Kyoto Song de Colette Fellous : impressions de Kyoto

J’ai longuement hésité à écrire sur ce livre car il m’a laissé une impression étrange. J’étais à la fois enchantée, émerveillée par la plume de l’auteure, mais également perdue, agacée, lassée par des passages trop confus, n’ayant ni queue ni tête, des chapitres avec une sensation d’inachevé. Difficile de décrire ce mélange qui a rendu la lecture parfois passionnante, parfois ennuyeuse. Mais je préfère écrire quelques mots afin que vous sachiez si l’expérience vous tente ou non. Peut-être qu’en ayant lu avant d’autres romans de Colette Fellous, j’aurais eu quelques clés pour mieux comprendre, mieux apprécier certains passages …

La narratrice ressent en début de livre le besoin de partir, une « ombre » étant arrivée sur sa vie : « Elle avait modifié mon regard, je le sentais, il fallait que je parte, mais vers où me diriger impossible de le dire encore, je voulais de la lumière, ou plutôt une nouvelle manière d’éclairer ensemble ma vie d’aujourd’hui et ma vie passée, de fortifier ma mémoire, de la convoquer et de la déplier au présent absolu. Alors, un après-midi de septembre, avec Lisa, dans un café du boulevard Voltaire, nous avons trouvé presque par hasard la musique de Kyoto song et la joie est réapparue. Une musique que j’imaginais déjà se déployer depuis ma chambre jusqu’au Japon. Je me souviens exactement de cet instant, il devait être dans les quatre heures. »

Elle part donc pour Kyoto avec Elyssa, qu’elle appelle Lisa, petite fille de dix ans qui « veut être encore une enfant pour voir le Japon ». Elles logent près du Pavillon d’Argent dont elles aiment aller admirer les jardins, près de la montagne de l’Est. Elles se promènent dans les rues, le long du Canal du lac Biwa, sous les cerisiers fleuris où un couple se fait photographier. Elles visitent temples et jardins, discutent dans des cafés, font des rencontres, vont au théâtre.

Ce voyage est l’occasion d’un retour sur soi, en soi, dans un passé parfois douloureux, parfois lumineux, parsemé de départs, de séparations, de deuils, mais aussi de naissances et de renaissances.

Il est aussi un lieu de partage, d’échange, de jeu avec les mots, avec les images. Narratrice et petite fille sont complices dans l’émerveillement, la douceur des moments suspendus, des instants saisis comme dans des haïkus. D’ailleurs chaque chapitre est contenu dans un mot : Bashô, le jardin, le vent, la chanson, la danse ou la mélancolie, le fantôme, l’estampe, le tremblement de terre … Avec à l’intérieur, un être absent, un souvenir douloureux, un objet marquant, un cinéaste japonais (les pages sur Ozu sont de toute beauté !).

L’auteure nous emmène en voyage à Kyoto avec des pages superbes sur tout ce qu’elle voit et ressent d’autant mieux qu’elle ne comprend pas les mots. Ainsi, lorsqu’elles vont au théâtre :

« Avec Lisa, on a dégusté nos nouilles soba, c’était brûlant et rassurant, le thé était servi dans une jolie théière, tout nous plaisait dans cette ambiance surannée, tout était propre mais une poussière invisible imprégnait le théâtre tout entier. Le garçon avait l’air ravi d’avoir servi ici toute sa vie, il reconnaissait la plupart des clients, bavardait avec eux, les écoutait et hochait la tête d’un air entendu. Lisa ne ratait aucun de ses gestes, elle le voyait réchauffer les plats, préparer les toasts, elle disait qu’elle aimait être dans un monde dont elle ne comprenait pas les mots, c’est ça qui est chouette, on observe beaucou mieux du coup et on comprend d’autres choses, c’est pour ça que je voulais venir ici, vite, dépêche-toi, ça sonne, il faut retrouver nos places. »

Guidées par le vent :

« J’invente que ce vent m’est apparu pour nous indiquer la direction et nous guider, Lisa et moi, nous introduire partout, dans toutes les saisons à la fois, dans les temples, les pavillons de thé, les parcs, les échoppes de Gion, les cafés d’Arashiyama, les sanctuaires, les sources chaudes de Kurama, les jardins du Honen-in avec la tombe de Tanizaki, et tous les autres jardins et temples qui peuplent l’enceinte du Daizen-ji, ce vent saura nous accompagner bien au-delà du Japon, dans nos vies d’antan et dans celles de demain. Entrer dans les yeux, les gestes et les voix des passants, nous arrêter sur les reflets des grands érables dans l’étang des jardins humides et sur l’élégance des jardins secs : des rochers pour faire les montagnes, un pin sur le côté, une tortue de mer stylisée, un monstre marin, du gravier pour dire la mer, et la trace régulière du râteau, inlassable ondulation, pour faire des vagues. »

On accompagne ces deux personnes, on se demande parfois si Lisa est réelle, si elle n’est pas le fruit de l’imagination de la narratrice, son double, son esprit fantasque, son guide malicieux … Et on s’attache à ce duo au côté duquel on chemine.

Quant à la construction du roman, si elle nous perturbe, c’est probablement pour mieux nous emmener dans un dédale où les temps et les lieux se croisent et se mêlent, se vivent et se revivient. C’est peut-être l’auteure qui en parle le mieux :

« Ce que je n’ai pas dit à Lisa, c’est que moi aussi j’avais envie de cacher dans un roman tout ce que j’aimais, même les scènes les plus fugitives, même celles qui n’avaient aucun lien entre elles, je disais que si elles m’étaient apparues c’est qu’elles devaient avoir leur vérité, leur logique et leur géométrie secrète, il devait d’ailleurs y avoir partout des symétries cachées, elles n’étaient pas venues vers moi par hasard, je devais les écouter comme je devais écouter les plus menus détails que nous découvrions dans ce voyage, Lisa et moi. »

Auteur : lirelejapon

Passionnée par le Japon et sa littérature, j'essaie à travers ce blog de vous transmettre cette passion et de vous livrer mes impressions de lecture.

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