela lui permet vraiment de se mettre à sa place et de comprendre ce qu’elle ressent.

C’est d’abord le chien Lulu qui veut aller se promener. Comme la fillette est « encore un peu petite », elle ne peut pas le promener toute seule, elle le fait donc avec maman. Quel bonheur de lui donner la main ! Mais lorsqu’il s’agit de saluer une autre personne dans la rue, elle est intimidée et se cache dans la jupe de sa mère. C’est difficile de dire bonjour haut et fort ! Un jour, quand elle aura grandi, elle y arrivera. De retour à la maison, elle enfile une robe envoyée par mamie, elle est encore un peu grande, mais un jour elle sera à sa taille. Et la peur du noir … Un jour elle sait qu’elle arrivera à dormir sans lumière.

La vie, c’est aussi les disputes. Lorsqu’elle ne veut pas prêter sa peluche préférée à sa copine et qu’elle dit qu’elle ne veut « plus jamais » jouer avec elle, elle réalise que c’est trop triste, qu’il faut vite faire la paix. Il n’est alors pas question d’attendre longtemps ! Elle retrouve son amie, lui prête son doudou et les sourires sur les deux visages rayonnent sur une très belle double page !

Le livre se termine sur une interrogation : « Comment je serai quand je serai grande ? » … Elle ne sait pas, mais elle pense qu’elle continuera à aimer les mêmes choses, et surtout Lulu, son chien adoré.

Un concentré de tendresse, un livre pour apprendre à grandir à petits pas, sans se brusquer, pour comprendre que chaque chose viendra en son temps, qu’il faut juste être un peu patient.

Publicité

Akiko la silencieuse : petit conte zen

Peut-être connaissez-vous déjà Akiko, cette petite fille devenue grande au fil des albums, malicieuse, rêveuse, voyageuse, courageuse … Chaque histoire plonge le jeune lecteur dans la campagne japonaise et lui fait vivre des aventures qui le font tout à la fois rêver et grandir. Car ces petits contes, bien que ludiques, ont toujours un aspect philosophique et un côté apaisant, rassurant.

Dans ce volume paru fin août, nous retrouvons avec bonheur Akiko. Le vent se lève dans le village au pied de la montagne. La jeune fille est au pied d’un arbre, les yeux fermés, les oreilles grandes ouvertes. Elle écoute les bruits du monde : le vent dans les feuilles, l’écureuil qui croque les amandes, la rivière qui coule, les grenouilles qui chantent, le chien qui aboie quand le renard approche, les oiseaux qui chantent … et même le vieil arbre qui ronfle.

Elle ressent tout cela en pleine conscience, tout en pratiquant des postures de yoga pour sentir son corps en harmonie avec cette nature qui l’entoure : elle devient abeille en mettant ses bras derrière sa tête, grenouille en s’accroupissant sur le sol, les pieds dans l’herbe fraîche, arbre les bras tendus vers le ciel.

Calme, attentive, elle profite de ces précieux moments d’harmonie … Mais quand son amoureux (Takiji que vous pouvez retrouver dans Takiji l’audacieux du même auteur) arrive, elle ouvre les yeux et le rejoint avec entrain pour un bain dans la rivière.

Ce petit livre très inspirant permettra de comprendre qu’il est parfois utile et important de prendre du temps pour se poser au calme, ne rien faire d’autre que ressentir notre présence au monde, que d’écouter et de sentir la terre, l’air, l’eau, la vie qui nous entoure … pour ensuite mieux repartir et apprécier la vie avec ceux qu’on aime.

Un très beau livre à ouvrir à chaque fois que la pression monte, que le ras-le-bol s’installe … pour juste réapprendre à prendre le temps.

Souvenirs de la mer assoupie de Shin’ya Komatsu : mer et imaginaire

Voici le livre idéal pour les vacances : la mer, les petits villages méditerranéens, la sieste, et le surréalisme avec de magnifiques histoires de phares qui marchent, de billes de verre créées par les vagues, de parapluie sauteur pour voler dans le ciel, de siestacés (des coquillages qui projettes leurs rêves sous forme de mirages).

