Les Feux de Shôhei Ôoka : l’humain à l’épreuve de la guerre

1945, l’armée japonaise est en pleine débâcle aux Philippines. Le soldat Tamura, atteint de la tuberculose, est un poids pour son régiment et se retrouve rapidement à errer entre plaines et monts à la recherche de nourriture pour survivre. C’est le récit de ces mois d’errance que l’auteur nous livre avec un réalisme saisissant, jusqu’à la nausée. Mais c’est également des pages magnifiques où l’horreur se mêle à la poésie, où l’homme poussé au bord de la mort croit retrouver la vallée de son enfance dans une vallée philippine, où il réfléchit à la présence de Dieu lorsqu’il repère la croix d’une église dans un petit village au bord de la mer.

Ce n’est pas un livre facile, on a souvent envie de fermer, de dire stop, on n’en peut plus de sa souffrance, de la folie qui le guette, de la soif, de la faim, des sangsues qu’il mange pour survivre, des mouches qui s’immiscent dans les moindres muqueuses des soldats pas encore morts, des cadavres gonflés et de l’odeur qui s’en dégage, des amis dont il faut se méfier, des ennemis qu’on n’a pas choisis …

Un récit halluciné, écrit avec les tripes, douloureux mais indispensable !

Ce livre devrait être lu partout et par tous, il montre la guerre dans sa plus totale absurdité. Des soldats qui n’ont jamais demandé à arriver sur ce territoire tropical hostile, qui ne comprennent pas où ils doivent aller, qui souffrent du Béri béri et autres maladies qui en laissent bon nombre sur le bord de la route, la tête plongée dans une rigole où ils cherchaient quelques gouttes d’eau à boire. Et lorsqu’un point de ralliement est nommé, le rejoindre ressemble à un parcours piégé, entre ennemi philippin et ennemi américain. Un jeu de massacre terrible et des vies fauchées par milliers.

Tamura essaie de survivre. Il a bien rencontré quelques soldats qu’il pourrait nommer amis, Yasuda dont le fils de 17 ans est pilote et avec lequel il aimerait mourir, Nagamatsu fils illégitime d’une bonne (on se confie quand on n’a rien d’autre à faire), souffrant du Béri béri, qu’il retrouvera à plusieurs reprise. Mais dans ce bourbier, c’est au final chacun pour soi, la survie autant que possible.

C’est dans les collines qu’il apprend à se nourrir de ce qu’il trouve, maïs, patates douces crues (le feu est un luxe difficile à trouver), sel (le plus précieux des aliments), et eau … mais aussi toutes sortes de plantes et d’insectes.

Mais quand la nourriture manque, jusqu’où sera-t-il prêt à aller ? Perdra-t-il ce qu’il lui reste d’humanité ?

Plutôt que d’entrer dans le détail du livre (qui est un « journal d’un fou » comme le dit le narrateur, écrit lorsque, survivant, il a enfin pu poser ses mots en sécurité dans un hôpital), je préfère vous citer des passages pour que vous vous rendiez compte de la force de ce texte (qui vous hantera longtemps après sa lecture).

La beauté malgré l’horreur :

« Il faisait sombre dans le bois, et le chemin était étroit. Des buissons de plantes inconnues, recouverts de vrilles de lierre entremêlés, comblaient l’espace délimité par de grands arbres dressés semblables à des chênes. Les feuilles mortes des tropiques qui tombent indépendamment des saisons et qui recouvraient le chemin étaient souples sous mes chaussures. Dans le calme ambiant, les feuilles qui venaient de tomber craquaient comme sur les chemins de Musashino. Je marchais tête baissée.
Une étrange pensée me traversa l’esprit. J’empruntais ce chemin pour la première fois de ma vie, et je ne l’emprunterais sans doute jamais plus. Je m’arrêtai, regardai autour de moi.
Ce n’était pas extraordinaire. Il n’y avait là que de paisibles arbres à larges feuilles qui ressemblaient en tout point à ceux de mon pays – tronc élancé, branches épanouies, feuilles pendantes -n, et la seule différence était que je ne connaissais pas leur nom. Ils s’étaient toujours trouvés là, bien avant mon passage, et ils y resteraient sans doute toujours, indépendamment du fait qu eje passe ou non. »

Vivre et mourir :

« S’il y avait la moindre parcelle de vérité dans l’hypothèse selon laquelle les émotions de la vie quotidienne plongeraient leurs racines dans la possibilité qu’ont les choses de « pouvoir se répéter » à l’infini, sentir que j’avais déjà fait ce que je faisais alors n’était-il pas en quelque sorte une perversion de l’esprit de le « refaire encore une fois » ? Une vie placée dans des conditions telles qu’il n’existe aucun espoir de « répétition » dans l’avenir ne rejette-t-elle pas ces possibilités dans le passé ?
Que la « fausse réminiscence » fût le fait de la fatigue ou d’un quelconque malaise, ce n’était pas parce que la vie avait cessé d’avancer. N’était-ce pas plutôt parce qu’on avait perdu tout intérêt à la vie quotidienne et qu’au contraire l’espoir de répétition inhérent à la vie se révélait à cette occasion ?
Je ne pensais pas que cette métaphysique improvisée fût fondée, mais en tout cas, cette découverte me satisfaisait. Elle me rendait même fier, en ce sens qu’elle me confirmait que j’étais vivant.

