Aimer la pluie, aimer la vie de Dominique Loreau : lecture idéale par temps de confinement !

Après une absence un peu longue sur le blog (mais j’étais plus active sur Journal du Japon, n’hésitez pas à aller jeter un oeil pour lire mes derniers articles), me revoilà avec un article de circonstance : apprendre à aimer la pluie, à rester de longues heures à la contempler, à la sentir, à la respirer … Une lecture idéale en ces temps de confinement !

Pourquoi Dominique Loreau dans un blog sur le Japon et sa littérature ? Parce qu’elle est profondément japonaise : elle vit dans ce pays depuis une quarantaine d’années, elle s’est véritablement imprégnée de sa culture, de ses paysages, de ses écrivains. Sa façon de ressentir le monde et de le mettre en mots est profondément japonaise. Ses nombreux ouvrages le montre : L’art de la simplicité, L’art de la délicatesse, L’art de l’essentiel, L’art de la frugalité et de la volupté, L’infiniment peu, Vivre heureux dans un petit espace, L’héritage du temps, L’art de mettre les choses à leur place … On pourrait penser à des livres écrits par des moines bouddhistes japonais !

J’ai choisi de vous parler de celui-ci car il est très apaisant pour ceux qui sont confinés chez eux et sont en quête de belles lectures. Vous aurez de quoi picorer des citations, des haïkus, des extraits de textes qui vous raviront et vous rendront plus calme, plus contemplatif. Certains trouveront peut-être que cet ouvrage n’est qu’une succession de réflexions et de beaucoup trop de textes d’écrivains asiatiques et occidentaux. Mais c’est un mélange que je trouve harmonieux et délicat, qui fait rêver, voyager, méditer.

La pluie est d’abord abordée par les cinq sens :

  • visuellement avec les tableaux de pluie (qui redonne des couleurs aux choses, qui offre des dégradés de gris, des lavis, des brumes, des bruines ou des crachins, des nuages merveilleux, des lumières uniques, des géométries et des graphismes organiques)
  • à l’oreille, la pluie offre des mélodies célestes, des silences également, et au Japon, on la parle en onomatopées : « Quand les premières gouttes de pluie se mettent à tomber, elles murmures POTSU POTSU, PARA PARA. Puis elles enchaînent, plus pressées, sur des SAA SAA. Si la pluie se fait plus douce, elle chuinte doucement SHITO SHITO. Puis fait SHOBO SHOBO. Enfin, quand elle déverse des torrents, elle mugit ZA ZA »
  • parfums et perceptions palpables nous parle d’arômes, de pluie sur la peau …

La pluie est également messagère des émotions. Solitude, mélancolie, tendresse, mais égament joie, passion et bien d’autres ! Ainsi le mot « sabishii » en japonais signifie triste, solitaire, et son idéogramme est fait de trois gouttes d’eau sur du bois. La pluie peut également renvoyer aux notions de Mono no aware (regret mélancolique d’une chose révolue) ou au Yugen, mystère profond des choses.

La pluie au royaume du mental permet d’évoquer ces pluies qui nous transportent hors du monde, nous invitent à la méditation. Observer la vie plutôt que réagir à elle. Reposer son âme, trouver le calme. Et pourquoi pas faire la sieste ou se glisser dans un futon après le bain. Le concept de Muga prend alors tout son sens. « Muga est un concept japonais zen qui repose sur l’idée du « rien ». Muga, c’est la « concentration en un point unique » qui n’est possible que lorsque plus rien ne s’oppose entre l’homme et l’action dans laquelle il s’est engagé. Le Muga advient quand la barrière entre le « soi » et l’action est tombée. C’est l’extase de certains moments où l’on se rend compte, après coup, que l’on a agi en pleine conscience : sans penser à soi, sans effort et sans un « moi » qui observe. »

Puis le lecteur arrive à La pluie au domanie de l’esprit. Il y est question de flottement entre deux mondes, de Mujo, l’art de flotter dans le temps. Les souvenirs affluent. Il est temps de rêver. Sentir la vie, son côté sacré, mystérieux, vivre l’émerveillement … faire l’expérience du Tao.

Dans une dernière partie, peut-être la plus « concrète » pour ceux qui chercheraient un guide pour vraiment apprécier la pluie, l’auteure nous donne des idées pour profiter de la pluie : chez soi avec des repas et boissons de pluie, des décors aquatiques, des rituels (se laver les cheveux à l’eau de pluie, faire brûler de l’encens, regarder des films, écouter des musiques, lire des livres « de pluie », composer des haïkus, prendre des notes, apprendre l’aquarelle, écrire des lettres), ou à l’extérieur – que vous pourrez mettre en pratique après le confinement – (trouver un kiosque dans un parc, chercher des crapauds, passer un week-end en Angleterre ou en Irlande, marcher, prendre des photos de pluie).

Ce livre regorge de haïkus et autres textes magnifiques qui rendent la lecture délicieuse et allègent un peu le quotidien étrange de ces jours-ci.

Auteur : lirelejapon

Passionnée par le Japon et sa littérature, j'essaie à travers ce blog de vous transmettre cette passion et de vous livrer mes impressions de lecture.

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