Ce manga dans les dégradés de bleu met en scène la charmante Lisa (qui fait penser à Alice aux pays des merveilles) qui habite à Cap Vendredi. Ses aventures se succèdent au fil des chapitres.

Elle a trouvé un violon de verre sur la plage d’Aoûtia, là où viennent échouer les objets du monde entier. Elle vit avec sa grand-mère et a pour amie Monako. Elle adore aller boire de la limonade (ramune avec une bille dedans) chez le vendeur magicien qui lui raconte que ces billes sont les gouttes des vagues qui se figent les jours de pleine lune. Et rien qu’en regardant à travers sa bille de verre, Lisa se met à rêver qu’elle nage dans la mer.

Elle s’émerveille devant le parapluie sauteur d’un jeune garçon (qui l’appelle son Jet Swallow). Le garçon offre aux fillettes des vents trouvés au distributeur automatique de vent. Et il poursuit son tour du monde sur son drôle d’engin.

Quand Lisa prend le tram pour rendre un livre à la bibliothèque et rate son arrêt, elle arrive à l’île du Roupillon. Les siestacés projettent leurs mirages dans la ville, et un peintre les met sur ses toiles.

Lorsqu’elle va au phare avec son amie, elle joue du violon, ce qui réveille le phare qui se met à bouger. Avec ses pieds, il se promène, prend même une passagère sur le chemin. Puis il se perd … et demande de l’aide à un confrère pour finalement retrouver son cap et éclairer la mer à la nuit tombée.

Un jour, la lune s’approche très près de la terre, l’eau monte et les habitants doivent quitter Cap Vendredi. Ils se réfugient dans les falaises. Dans la ville submergée, Lisa rencontre Silaria, une jeune fille avec un masque de plongée. Elle est venue pour récupérer son violon grâce à un sous-marin. Elle habite en effet Apollinaris, une ville au fond de la mer (une légende bien réelle finalement … Lisa en a tellement entendu parler !). Silaria lui offre des animaux marins sculptés dans des perles de mer.

Un vrai voyage dans un univers merveilleux qui ravira les adultes et les enfants rêveurs !

En fin de livre, de drôles et poétiques chroniques de la colline aux étourdis raconte le quotidien burlesque des habitants d’une colline : une fenêtre qui rêve et qui permet à l’habitant de la maison de découvrir un monde inconnu, des papillons qui prennent le train et descendent tous dans un arrêt en plein champ, un petit pilote d’abeille qui demande un ravitaillement en miel, le martin-pêcheur d’un tableau qui en sort pour manger des poissons dans un bocal, un professeur qui fait des expériences étranges (il crée un téléviseur végétal, fait grossir et exploser une brioche de viande et se retrouve à goûter les atomes), une fleur qui vogue sur la rivière et parfume les rêves des riverains. Des perles de poésie à contempler et savourer encore et encore !

Un livre ravissant à découvrir d’urgence !

La petite goutte de trop de Shinsuke Yoshitake : on a tous nos petits secrets embarrassants !

Une fois de plus, Shinsuke Yoshitake fait rire les enfants en dédramatisant les petits soucis du quotidien, qui peuvent parfois prendre des proportions énormes dans leur tête.

En l’occurence, le petit garçon qui raconte son histoire a un soucis : « J’ai comme qui dirait un léger problème de fuite ». Il fait toujours une petite goutte de trop quand il va aux toilettes. Il voit bien que ça énerve sa maman, mais une fois le pantalon remis, ça ne se voit pas … et puis ça finit par sécher. Il va donc se promener le temps que ça sèche.

Et comme souvent avec Yoshitake, le petit garçon réfléchit : les autres qu’il croise dans la rue ont-ils le même soucis que lui ? Mais lorsqu’il demande à un monsieur en costume de baisser son pantalon pour vérifier s’il a le même problème que lui, celui-ci est très agacé et part fâché. Mais pourquoi s’en cacher, pourquoi ne pas brandir fièrement son slip avec sa petite goutte en étendard ?