Je n’avais plus vraiment peur de la clarté de la plaine qui m’entourait. Les gens comme mon moi passé répétaient leur vie. Mais mon moi présent se dirigeait vers la mort et ne répétait rien. Cette certitude m’emplit d’une certaine audace. »

Les cadavres partout :

« Il y avait des cadavres partout. Du sang et des viscères tout frais brillaient sous le soleil succédant à la pluie. Des bras et des jambes déchiquetés avaient roulé dans l’herbe comme les morceaux d’un pantin désarticulé. De vivant et qui bougeait, il n’y avait que des mouches. »

Manger :

« La faim comme la difficulté à trouver de la nourriture ne me posaient pas de problème. L’homme peut manger n’importe quoi. J’arrachais pour les manger toutes sortes d’herbes, qu’elles fussent amères ou coriaces, dans la mesure où des traces de morsures d’insectes m’indiquaient qu’elles n’étaient pas vénéneuses.
Il plut, et les parties exposées de mon corps alors que je dormais sous les arbres furent la proie des sangsues de montagne. Je mangeai donc les jolies petites bêtes couleur d’herbe et à la tête aplatie qui s’étaient gorgées de mon sang. »

Et une phrase qui dit tout de l’épreuve vécue :

« Les hommes qui n’ont pas connu la guerre sont encore des enfants. »

Courrez acheter ce livre en librairie … La guerre est absurde et cruelle où qu’elle se passe … Ce livre en est le meilleur témoignage !

3 minutes, 7 secondes de Sébastien Raizer : le soleil et l’acier

J’ai découvert Sébastien Raizer dans son petit éloge du zen, un petit livre précieux, une quête spirituelle et une arrivée au Japon, qu’il ne quittera plus. Un vrai coup de cœur ! Depuis, je me suis plongée dans sa trilogie inclassable, noire et lumineuse, percutante et perturbante. Une plongée dont je ne suis pas encore sortie, qui donne le vertige, qui pousse le lecteur très loin dans ses réflexions, dans sa façon de penser, d’être … Je pense qu’il me faudra encore du temps pour finir cette lecture, la digérer et écrire quelque chose dessus. C’est passionnant et difficile … Mais n’est-ce pas le but de la lecture ?

Si vous voulez en savoir plus sur l’auteur, j’avais eu la chance de lui poser quelques questions pour Journal du Japon.

Je pense que pour découvrir la pensée, la plume à la fois tranchante et surnaturelle de Sébastien, ce nouveau court roman est idéal.

L’histoire est simple : un avion qui fait la liaison Shanghaï-Osaka va être percuté par un missile nord-coréen au-dessus de la mer de Chine. L’information est transmise au pilote, puis au personnel de bord. Deux voyageurs l’apprennent également : un concepteur de jeux vidéo et un photographe baroudeur qui voyage d’Ouest en Est et veut finir ce périple au Japon.

C’est un roman choral, chacun a sa façon d’encaisser la nouvelle, d’en faire quelque chose … Le pilote plonge dans un délire patriotique qui l’emmène en images et en chants de la création du Japon à sa propre mort qu’il rêve héroïque, en passant par la guerre et ses bombes, l’après-guerre et la soumission. Il y a les hôtesses, les stewards, des relations, des non-dits, de l’amour, du sexe, mais que devient tout cela quand il ne reste plus que quelques minutes à vivre ? La mort imminente … Le concepteur de jeu vidéo réfléchit à un jeu psychique total, la mort elle-même en faisant partie. Le voyageur qui pensait jusqu’alors à ce qu’il voulait voir, capter au Japon, la mort approchant, imagine le texte qu’il aimerait écrire, replonge dans son passé. Il a perçu, enfant, seul, entouré de neige, l’inexistence absolue du monde. Il tente de vivre désormais dans celui de son invention.

Chacun réagit en fonction de ce qu’il a été, ce qu’il est. Les mots se percutent dans la tête du lecteur : Vie / mort / temporalité. Univers / espace-temps / cosmos. Esprit / perception du temps. Jeu psychique / réel. Voyage / fuite. Sexe / amour. Individu / nation.

