Une femme et la guerre d'Ango Sakaguchi : nouvelles et manga troublants …

C’est un livre étrange que publient les éditions Picquier. Deux nouvelles écrites juste après la fin de la guerre : une même histoire mais sous deux regards différents, celui de l’homme et celui de la femme qui forment le couple que l’on suit dans les derniers mois de la guerre, sous les bombes à Tokyo. Puis dans le même ouvrage, en le prenant par la fin, un manga adapté de cette histoire, par une mangaka née en 1957 et qui n’a donc que des images floues de la guerre lorsqu’elle se lance dans cette aventure. Entre les recherches qu’elle mène sur cette période, le style elliptique et le ton particulier d’Ango Sakaguchi, elle mettra plusieurs années pour que son projet de manga soit finalisé.

Cette double approche est intéressante car textes et manga se complètent très bien. Lire d’abord les nouvelles, puis se plonger dans le manga est un exercice qui permet de fixer cette histoire d’amour, de fureur de vivre, d’humanité, sur notre rétine grâce aux dessins en noir et blanc, en bulles de paroles, en cases de silences, en sentiments montrés à travers les regards et les corps, en nuits noires et lumières blanches.

De quoi est-il question ? D’un homme, Nomura qui travaille chez lui sur des textes (scénario), et d’une femme, ancienne prostituée puis tenancière de bar, qui a décidé de se mettre en ménage avec lui … « puisque tout va partir à vau-l’eau » ! Il est avec elle par facilité, parce qu’il aime son corps, même si il la méprise parce qu’il n’arrive pas à la faire jouir (ayant enchaîné les rapports avec des hommes, son corps n’est plus sensible à ces choses). Elle a une forte haine en elle, qu’elle porte depuis l’enfance, son abandon par ses parents. Elle aime les bombardements nocturnes. Est-ce parce qu’ils la font se sentir plus vivante, ou parce qu’ils détruisent tout ce qu’elle hait …

Dans ce couple étrange, il y a les actes, les paroles, mais aussi tout ce qu’on garde à l’intérieur. Il y a la mort qui n’est jamais loin, le feu qui brûle tout, les voisins qui tentent de survivre et parfois se délectent du malheur des autres. Il y a les peurs, les joies (se promener à vélo en jupe, aller acheter des livres chez le bouquiniste, manger de bonnes choses), l’après qu’on tente d’imaginer.

« Moi, je veux vivre comme un tigre dans la forêt vierge, comme un ours, un renard, un tanuki. Aimer, jouer, avoir peur, fuir, se cacher, retenir son souffle, étouffer sa respiration, vivre au risque de ma vie. »

Un livre troublant, qui amène à réfléchir sur cette période d’entre deux qu’est la fin d’une guerre.

Auteur : lirelejapon

Passionnée par le Japon et sa littérature, j'essaie à travers ce blog de vous transmettre cette passion et de vous livrer mes impressions de lecture.

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