Le petit garçon poursuit sa quête. Il interroge une petite fille qui se tortille, mais elle a un autre problème, sa robe qui gratouille. Le garçon qu’il rencontre ensuite a un problème de chaussette qui pendouille, un autre a une tige d’épinard coincée entre les dents, une autre fillette a les manches de sa robe remontées sous son gilet. Et que dire de celui qui a « une crotte de nez qui gigote tout au fond de ses narines sans vouloir sortir » ! Tout le monde a son petit problème agaçant … mais personne ne semble avoir ce problème de petite goutte.

Il se rappelle alors son copain qui avait « la grosse goutte de trop », mais il a déménagé. Ils rigolaient bien ensemble de leur problème de goutte.

Lorsqu’il se décide enfin à rentrer car sa goutte a séché, il a tout de suite envie de faire pipi … et voilà, une nouvelle goutte !

Le petit garçon énervé va voir son papi, il lui fait part de son soucis. Le papi dédramatise : il suffit d’attendre que ça sèche, et puis ça ne se voit pas avec le pantalon … il lui avoue même que ça lui arrive aussi d’avoir une petite goutte de trop !

Quel soulagement ! Il repart tout joyeux avec son papi.

On retrouve tous les ingrédients qui font le succès des livres hilarants de cet auteur : les dessins simples mais très expressifs, le petit soucis d’un enfant qui le travaille beaucoup, ses réflexions, ses questions … et un humour qui permet de relativiser, de réaliser que chacun est différent, que chacun a ses soucis, mais surtout que rien de tout cela n’est vraiment grave et que les adultes ne sont pas sans soucis et petits défauts non plus.

C’est très drôle, ça décomplexe … Bref, ça fait du bien !

Les jours heureux d’Antoine Dole et Seng Soun Ratanavanh : fleurs de cerisier et manque d’un être cher

Attention, vous allez tomber amoureux de ce livre !

Il réunit deux grands talents : Antoine Dole qui avait déjà écrit de très belles histoires autour de Hanami (contemplation des fleurs de cerisier au printemps) dans Ueno Park (à lire et faire lire à vos ados !). Je le présentais il y a quelques temps dans Journal du Japon. Nous retrouvons ici cette même sensibilité, cette approche de l’humain entre fragilité et force, entre tristesse et capacité à rebondir, aller de l’avant. Les mots sont réunis en haïkus : frère et sœur, danse et cœur, pétales et nuages, l’instant comme maison, rêves dans les branches … L’émotion en quelques mots. Le blanc entre les haïkus, le silence du recueillement.

Si le texte seul est une splendeur, les illustrations de Seng Soun Ratanavanh le subliment, le magnifient, l’entourent d’amour et de beauté, de rose, de vert, de vie ! J’adore cette illustratrice depuis que je me suis plongée dans ses Miyuki, une petite Poucette qui vit avec son grand-père dans un royaume végétal merveilleux. Ces grands livres sont toujours avec moi, bien que mes enfants soient maintenant très grands (en âge et en taille !). Plus que des livres, ce sont des compagnons, des remèdes à la morosité, à la grisaille, des feux d’artifice pour les yeux et le cœur. Si vous les connaissez pas, foncez chez votre libraire ! J’en ai parlé sur le blog et sur Journal du Japon si vous voulez vous faire une idée … mais le mieux est d’aller les voir en librairie !

Mais revenons à ce beau livre débordant de fleurs ! Dès l’ouverture, on tombe sur une pluie de fleurs et de pétales blancs sur fond rose … avec des fleurs couleur bois, car Seng Soun Ratanavanh a peint sur du bois, et tout au long du livre, des parties « brutes », non peintes, apparaissent, pour mieux montrer le manque « présent » au fil des pages. Un daruma accueille ensuite le lecteur avec ce titre « Les jours heureux ».