Et l’avion dans le ciel comme une bulle hors de l’espace et du temps …

« Je me demande même si une part de moi ne souhaite pas secrètement que ce cinglé ait raison et qu’un missile nord-coréen vienne bel et bien annuler le vol Shangaï-Osaka. Le rayer de la carte du ciel – nous ne sommes déjà plus sur terre, de toute façon. Mourir sur terre serait manifestement plus tragique et plus douloureux. Mais ici ? Nous ne sommes déjà plus nulle part, endormis dans un long et monotone et interminable flottement, en apesanteur de nous-mêmes. »

Un livre qui, en une centaine de pages, vous arrache du sol, vous secoue, puis vous laisse retomber au milieu de vos réflexions, désorienté, hagard mais terriblement vivant !

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa : sucré et tendre …

Si vous cherchez un livre mêlant poésie, douceur, partage, gourmandise … et bien d’autres mots qui font du bien, celui-ci est fait pour vous. Et si vous avez vu le film et vous demandez si le livre mérite la lecture, là encore, foncez !

J’avais vu le superbe film de Naomi Kawase (avec la formidable regrettée Kiki Kirin), j’avais été très émue, mais je ne m’étais pas plongée dans le livre, préférant garder mes émotions intactes. Puis il y a quelques semaines, une amie m’a offert le livre et je me suis dit « pourquoi pas ? ». J’avais « digéré » le film et j’estimais que je pouvais désormais me lancer dans la lecture. Et j’ai été enchantée ! Toute la poésie, la finesse, la délicatesse, la lumière de Naomi Kawase se retrouvent dans les mots de Durian Sukegawa. On s’attache avec autant de plaisir à Sentarô, qui fait ses dorayaki  dans son tout petit commerce, suant sur sa plaque, utilisant de la pâte de haricots industrielle, prenant peu de plaisir à son travail, essayant juste de rembourser une dette (dont on comprend l’origine petit à petit, au fil de la lecture). Et on est touché par la « petite » Tokue, une vieille dame qui sait « écouter la voix des haricots » et débarque pour aider Sentarô dans son entreprise. Elle travaille beaucoup, sa pâte est délicieuse, les clients sont ravis, les lycéennes (qui y ont leurs habitudes) adorent ! Mais Tokue a un secret, une maladie qui a déformé ses mains … Comment réagiront Sentarô, Wakama, la jeune lycéenne curieuse et attachante, la propriétaire (qui surveille les comptes et écoute tout ce qui se dit dans le quartier), et les clients de la boutique ?

Tout en délicatesse, l’auteur peint deux univers qui se rencontrent, deux personnes qui apprennent à se connaître : Sentarô qui a fait de la prison, boit trop et garde des blessures familiales ouvertes, Tokue qui a vécu des choses très dures pendant une très grande partie de sa vie. Au fil des jours, des saisons, des cerisiers qui fleurissent, verdissent, perdent leurs feuilles, c’est la vie qui défile, entre passé, présent … et futur ?

Un livre très touchant, qui ravira les gourmands par ses descriptions tellement fines de la fabrication de la pâte de haricots rouges, mais qui pose aussi beaucoup de questions sur l’exclusion, l’intégration, la gestion des maladies contagieuses, mais surtout la réintégration des personnes touchées une fois le risque passé … Et il y a du travail à faire dans ce domaine !

Resteront le chant d’un canari, le goût d’un dorayaki et le vol des pétales de cerisier …

Kokoro de Delphine Roux : une nouvelle édition illustrée

Kokoro est sorti il y a trois ans déjà. C’est un roman intime, touchant, que j’avais particulièrement apprécié et dont j’avais parlé sur Journal du Japon. Voici ce que j’avais écrit à l’époque :

« Kokoro est le journal-dictionnaire intime de Koichi, un jeune homme qui « observe le monde en proximité » . Chaque chapitre s’ouvre sur un mot japonais, comme une étiquette sur un joli cadeau. (koke qui signifie mousse, matsu-attendre, ou negai-voeu le plus cher), pour évoquer un moment, une sensation, un souvenir.

Koichi a une soeur, Seki, qu’il adore, mais qui a arrêté de sourire depuis que leurs parents sont morts alors que les deux enfants étaient en pleine adolescence. Seki s’est glacée. Elle s’est lancée dans les études, s’est maquillée, est partie à l’étranger, puis s’est mariée et a eu deux enfants. Elle noie son chagrin dans le travail, l’éducation des enfants, une image de façade qu’elle entretient jour après jour. Koichi, lui, a arrêté ses études, a vécu avec sa grand-mère adorée qui est maintenant en maison de retraite, n’a plus toute sa tête, mais adore les petites friandises que lui apporte son petit-fils chéri. Koichi vit entouré de souvenirs qui éclatent comme des bulles au fil des pages. Il les regarde de côté, comme pour ne plus avoir à souffrir. Son voeu le plus cher (il a peint en noir l’oeil d’un daruma pour qu’il se réalise) est que Seki retrouve le sourire. Lorsqu’il apprend que celle-ci ne va pas bien, il met toute son énergie et son envie, tapies au fond de lui, pour leur faire prendre un nouveau départ. Les mots ne seront pas nécessaires pour qu’ils se comprennent, se retrouvent.

