Yukio Mishima et Nicolas Gaudemet : une histoire d'amour

La collection Duetto permet à des écrivains de parler de leur rencontre et de leur amour pour un autre écrivain. C’est ce que Nicolas Gaudemet a fait en quelques pages. Un art de la concision totalement maîtrisé. Avec l’impression que nous partageons avec lui un parcours, une quête. De l’adolescent en construction à l’adulte qui assume enfin qui il est.

Cela commence par la première rencontre : Confession d’un masque alors qu’il n’a que 16 ans. Un choc. « Je hais Confession d’un masque. C’est magnifiquement écrit, mais les fantasmes sanglants du narrateur me laissent blanc. Et son échec m’accable : je connais ses tentatives de tomber amoureux de Sonoko. »

Puis Nicolas monte à Paris, classes préparatoires et poursuite de ses lectures : en Math Sup, Le Pavillon d’or, La mort en été, Une soif d’amour, Après le banquet, Le marin rejeté par la mer. Des « histoires vénéneuses chantées dans une langue somptueuse ». Mais toujours il évite Les Amours interdites. Math Spé, il élargit ses lectures autour de Mishima : Kawabata, son ami avec lequel il échangea une très belle correspondance, Les mémoires d’Hadrien … Et puis un week-end, il se plonge dans le livre qu’il a toujours tenu éloigné de lui. Il en sort transi, transfiguré. Et quand on lit parfois qu’un auteur peut changer la vie de quelqu’un, on saisit ici toute la force de ces propos.

Le cheminement se poursuit, Polytechnique et toujours Mishima, puis les voyages comme officier de quart sur une frégate … et Tokyo enfin ! Un éblouissement.

Et cette envie de prendre la plume. Des poèmes, un roman … puis ce texte admirable, hommage à un auteur qui l’a imprégné de toute sa lumière.

La lecture de ce texte est un réel bonheur, on partage des souvenirs, des moments de lecture, des étapes d’une vie. Et on n’a qu’une envie, relire Mishima.

Une autre raison de se réjouir est de savoir que Nicolas s’émerveillera de nouveau à la lecture d’un autre livre de Mishima qui vient de sortir en France : Vie à vendre. En espérant pouvoir lire quelque part ses impressions de lecture !

Ce texte a résonné fortement en moi … probablement parce que je me suis reconnue dans quelques moments de vie de Nicolas. Je suis montée à Paris dans le même lycée, Math sup, Math spé, moi la petite provinciale toujours plongée dans les livres. Mishima m’a également éblouie avec Le Pavillon d’or et j’ai toujours eu l’impression d’être plongée dans la lumière en lisant ses livres. Comme si le soleil dardait ses rayons depuis les pages. Une lumière parfois trop violente, mais une beauté ensorcelante. J’ai ensuite préféré la beauté triste et la nature bucolique des écrits de Yasunari Kawabata, qui correspondaient plus à la jeune fille timide et solitaire que j’étais alors. Mais une même passion pour la lecture qui m’occupait pendant des heures (d’autres heures étant consacrées au piano et à Chopin) … alors que j’aurais dû travailler davantage mes matières scientifiques ! C’est avec une nostalgie heureuse que j’ai lu les pages de ce petit livret. Et je remercie les éditions Nouvelles lectures d’avoir publié ce précieux opus !

Auteur : lirelejapon

Passionnée par le Japon et sa littérature, j'essaie à travers ce blog de vous transmettre cette passion et de vous livrer mes impressions de lecture.

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