Nous découvrons Yuko, adorable petite fille aux cheveux noirs et qui a revêtu son plus beau kimono. Elle guette à sa fenêtre les premiers signes du printemps. Il arrive et se répand sur tout le Japon, avec ses myriades de fleurs roses. C’est un rendez-vous qu’elle ne manquerait pour rien au monde, tout comme son petit frère Sora qui saute sur son dos pour aller fêter Hanami ! Ils sortent et les rues dévoilent une belle plaque d’égout (si vous êtes allés au Japon, vous avez sûrement remarqué ces plaques décorées superbes !), une boutique de masques plus ou moins drôles ou effrayants. Puis ils arrivent au parc et s’installent sous un cerisier pour déguster leurs bentos : onigiri panda, hanami dango … petits plaisirs gourmands de saison ! Et le souvenir d’une famille heureuse sous les cerisiers. Yuko accroche une bandelette de papier à une branche, un rêve de revoir celle qui n’est plus. L’émotion est forte, et pour que le chagrin ne soit pas trop lourd, on le dépose dans une petite barque faite de feuilles, qui partira au loin. Un jizo, une pensée pour la disparue, une larme, une photo près d’une kokeshi. Et une pluie de pétales et de papillons pour sentir l’amour et la vie qui est partout !

Ce livre permet d’évoquer en douceur le deuil, le manque. C’est à travers toutes les petites touches de bois brut qui parcourent le livre, comme un vide, un espace creux, une blessure, une douleur, que cette absence est évoquée … C’est parfois un objet, un insecte, un oiseau, même l’ombre des deux enfants qui « manque », mais ce n’est pas noir, ça ne déteint pas, n’abîme pas, c’est là, c’est tout. Il faut apprendre à vivre avec, à ne pas le laisser envahir tout l’espace. Comme le dit l’auteur lorsqu’il parle de ce livre : « Ceux qui nous quittent nous laissent leur force et leur amour. C’est là, au-dessus de nos têtes. Un bonheur à saisir. Une chance à se donner. C’est l’idée que demain, comme les fleurs d’Hanami, et malgré ses douleurs, notre cœur pourra recommencer à battre et éclore à nouveau. »

Un livre à offrir ou à s’offrir, à lire en famille, à admirer page après page (et une belle occasion de découvrir beaucoup d’éléments de la culture japonaise magnifiquement dessinés), une ode au printemps et à la vie !

Deux pépites jeunesse à découvrir au plus vite !

Comme vous l’avez sûrement constaté, mon blog vous permet de découvrir de nombreux albums jeunesse. En ce presque-printemps, deux très beaux livres ont particulièrement retenu mon attention. Deux gros gros coups de cœur que je vous invite à découvrir chez votre libraire préféré, pour passer de bons moments de lecture avec les enfants à qui vous les offrirez !

Youpi je m’ennuie de Shinsuke Yoshitake : rire d’ennui !

C’est un auteur jeunesse que j’adore : graphismes simples, thèmes loufoques, tout ce qu’il faut pour passer un bon moment, pour les enfants, mais aussi pour les adultes !

J’avais adoré La librairie de tous les possibles (qui me permet au passage de saluer tous ces magiciens du quotidien que sont les libraires).

Ce nouvel ouvrage aborde un sujet « classique », l’ennui, mais traité de façon terriblement original.

Tout commence de façon assez traditionnelle, un petit garçon s’ennuie sur le canapé du salon : ses jouets l’ennuient, il n’y a rien à la télé, il gesticule dans tous les sens et dit « Maman ! Je m’ennuie ! » (une scène que tous les parents ont vécue !). Sa mère l’incite à trouver quelque chose à faire.