Delphine Roux utilise des petites phrases sans fioritures, dans lesquelles l’émotion explose comme une boisson pétillante. Douceur et douleur se mêlent délicatement dans l’amour infini que porte Koichi à sa sœur et à sa grand-mère. Les souvenirs sont brillants comme la laque, moelleux comme un mochi. Les mots sont comme des poignées de sucreries semées au fil des pages, ces petits konpeitos qu’on fait rouler sous la langue. Au final, un tas de petites billes dans lesquelles se reflètent des moments précieux, et qui roulent de page en page pour arriver sur une île du sud du Japon.

Un livre doudou, un livre bonbon, un livre comme les wagashi, ces délicates pâtisseries japonaises : beau à regarder, doux en bouche, pas trop sucré, juste fin, délicat … »

C’est un livre qui se suffit à lui-même, un livre dans lequel on plonge, mot après mot, ligne après ligne, page après page. Lorsque j’ai appris qu’il sortait cet automne en version illustrée, j’étais donc très méfiance, sceptique. Pour moi, des illustrations gâcheraient ces mots délicats, ces phrases minutieusement sculptées … Mais j’ai été agréablement surprise. QU Lan a offert au roman un habillage délicat, une tenue de dentelle aérienne, une esthétique douce, un charme un peu ancien, qui conviennent parfaitement à l’univers de Delphine.

Les illustrations ne sont pas présentes lourdement à chaque page, elles prennent différentes formes et créent une ambiance douce, qui fait écho aux mots de façon très harmonieuse. Ce sont parfois des peintures de scènes du quotidien (un homme face à son frigo, une fille qui se maquille, une famille heureuse partageant un bain), parfois de très beaux paysages extérieurs (deux silhouettes sous les érables, au bord de la mer, un homme en vélo dans la ville ou sous la pluie à la campagne), parfois simplement des petits éléments parsemés au fil des pages (un daruma, une pâtisserie), et même des traces de vélo ou des oiseaux le long d’un fil ou s’envolant dans le ciel.

Une nouvelle façon de découvrir ou redécouvrir ce livre délicat !

L’enfant du tsunami d’Eva Kopp : roman choral sur l’après … entre Japon et France

Il y a eu de nombreux romans sur le tsunami qui a frappé le Japon le 11 mars 2011. Le rapport au temps, les morts, les survivants, la catastrophe nucléaire, tous ces thèmes ont été fouillés, mis sur le papier … Parfois on entendait des voix, parfois c’était le bruit du dosimètre. Quand j’ai reçu ce premier roman, je me demandais quelle allait être l’approche, quels personnages prendraient vie sous la plume d’Eva Kopp.

Ces personnages sont nombreux, ils vivent au Japon ou en France. Ils ont tous en commun d’avoir été touchés d’une manière ou d’une autre par la catastrophe. Ils forment une famille même s’ils ne le savent pas tout de suite. Petit à petit, ils se rapprochent, par le cœur comme par l’esprit, guidés par le renard à neuf queues …

Tout commence le 11 mars 2011. Junko, jeune institutrice de 28 ans, vit avec son grand-père dans la préfecture de Miyagi. Son chat et les bêtes du troupeau ont senti le tremblement de terre un peu avant les humains.

Puis d’autres images se succèdent : une femme rousse et son bébé sont engloutis par la vague. Le petit survivra, sauvé par Hiro, un jeune pompier.

Et il y a ce pin de Rikuzentakata, le seul à survivre à la grande vague.

Les jours passent, la catastrophe nucléaire prend forme.

Des flashs toujours : le directeur de la centrale à genou, les bouteilles qu’on place autour de l’école pour protéger les enfants des radiations, plus tard les sacs de terre contaminée qui s’entassent sur des kilomètres.

Que faire, comment lutter, faut-il rester ou partir ? Chaque personnage du livre cherche sa voie, son avenir, hanté par les fantômes, visité par les kami.

En France, Achille devient le tuteur du petit Néthanel, dix mois. Ses parents sont morts dans le tsunami. Il faut l’aider à gérer ses peurs, ses angoisses. Accompagné de sa compagne Maïwen, il construira mois après mois un cocon rassurant pour le bébé rescapé.

C’est un livre au rythme vif, dans lequel les personnages et les scènes se succèdent. Chacun met sa petite pierre à la construction de la vie d’après. Les mois et les années passent, image après image. Les petits moments du quotidien deviennent des symboles du traumatisme et de la lutte pour avancer.