Il se met alors à réfléchir : pourquoi il s’ennuie, à qui la faute, c’est quoi l’ennui ? Et cela part vite dans des délires très drôles : si on me coince dans un donut géant, c’est super rigolo, mais ensuite, resté coincé, ce n’est plus amusant du tout ! Et si il se met assis à des endroits différents, est-ce qu’il s’ennuiera moins ? Et si j’ajoute de nouveaux vêtements sur moi ? Est-ce qu’il faut avoir beaucoup de choses pour moins s’ennuyer ? Est-ce que l’ennui c’est quand quelque chose ne nous intéresse pas ? Est-ce que les objets s’ennuient ? Pour chaque question, des mises en scène farfelues surprennent le lecteur et le font rire !

Puis il imagine le parc d’attraction le plus ennuyeux du monde, à découvrir sur une double page : grande roue toute petite, jus de fruits amers, mascottes fatiguées etc.

Finalement c’est amusant d’imaginer tout ce qui ennuie !

Mais parfois, on ne pense à rien, ou on ne s’ennuie pas et on ne s’amuse pas non plus.

Qui a inventé l’expression « je m’ennuie » ?

Et si on regroupe des personnes qui s’ennuient, ça fait quoi ?

Et à quel âge de la vie s’ennuie-t-on le plus ?

Est-ce que ça se voit quand on s’ennuie ?

Le petit garçon finit par aller voir son père : est-ce qu’il s’amuse, est-ce qu’il s’ennuie ? Et son père de tenter des explications positives : inventer quelque chose de rigolo à faire, c’est parce qu’il y a des moments où on s’ennuie que les moments où l’on s’amuse vraiment paraissent encore plus chouettes … Le petit garçon part en râlant : il lui a déjà dit ça la dernière fois !

Un livre qui fait du bien et qui permet de voir le côté joyeux de l’ennui ! Un livre à partager en famille pour ensuite discuter … de l’ennui.

La balade de Koïshi (texte Agnès Domergue, illustrations Cécile Hudrisier) : la vie d’un petit grain de riz

Voici un livre qui marque tant par sa forme que par son fond.

Le format, tout d’abord, en leporello qui se déplie en accordéon pour former une immense fresque (à déplier par terre par exemple, les enfants étant toujours ravis de lire à plat ventre !) ou plus classiquement à tourner double page après double page, bien au chaud dans le lit. Il peut aussi se poser debout sur une table de chevet et former une ronde infinie à faire tourner pour voir Koïshi évoluer au fil des pages et des saisons et l’accompagner au milieu des plantes, des pierres, des rivières et des animaux. Un objet poétique aux multiples usages …

L’histoire est simplement belle, touchante, poétique et délicate.

Un seul grain de riz
peut donner une rizière.
D’une rizière et du soleil levant,
Koïshi est né.
Ce matin,
Koïshi fait ses premiers pas
de printemps.
Il titube, trottine
et dessine son chemin …

Les premiers mots posent le décor : ce petit être en forme de grain de riz est d’une simplicité déconcertante. Mais il est très attachant.

On le découvre vert tendre en haut d’une tige dans une rizière, le soleil semble l’avoir caressé et réveillé. Puis il se met en route, maladroitement entre les pierres et les pousses vertes. Un petit trait pointillé accompagne ses pas tout au long de l’aventure. L’enfant suivra ainsi du doigt les déplacements du petit personnage.

En chemin, il salue les oiseaux, les cailloux, les fleurs. Il sautille, respire les parfums. Petit à petit, le vert devient jaune, rouge, orange, l’été est là et Koïshi récolte de délicieux fruits en navigant entre des îles colorées et gourmandes. Le bonheur est bien là !

L’orage gronde. Puis de page en page, tout devient gris. Koïshi s’inquiète « À force de pluie, les arbres vont rouiller … ». Le paysage se dépouille. S’appuyant sur une brindille, il regarde son ami le canard s’envoler. Les feuilles d’automne s’envolent.

« L’hiver a recouvert la terre ». Le petit personnage qu’on a appris à aimer au fil des pages semble bien fatigué. Il est passé d’un bleu vif à un gris triste. Sa brindille-canne ne le quitte plus. Il pense à son ami en regardant les rides de l’eau. Et même si son petit cœur sourit, une grosse bouffée de nostalgie envahit le lecteur !