Mais au-delà du récit de chacun, il y a cette touche de surnaturel qui donne une autre dimension au roman. Les humains rêvent, cauchemardent, mais surtout sentent la présence d’autres créatures, renard fantastique, oiseau étrange, gardien des portes … L’harmonie s’est brisée, mais il y a des puissances capables de soutenir, de guider chacun vers des jours plus lumineux.

C’est un premier roman très réussi, les faits présentés ont été très documentés et donnent une succession d’images au réalisme impressionnant. L’auteur s’adresse souvent au lecteur pour le mettre à contribution : vous sentez, vous voyez ? Un petit effet pas forcément nécessaire, mais qui crée une proximité entre elle et nous.

Un livre que vous aurez du mal à quitter, donc prévoyez un weekend tranquille pour vous y plonger !

Deux milliards de battements de coeur – Genki KAWAMURA : la vie, la mort, la famille, les chats … et le diable !

Voici un livre superbe que j’ai dévoré en quelques heures. Un véritable livre phénomène qui s’est vendu à 1,3 million d’exemplaires au Japon et a même fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Et franchement si vous plongez dans ce livre, vous ne le lâcherez plus jusqu’à la fin. Vous passerez en permanence du rire aux larmes, de la légèreté à la profondeur, et vous vous poserez des questions sur votre propre vie, votre place dans ce monde moderne où les objets sont tout puissants !

L’histoire est à la fois simple et totalement bizarre : le narrateur a trente ans et apprend par son médecin qu’il a une maladie incurable et seulement quelques semaines ou même quelques jours à vivre.

Sous le choc, il retourne chez lui et retrouve son chat, Chou, mais aussi un drôle de personnage : son double mais en plus cool, plus extraverti, en short et chemise hawaïenne ! Il va alors vivre les sept jours les plus étranges de sa vie car ce double maléfique est le diable, qui vient lui proposer un marché : lui donner un jour de vie supplémentaire à chaque fois qu’il fera disparaître un objet de la surface de la terre. Tous les jours, il viendra annoncer quel objet disparaîtra. En commençant par les téléphones …

Mais quand il annonce « les chats », comment va réagir le narrateur qui vit avec Chou, le chat tant aimé qu’il a accueilli chez lui après la mort de sa mère ?

Il résume lui-même ce « mauvais scénario » :

« Découvrant qu’il va bientôt mourir d’un cancer, un jeune homme reçoit la visite du Diable vêtu de chemises hawaïennes : il lui propose de vivre un jour de plus en échange de la disparition d’une chose sur Terre. » Bof, ça semble complètement tiré par les cheveux … La vie réelle dépasse de loin la fiction !

Cela semble facile au début, mais cette disparition quotidienne débouchera finalement sur une véritable prise de conscience pour le narrateur : entre souvenirs d’enfance et retrouvailles avec d’anciennes connaissances, il réfléchira à ce qu’a été sa vie, à sa place dans le monde, aux conséquences de ses choix pour ceux qu’il aime.

Du lundi au dimanche, les journées sont racontées avec humour, tendresse, auto-dérision et parfois profonde angoisse. Un chaud-froid permanent à un rythme soutenu qui saisit le lecteur pour le laisser à la dernière page plein de larmes et de questions.

Et moi, comment je ferais ?

L’amour finit toujours. Les gens ont beau le savoir, ils continuent de tomber amoureux.
Quand on y réfléchit, la vie, c’est pareil. On vit tout en sachant qu’un jour, on ne sera plus. Et tout comme l’amour, c’est son impermanence qui la fait briller avec tant d’éclat.

C’est aussi une délicieuse déclaration d’amour à la vie, à la famille (les pages sur sa mère sont très touchantes !), à l’humain et aux sentiments qu’il ne faut jamais oublier d’exprimer. Il y aura toujours des regrets à la fin de la vie, mais on peut déjà essayer de faire au mieux de notre vivant ! Dire « Je t’aime », revoir les personnes avec lesquelles on est fâché, se voir en vrai plutôt qu’en téléphone, se promener avec son chat, dire merci …

Courez donc l’acheter chez votre libraire !

Finalement, plus les choses étaient « inutiles », plus il me semblait qu’on en avait « besoin ». Après tout, pour créer un être humain, il suffit d’assembler une multitude de composants futiles. Moi, par exemple : je suis façonné par les centaines de fils que j’ai vus. Ils imprègnent ma mémoire.
La vie ! Des pleurs, des cris, de l’amour, des pitreries, de la tristesse, du bonheur, de la peur, des rires … Des chansons magnifiques, des paysages qui arrachent les larmes au spectateur. Des malaises, aussi, parfois; Et puis, des acteurs qui chantent ensemble, des hélicoptères qui sillonnent le ciel, des chevaux au grand galop, des pancakes appétissants, le noir d’encre de l’espace, des cowboys qui tirent …

Fuki-no-tô d’Aki Shimazaki : débroussailler son jardin intérieur …

« Je flâne dans le bosquet de bambous.
C’est le début de mars. À l’ombre, il reste encore de la neige ici et là. Je marche lentement sur la terre humide. Les camélias rouges au cœur jaune apparaissent entre les vieux bambous vert grisâtre. C’est une beauté simple et sereine que j’adore depuis mon enfance. »

C’est sur ces notes végétales et colorées que s’ouvre le tout dernier roman d’Aki Shimazaki. Vous connaissez mon amour pour ses petits livres à lire lentement, comme on suce un bonbon, pour que le parfum et le goût se diffuse doucement.

Fuki-no-tô est le nouveau volet de la série L’Ombre du chardon, dont font partie Azami, Hôzuki et Suisen. Si vous voulez les découvrir, n’hésitez pas à taper Aki Shimazaki sur mon blog ou à faire un tour sur Journal du Japon.

Ce nouvel opus met en scène Atsuko, une femme qui s’épanouit dans la ferme qu’elle a hérité de son père. Elle y vit avec son mari, fervent citadin qui a accepté de quitter la ville et le journal pour lequel il travaillait (il a même abandonné sa maîtresse et prouvé à sa femme à quel point il tenait à la famille qu’ils forment avec leur fils et leur fille). Un quotidien au grand air parmi les plantes qu’elle chérit, un nouveau journal pour son mari (Azami, un mensuel sur l’histoire régionale et les nouvelles locales qui rencontre un beau succès).

Lorsqu’elle cherche à embaucher une assistante, c’est sur Fukiko, une ancienne amie de lycée qu’elle tombe ! Une amie particulière et dont le retour dans sa vie va provoquer bien des questionnements …

Entre souvenirs d’adolescentes (elles s’écrivaient sur un cahier commun) et travail ensemble au milieu des plantes, Atsuko tente d’y voir clair et de faire le point sur ses sentiments, sur sa vie. Des sentiments souterrains, comme les tiges toxiques des Fuki-no-tô.

Une musique, un voyage … Se connaît-on vraiment soi-même ?

Une sensualité douce et subtile nimbe ces pages aux tons rouges et gris-vert. Le camélia et le bambou, Fukiko et Atsuko.

Un très beau livre sur la sexualité, la « normalité », les choix que chacun fait dans une vie qu’il construit pour lui-même mais aussi trop souvent pour se conformer à l’image que propose la société … « sans être sûre de ma nature ».

Le pavillon de thé de Richard Collasse : cérémonie du thé et passion dévorante …

J’ai découvert il y a quelques années l’univers de Richard Collasse et je suis tombée sous le charme de ses livres délicats. Ce français qui vit au Japon depuis plusieurs décennies n’a de cesse de nous livrer son amour pour ce pays à travers des livres hommages.

Si vous voulez découvrir d’autres livres de Richard Collasse, je leur ai consacré un article dans Journal du Japon.

Il revient donc avec Le pavillon de thé, une déclaration d’amour à la cérémonie du thé et à la femme japonaise.

Si vous voulez découvrir la cérémonie du thé dans ses moindres détails, les premières pages de l’ouvrage vous seront très précieuses et vous transporteront immédiatement dans l’intimité et la beauté de ces gestes ancestraux ! Ce sont pour moi les plus belles pages écrites sur ce sujet.

Tout au long du livre, la cérémonie du thé viendra comme une respiration, un temps calme au milieu de l’agitation des âmes amoureuses ou solitaires. Car le livre fait des allers et retours entre les années 80 et les années 60, entre présent et passé, entre solitude et amour fusion.

R est donc un jeune homme qui travaille à l’ambassade de France au Japon dans les années soixante. Il se passionne pour la cérémonie du thé et y consacre un après-midi par semaine. Avec d’autres élèves (des femmes japonaises), il apprend les gestes auprès d’une femme exigeante mais généreuse, maître de thé très célèbre. R achète de nombreux objets anciens pour pratiquer cette cérémonie. Il fait même construire un pavillon de thé dans le jardin de la maison qu’il a achetée. Un vrai pavillon dans la tradition japonaise, comme celui du Kodaiji de Kyoto. L’artisan travaille sans clou ni vis, avec des bois de grande qualité. Et tous les ans il revient pour entretenir le pavillon.

R adore sa maison, son quartier, sa vie japonaise.

« Dès que le buisson fleurissait, il reportait toute obligation, annulait toute sortie et il se cloîtrait chez lui. Il enfilait un yukata de coton léger malgré la fraîcheur des soirées. Il s’asseyait au bord de la coursive de la maison dont il avait fait coulisser les portes-fenêtres. Il posait sur un plateau un flacon de saké et quelques amuses-bouches. Il restait des heures entières à s’enivrer d’alcool et de la senteur puissante des fleurs jusqu’à ce que le froid de la nuit tombe sur ses épaules et le chasse vers les profondeurs tempérées de la maison. »

En parallèle, R multiplie les conquêtes féminines. Lassé par son travail à l’ambassade, il le quitte pour le commerce du sucre et de la mélasse. Il est brillant et l’entreprise est florissante.