Koïshi se rapproche pas après pas de la terre qui va l’accueillir, lui et le petit grain qu’il tient dans sa poche … et on devine qu’au printemps prochain, un autre petit Koïshi sortira et voyagera au fil des saisons !

Les illustrations délicates créent une ambiance douce qui sied parfaitement au texte qui mêle descriptions, réflexions et poésie tendre. L’ensemble invite à l’observation, voire la contemplation, à l’attention aux autres, au monde. Un livre qui invite à capter les couleurs et les odeurs des saisons, à profiter de chaque instant … car la vie s’écoule et rien ne peut la ralentir, alors apprenons à apprécier toutes les merveilles qu’elle nous offre !

 

Tête-en-l’air dit tout le contraire : une chauve-souris et ses troubles du langage !

Les éditions nobi nobi ! proposent souvent des albums pour enfants qui, sous des apparences de légèreté et d’humour, abordent des problèmes fondamentaux pour les petits êtres en construction.

C’est le cas avec Tête-en-l’air, une petite chauve-souris adorable, mais qui a un gros soucis : comme elle passe presque tout son temps la tête en bas dans sa grotte, les mots qui sortent de sa bouche sont eux aussi « à l’envers » et elle dit le contraire de ce qu’elle pense … Cela entraîne beaucoup de problèmes, surtout pour vivre en bonne entente avec ses amis.

Quand Tête-en-l’air parle seul dans les premières pages et qu’il dit tout le contraire de ce qu’il pense (J’ai bien mangé alors qu’il meurt de faim ou J’ai sommeil au lieu de J’ai bien dormi), ce n’est pas bien grave et même amusant. Mais lorsqu’il commence à s’ennuyer et dit « Je m’amuse bien … qu’est-ce que je rigole !« , le jeune lecteur commence à s’interroger, à sentir une certaine tristesse et de l’empathie vis-à vis du petit animal.

Tête-en-l’air part à la recherche d’amis pour jouer. Mais il demande au souriceau de ne surtout pas jouer avec lui, et quand celui-ci s’exécute, il dit « Mais … Mais va-t-en ! Débarrasse le plancher, et plus vite que ça ! », c’est dur …

Et quand c’est un ours qui passe et que ça recommence, on se demande comment cela va finir. Mais l’ours est attentif à chaque mot, et il finit par comprendre que la chauve-souris dit tout l’inverse de ce qu’elle pense. Ouf ! L’ours lui répond et s’adapte, et ils peuvent enfin jouer (même si parfois l’ours oublie que son ami parle à l’envers et que jouer à cache-cache n’est pas facile dans ce cas). Mais un concours de grimaces ne nécessite pas de parler et ils s’amusent beaucoup (les dessins sont hilarants). Et la chauve-souris de hurler « Oh, mince ! Je m’ennuie à mourir ! ». Le lecteur pourra rire de bon cœur avec eux !

Le soleil se couche, l’ours doit partir. Et Tête-en-l’air est triste en disant : « Bon … ne reviens plus jamais ! Je ne veux plus jouer avec toi. » Le lecteur comprend qu’il a hâte de le revoir et a adoré jouer avec lui. C’est alors que l’ours (qui, même s’il comprend ce qu’il veut dire, a du mal à supporter ces mots) met la chauve-souris tête en haut au creux de sa main … Et miracle, elle parle normalement ! Les deux amis se regardent et sont très heureux.

Le dessin très simple des personnages, la rondeur des visages, les grandes bouches et les grands sourires sont d’une grande efficacité pour faire passer les expressions des personnages. Un plaisir jubilatoire pour petits et grands, et un livre qui fait du bien et qui est indispensable pour parler différence, empathie, partage en toute simplicité, avec quelques animaux ronds aux mimiques rigolotes.