Mais lorsqu’il rencontre la belle Mariko à la leçon de cérémonie du thé, il a un véritable coup de foudre. Malheureusement, cette jeune femme est issue d’une longue lignée de samouraïs et promise à un mariage arrangé avec quelqu’un de son rang. Un mariage avec un étranger est tout bonnement inenvisageable !

Car c’est là également l’intérêt du livre : montrer le poids des traditions, des règles, des non-dits …

Ainsi lorsque le mot amour, Ai en japonais, est expliqué par Mariko lorsque R l’utilise à mauvais escient :
« – R San, ce mot, on ne l’utilise jamais !
– Pourquoi existe-t-il alors ?

– Il y a plein de mots qui existent mais qu’on n’utilise pas dans une langue ! C’est un de ceux-là je suppose !
– Aimer, c’est pourtant dans la nature humaine …
– Bien sûr, mais alors on utilise suki, c’est plus naturel.
– Alors, un homme doit dire à une femme qu’il l’aime comme il aime son whisky ? On ne dit pas Ai pour un whisky, n’est-ce pas ?
– Ai, c’est un mot qu’on peut sans doute penser, mais on ne le prononce pas. C’est embarrassant. Ai exprime un sentiment très lourd qui peut être néfaste et nuire à l’harmonie. D’ailleurs il n’est pas nécessaire de dire à quelqu’un qu’on l’aime. Il suffit qu’il le ressente. »

Leur liaison passionnelle doit donc rester secrète. D’hôtels en petits restaurants, d’escapade à Kyoto en visite de Nikko sous la neige, ils se voient aussi souvent que possible, sans éveiller de soupçon car Mariko organise tout avec minutie.

Mais comment peut évoluer une telle relation ? Mariko passe souvent d’une joie intense à un désespoir profond.

Je n’en dirai pas plus, mais le livre est magnifique, d’une beauté et d’une sensualité rares. Il se lit d’une traite car on ne veut pas perdre un moment de cette passion, de ces gestes, de ces regards. L’amour éclot comme une fleur de lotus, Mariko est le Satori de R.

« Elle a été la chair de sa chair, l’oxygène et l’eau sans lesquels il s’asphyxiait et se desséchait, le yin de son yang en continuelle perte d’équilibre, l’apaisement de ses tourments, la lumière qui le guidait hors de ses ténèbres, qui le tirait de ce trou noir vorace au centre de son corps.
Mariko lui apportait le Satori, l’Illumination. »

Konbini de Sayaka Murata : le chant du konbini

Attention : Gros gros coup de cœur pour un petit livre troublant et poétique sur le quotidien d’une vendeuse de konbini (pour ceux qui ne connaîtrait pas les konbini, dont le nom vient de convenience store, supérette japonaise ouverte 24h/24 que l’on trouve à chaque coin de rue dans tout le pays). Cela peut ne pas sembler bien passionnant, mais ce serait méconnaître le talent de Sayaka Murata !

Ce livre hors du commun a d’ailleurs valu à son auteure le prix Akutagawa en 2016. Mais malgré l’immense succès qu’elle a connu au Japon (plusieurs centaines de milliers d’exemplaires vendus), Sakaya Murata travaille toujours dans sa petite supérette !

Comme l’auteure, Keiko Furukura, la narratrice, a trente-six ans. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle s’est toujours sentie « étrange ». Fillette, elle ne comprenait pas pourquoi elle ne pouvait pas donner un oiseau mort à manger à son père, puisque pour elle c’était comme du poulet. Elle ne comprenait pas non plus pourquoi elle ne pouvait pas faire cesser une bagarre entre garçons à coups de pelle. Petit à petit, la fillette s’est refermée sur elle même et a regardé les autres. Comment trouver sa place dans un monde où les gens ont des comportements qu’elle ne comprend pas ?

C’est à dix-huit ans, en première année de fac qu’elle tombe sur un Smilemart qui va ouvrir près de la gare d’Hirochô. Elle tombe immédiatement sous le charme de ce bâtiment aussi éclatant qu’un aquarium. Elle postule pour un temps partiel … et immédiatement elle sent qu’elle a trouvé sa place : « Enfin je suis née ». Et dix-huit ans plu tard, elle est toujours là, sérieuse, assidue, motivée, répétant avec entrain les mantras du konbini : « Bienvenue chez Smilemart – Veuillez m’excuser pour l’attente – Merci de votre achat. » Elle remplit les étagères avec minutie, met en avant les promotions. Pour être la plus efficace possible, elle boit de l’eau du konbini, mange du riz et des légumes bouillis, se couche tôt pour être en forme le lendemain.