Ne pas se fier aux apparences, aller au-delà d’un premier contact déroutant, comprendre la différence, le handicap et surtout écouter, respecter, être attentionné … pour passer de merveilleux moments !

Un livre à lire, à prêter, à donner, à faire circuler dans les écoles maternelles … partout !

A qui sont ces moufles ? de Yukiko Tanemura : jour de neige

Voici une fois de plus un très beau livre aux éditions nobi nobi !

C’est un jour de neige, tout est blanc. La petite Maé bien emmitouflée traîne derrière elle sa luge rouge. Lorsqu’elle trouve une paire de moufles au nom de Julie, elle décide de suivre les traces de pas et découvre encore d’autres vêtements : plusieurs écharpes, des gants, un pull géant (?), des bijoux. Mais aussi un ballon rouge dans un arbre, une briquette de lait à la fraise au sol …

La marche continue, la petite fille longe des murs, passe par un trou dans une grille et se retrouve dans la forêt. Elle commence à avoir un peu peur … Mais elle poursuit sa quête et se retrouve bientôt près de l’étang qui se trouve à côté de sa maison. La voilà rassurée.

Quand elle aperçoit une petite fille en contrebas, elle descend en luge pour la rejoindre. C’est bien la petite Julie, qui est très heureuse de retrouver les affaires qu’elle a perdues en route et qui étaient destinées … à habiller des bonshommes de neige !! Les deux fillettes passent un très bon moment ensemble à les habiller tous !

Un livre idéal en cette saison de froid et parfois de neige. Les décors ont de multiples détails ravissants. La dessinatrice est en effet native d’Hokkaido et connaît bien les paysages de neige qu’elle retranscrit à merveille ici. Elle met de belles touches de couleurs sur le blanc : les pas et traces de luge sont bleus, tout comme le ciel ; les murs et les arbres sont plutôt bleu marine ; les aires de jeu ont des couleurs vives, rouge, jaune, turquoise, et les objets semés par la petite Julie sont eux-aussi très colorés (rose, orange, vert etc.). De nombreux animaux parcourent les pages : oiseaux presque à chaque page, renard dans la forêt profonde.

Les petits adoreront chercher les petits oiseaux, citer le nom des objets perdus, tourner frénétiquement les pages pour mettre fin au suspense présent tout au long de l’histoire !

Un livre comme un grand bol d’air frais, une chasse aux trésors qui ravira les plus jeunes, et un bon moment de lecture à passer bien au chaud sous un plaid avec un chocolat chaud, en regardant la neige tomber … avant de filer faire un bonhomme de neige !

Poupelle et la ville sans ciel de Akihiro Nishino : petit bijou d’humanité !

Il est des livres qu’on a lus enfant et dont on se souvient encore vivement des dizaines d’années plus tard. Je pense que Poupelle et la ville sans ciel sera de ceux-là dans plusieurs décennies : un album très beau, une histoire émouvante, des personnages attachants et des atmosphères impressionnantes.

Ce livre a connu un très grand succès au Japon et arrive jusqu’à nous grâce aux éditions nobi nobi ! qui l’ont édité comme on travail un bijou : grand format, couverture qui brille, mise en page qui crée une ambiance à la fois sombre (textes blancs sur fond noir en page de gauche, illustration grand format en page de droite) et lumineuse par les jeux d’ombres et de lumières bien mis en valeur grâce à ce choix de couleur. Un chef d’œuvre qui a nécessité plusieurs années de travail et qui est enfin accessible aux jeunes lecteurs français !

Mais ouvrons le livre …

« Il était une fois une ville isolée du monde, entourée de falaises hautes de quatre mille mètres. Une ville remplie de cheminées. Du matin au soir, de la fumée s’élevait de partout et couvrait le ciel de nuages. Enfermés sous cette brume noire, les habitants n’avaient jamais vu de ciel bleu ni d’étoiles briller ».

Dans cet univers sombre vit Lubicchi, un adorable petit ramoneur au grand cœur. Son père pêcheur a disparu, on n’a retrouvé que les débris de son bateau. C’était un papa formidable, curieux, rêveur, joyeux. Il manque au petit garçon et à sa mère …

Et il y a Poupelle, un être étrange, né de la fusion d’un cœur tombé du ciel et d’un tas d’ordures le soir d’Halloween. Tout se passe bien ce soir-là, car même s’il sent mauvais, son accoutrement original n’est pas dérangeant quand tout le monde est déguisé. Mais lorsque la vie reprend son cours normal, il est rejeté par les habitants, insulté, rudoyé. Heureusement, il trouve en Lubicchi un véritable ami.

Dans des décors sublimes mêlant noirceur et lumière, les deux amis rencontreront de nombreuses difficultés, mais finiront par faire un merveilleux voyage par-delà les nuages, et le petit garçon découvrira qui est vraiment Poupelle …

Une très très belle histoire, débordante d’humanité, de générosité … Un livre pour aborder la différence, le regard des autres sur ceux qui ne sont pas comme eux, la société dans laquelle il faut réussir à être soi-même, et la transmission de père à fils, par les gestes, les paroles, les objets …

Un livre à offrir à un enfant dès 6 ou 7 ans, qu’il gardera précieusement et transmettra peut-être des années plus tard à ses propres enfants !

N’hésitez pas à aller sur le site de l’éditeur pour en découvrir quelques extraits !

Les labyrinthes fantastiques : dinosaures ou espace, des heures de jeu en perspective !

Les éditions nobi nobi ! ne cessent de surprendre les jeunes lecteurs. De livre en livre, de collection en collection, ils proposent des livres originaux pour que l’enfant voyage, rêve et ici joue pendant de longues heures.

Deux livres sont proposés : dinosaures ou espace, en fonction des goûts des enfants.

Le principe est le même : des pages façon Où est Charlie, avec des labyrinthes à parcourir (en deux versions plus ou moins faciles) et beaucoup de choses à trouver (personnages, objets etc.). Ce qui surprend, c’est la densité de chaque double page, le nombre de personnages, de détails … et donc le nombre d’heures de découverte pour l’ensemble du livre, vraiment de quoi passer de longs après-midi pluvieux allongé sur le ventre à explorer les pages du livre à la recherche d’animaux, de personnes ou d’aliens. Avec sans cesse des allers et retours entre les pages, des personnages qui forment une équipe qui devient familière, attachante. Le lecteur a vraiment envie d’aider en résolvant un maximum d’énigmes.

Lorsque toutes les épreuves sont finies, le jeune aventurier est félicité. Mais ce n’est pas fini ! Un quiz express propose de nouvelles quêtes pour se replonger avec plaisir dans les labyrinthes qui grouillent de détails qui n’avaient pas encore été exploités.

Ensuite, un dinosaure un peu spécial (le labyrinthosaure) est à fabriquer grâce à des formes prédécoupées dans un carton solide. Puis, pour avoir des points bonus, des cartes archives sont proposées : chaque carte présente un élément (personnage, paysage, plat etc.) avec sa description et un indice sur sa localisation, que le petit baroudeur doit aller chercher dans le livre pour obtenir des points découverte supplémentaires.

Et si ce n’était pas encore suffisant, quelques éléments bonus proposent de retrouver d’ultimes objets et personnages dans les pages.

C’est donc très très riche et l’enfant pourra prendre et reprendre le livre sans se lasser tant les énigmes sont nombreuses et variées ! Les univers proposés deviendront des lieux familiers et le plaisir sera sans cesse renouvelé.

Et pas d’inquiétude, si l’enfant est bloqué et ne trouve pas un des éléments demandés, toutes les solutions sont disponibles en fin d’ouvrage (solutions aux labyrinthes, objets à trouver entourés avec différentes couleurs pour une lisibilité optimale).

Une très belle prouesse graphique et un bon investissement pour les petits qui doivent parfois patienter chez le médecin, dans les transports etc. Impossible de dire « Je m’ennuie » avec un tel livre en main !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.