Côté vie privée, elle retrouve d’anciennes amies d’école, la plupart sont mariées, ont des enfants, et elle est souvent questionnée. Il n’est en effet pas « normal » qu’à son âge elle soit toujours célibataire, sans enfant, et qui plus est vendeuse à temps partiel dans une supérette !

Lorsqu’un homme de son âge est embauché dans son konbini (un homme très étrange, qui suit une cliente à la sortie du magasin, qui critique la société et ses règles absurdes qui n’ont pas évolué depuis des siècles, qui râle mais ne travaille pas beaucoup), elle se dit qu’ils pourraient s’associer pour faire taire les personnes qui les questionnent et les jugent. Mais ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air …

Ce livre est une plongée dans le konbini aquarium, on y rencontre les collègues de travail de Keiko, on se laisse enchanter, bercer par le rythme régulier des tâches à accomplir. Une petite musique vitale pour la narratrice, et qui résonne curieusement dans la tête du lecteur.

Lorsque l’humidité change, le monde change : lecture gourmande par Ryoko Sekiguchi

Vous le savez probablement si vous me lisez depuis longtemps : Ryoko Sekiguchi est un coup de foudre littéraire que j’ai eu il y a quelques années. J’aime sa poésie, ses essais qui explorent la nourriture dans ce qu’elle a de plus intime … Je « dévore » tout ce qu’elle écrit !

Ce dimanche, au magnifique Centre Pompidou de Metz, ce fut donc un bonheur de la revoir pour une lecture gourmande autour du thème de l’humidité, Lorsque l’humidité change, le monde change. Elle était accompagnée pour l’occasion de Felipe Ribon avec lequel elle a écrit le surnaturel Dîner Fantasma (que mangent les morts, comment les inviter à manger avec nous, quels plats leur préparer ?) et de Sugio Yamaguchi, le talentueux chef du restaurant Botanique, qui avait la difficile mission d’illustrer ce thème en titillant les papilles des spectateurs !

Les « convives » s’installent donc en U autour d’un carré où s’étale une surface parfois blanche, parfois mer qui ondule, parfois points en groupe qui se déplacent. Sur l’écran vertical, des « textures » apparaissent au fur et à mesure, et leur changement indique le signal pour déguster une des mignardises concoctées par le chef Sugio Yamaguchi (un plateau rectangulaire avec différents mets nous a été donné à l’entrée dans la salle). Comme la salle est plongée dans une quasi obscurité, nous devinons à peine ce que nous mangeons, légèrement éclairés par la lumière du carré au sol. Jeux d’ombre et de lumière très japonais (on ne peut que penser à l’Eloge de l’ombre de Tanizaki dont Ryoko a d’ailleurs proposé avec Patrick Honnoré une nouvelle traduction). On devine une chips, une gelée faisant penser au yokan (Tanizaki encore …), un macaron, un caramel … Nous ne saurons ce que nous avons mangé qu’à la fin de la lecture, lorsque le chef prendra la parole pour nous expliquer avec malice son travail autour de la betterave !

Mais revenons à la lecture … De sa douce voix, comme dans un murmure, Ryoko nous parle d’humidité. Pourquoi ? Parce qu’elle est à la fois vie et mort. Il faut de l’eau pour qu’il y ait la vie (les plantes, les fruits, nos corps même sont gorgés d’eau). Mais la potomanie (boire trop d’eau) peut entraîner la mort … Et la pourriture, la moisissure sont elles aussi causées par un excès d’eau. Et la sécheresse ? Parfois elle sublime comme avec les tomates séchées dont nous raffolons, parfois elle préserve (les corps momifiés qui fascinent Ryoko et qu’elle a pu observer à de nombreuses reprises lors de son périple en Italie).

L’eau est un vecteur d’échange entre les vivants : l’eau d’un fruit nous remplit, nous rejetons de l’eau dans le milieu qui nous entoure (transpiration, respiration, urine), nous humidifions avec notre salive un aliment sec avant de l’avaler, et le baiser est également un échange d’eau …

Une réflexion captivante entre éléments scientifiques factuels et souvenirs de voyages, de rencontres. Un récit ponctué par la mise dans notre bouche d’aliments parfois secs, très secs comme une explosion de grains de sable, parfois fondants lorsque la gelée se dissout dans la bouche, parfois très concentrés comme le caramel qui aura besoin de beaucoup de salive pour diluer ses sucs … Une expérience qui vient illustrer parfaitement notre rapport à l’eau, à la soif, à la sécheresse, à la texture. Un jeu que le chef a pris plaisir à créer pour notre plus grand bonheur !

On émerge de la lecture comme d’un rêve, avec l’image de cette belle momie, une couronne de fleurs sur la tête, chère au cœur de Ryoko.